\ - $4 : ■ , ■3»* m xs? Ml MNH -^V^ A 4 Uf* HARVARD UNIVERSITY. LIBRARY MUSEUM OF COMPARATIVE ZOOLOGY LlBRARY OF SAMUEL GARMAN (0b.;. 3 8c _alope de l'Atlantique (Megalops Atlanti- atSj nob.) 3tj8 CHAPITRE VIII. Des A . Linn.j 402 L'Amie maniée (Amia marmorata. oob.). . . ^2 043 L'Amie - ruée [Amia ornata, Lesueui) . . . . 420 L'Amie verte (Amia viridis, Lesueui) ^21 L Amie à queue ocellée (A m. ocellicauda. Rich L Amie canine (Amia canina . nob.) -j-4 L'Amie tachetée (Amia lintiginosa. nob.; ... L'Amie bleuâtre (Amia subcœrulea. nob.;. . . 19. b XMlj TABLE. Pagei. PlancTi. L'Amie occidentale {Amia occidentalis , Dekay). 429 L'Amie cendrée {Amia cinerea, nob.) 430 L'Amie réticulée {Amia reticulata, Lesueur). . 431 CHAPITRE IX. Des Vastrès {F astres , nob.) 433 Le Vastrès de Cuvier {Vastrès Cuuieri^ nobis; Sudis gigas, Cuvier) 441 546 et 546 Le Vastrès du Mapa {Vastrès Mapœ , nob.) . 449 547 et 548 Le Vastrès d'Agassiz {Vastrès Agassizii, nob.). 45 6 Le Vastrès arapaïma {Vastrès arapaima^ nob.). 461 De l'os hyoïde de plusieurs Vastrès 462 CHAPITRE X. Du genre Heterotis {Heterotis ? Ehrenb.). . .465 L'Hétérotis d'Ehrenberg {Het . Ehrenbergii, nob.). 468 549 L'Hétérotis d'Adanson {Heterotis Adansoni, n.). 478 CHAPITRE XI. De la famille des Erythiioïdes 480 Du genre Erythiun {Erjthrinus , Gronov.) . . . 480 L'Érythrin à bandelette {Er. unitœniatus, Agass.). 486 L'Érythrin rayé {Erjthrinus vittatas , nob.) . . 499 55 1 L'Erythrin coulan {Erjthrinus Gronovii, nob.). 5 00 Le Maturaque de Marcgrave {Erjthrinus palus- tris ^ nob.) 5 02 L'Erythrin sauvé {Erjthrinus salvus , Agassiz). 5o3 Des Mac. rodons 5 04 TABLE. XIX Pages. Planch. Le Macrodon Tareira {Macrodon Tareira, nob.) 5 08 Le Macrodon à oreilles noires (Macrodon au- ritus ^noh.) 5 19 Le Macrodon allongé (Macrodon teres, nob.) . 52i Le Macrodon patagnaye (Macrodon patana , n.) . 5 2 2 Le Macrodon airuara (Macrodon aimara, nob.) . 5 2 3 5 5a Le Macrodon guavina (Macrodon guapina , n.). . 627 Du genre Lébiasine, et en particulier du Lebia- sina bimaculata 53i 553 Du genre Pyrrhuline, et en particulier du Pjrr- rhulina Jilamentosa , nob 5 35 5 5 5 CHAPITRE XII. De I'Ombre (Umbra) 5 38 L'Ombre de Kraraer ( Umbra Krameri, nob.) • 542 556 HISTOIRE DES POISSONS. SUITE DU LIVRE DIX-NEUVIÈME. BROCHETS ou LUCIOIDES. CHAPITRE IX. Des Hémiramphes. Le genre Hémiramphe est, comme celui des Belone, une création de M. Cuvier. Ce grand homme reconnut que plusieurs espèces mal étudiées par les ichthyologistes antérieurs et confondues les unes avec les autres, pouvaient être toutes réunies par un caractère commun qu'il a parfaitement saisi. Il consiste dans le prolongement de la symphyse de la mâchoire inférieure, en une pointe longue et sans dents, formant une sorte de demi-bec ; c'est ce que M. Cuvier a exprimé heureusement par le nom d'Hémiramphe- Ajoutons cependant plu- sieurs détails qui vont faire mieux connaître 19. 1 2 LIVRE XIX. ÉSOGES. l'ensemble de ces poissons. La mâchoire su- périeure, très -courte, est constituée par la réunion des deux intermaxillaires soudés entre eux pour former une sorte de bec court et ogival. En arrière, les maxillaires se confondent avec les os précédemment nommés : cer- taines espèces indiennes montrent plus parti- culièrement cette soudure; ces maxillaires se courbent sur les côtés et s'élargissent en un petit talon caché par le sous-orbitaire. Cette mâchoire se meut comme par un mouvement de bascule, et se redresse quand la bouche est fermée. Les deux mâchoires sont garnies d'une bande étroite de petites dents courtes, gre- nues et toutes égales. Celles d'en bas sont implantées sur une ligne dont le contour répond exactement à celui de la mâchoire supérieure. Le dessus de la tête, la dispo- sition des os operculaires, la grandeur de la fente des ouïes , la forme des branchies , la position reculée de la dorsale et de l'anale, l'allongement du lobe inférieur d'une caudale presque toujours fourchue, les carènes écail- leuses redressées de chaque côté du ventre, depuis la ceinture humérale jusque sur le tronçon de la queue , sont semblables à ce que nous avons vu dans les orphies. Cette affinité des deux genres se montre encore dans CHAP. IX. HÉMIRAMPHES. 5 la disposition des viscères, qui se ressemblent presque entièrement. Le canal intestinal est, en effet, un simple conduit sans circonvolu- tions ni ccecums. La vessie natatoire occupe toute la longueur de la cavité abdominale, au- dessus d'une bride assez résistante fournie par le péritoine. Elle est simple, avec deux très- petites cornes en avant, et un troisième petit * lobule sur le côté droit. Les parois sont minces et argentées dans la plupart des espèces. Mais ce qui est très-digne de fixer l'attention des anatomistes et des physiologistes, c'est que je découvre une structure celluleuse comme celle de la vessie des Amia, dans les Hemi- ramphus Brownii, H. Pleii et H. Commer- soni. Ce sont les trois seules espèces qui m'aient offert cette particularité, d'autant plus curieuse, que je ne trouve rien de semblable dans les orphies. Il est bon aussi de remarquer que nous trouvons des exemples de cette sin- gulière disposition de la vessie dans des pois- sons de la famille des brochets, qui n'ont aucune affinité avec les amies, les érythrins et les polyptères. Dans aucune espèce, je n'ai vu de communication avec le tube digestif. En comparant les hémiramphes aux orphies, il faut, pour se faire une idée juste des deux genres, remarquer que dans les premiers la 4 LIVRE XIX. ÉSOCES. mâchoire supérieure et les branches de l'in- férieure qui portent les dents, sont autant raccourcies que la nature les a allongées dans les orphies; mais que l'extrémité symphysaire, généralement si courte dans celles-ci, est au contraire considérablement allongée dans ceux- là. Il faut aussi remarquer que les dents restent toujours petites et égales, tandis qu'elles s'al- ' longent, comme on le sait, dans les orphies. Les hémiramphes, ainsi caractérisés , sont des poissons étrangers à l'Océan septentrional de l'Europe; du moins je ne trouve la descrip- tion d'aucune espèce de ce genre dans les au- teurs qui ont écrit sur les poissons de nos mers; mais il en existe dans la Méditerranée. L'expé- dition scientifique de l'Algérie en a rapporté de Bone. Toutes les autres espèces jusqu'à pré- sent bien connues, et atteignant une grandeur moyenne, viennent des mers des deux Indes. Il faut cependant remarquer que M. Couch 1 a donné, dans son Mémoire sur les poissons de Cornouailles , inséré dans les Transactions linnéennes de Londres, une courte notice re- produite par MM. Yarell et Jennyns sur un très-petit poisson long d'un pouce, semblable pour la forme à XEsox belone , avec une mâ- 1. Couch, Transact. ofLinn. soc, t. XIV.. part. i. re , p- 85. CHAP. IX. HEMIRAMPHES. O choire inférieure plus prolongée que la supé- rieure. Le premier de ces trois zoologistes a cru, mais à tort, pouvoir le nommer Esox brasiliensis. Il a vu ce petit poisson dans le havre de Polperro, nageant avec agilité près de la surface de l'eau. Les deux naturalistes qui se sont servis du travail de M. Couch, ont bien reconnu que la dénomination linéenne ne pouvait être ap- pliquée à ce poisson; mais ils ont pensé que ce devait être un jeune de quelque espèce d'hémiramphe. Dans le but d'éclairer les zoo- logistes, qui vivent sur les bords de la mer, M. Yarell a eu le soin de faire représenter, dans une vignette, la tête d'une de nos espèces américaines, à bec court, qui me paraît voisine de notre hemiramphus Richardi. J'ai retrouvé, dans les dessins faits à Nice par M. Laurillard, une très-jolie petite figure d'un poisson long de deux pouces huit lignes , et que M. Risso a nommé de sa main hemi- ramphus pusillus. Le bec de ce petit poisson est représenté tout droit; le supérieur est proportionnellement assez long et pointu; la dorsale est opposée a l'anale; la caudale est très -faiblement échancrée; les couleurs sont brillantes : c'est un beau vert sur le dos, un argenté bleuâtre sous le ventre; ces deux cou- LIVRE XIX. ÉSOCES. leurs sont séparées par une bandelette longi- tudinale et dorée. Il ne peut me rester aucun doute sur l'in- terprétation de ce dessin, parce que M. Lau- rillard a eu soin de rapporter une suite de neuf de ces petits individus, dont la taille s'accroît successivement depuis treize lignes jusqu'à deux pouces cinq lignes. Or, malgré leur petitesse, nous observons avec assez de facilité que les dents sont placées sur deux lignes qui restent distinctes à la mâchoire in- férieure; nous voyons, le long des branches de celle-ci, poindre les germes de dents qui sortiront au delà de l'extrémité de la mâ- choire supérieure. Ces deux branches sont plus allongées que dans les hémiramphes ordi- naires. Cette organisation nous prouve donc que nous avons sous les yeux de jeunes or- phies. Cette observation vient confirmer la loi que nous avons déjà eu soin d'indiquer dans le volume précédent, en traitant de ce genre. Dans le premier âge, les orphies ont le bec court et la mâchoire inférieure s'allonge avant que la supérieure ne prenne son entier déve- loppement. M. Ruppell a fait la même remar- que relativement aux scombrésoces : nous la reproduisons pour les hémiramphes, non-seu- CHAP. IX. HÉM1RAMPHES. 7 lement d'après nos propres recherches, mais d'après celles aussi que Ruhi et Van Hasselt avaient faites en traversant l'Atlantique. Nous rappellerons encore ici que ces observations s'étendent jusqu'aux espadons. Nous avons donc encore lieu de douter qu'il y ait des espèces d'hémiramphes sur les côtes septen- trionales d'Europe. Mais dès que nous péné- trons dans l'Atlantique, nous commençons à rencontrer ces poissons aux Canaries et sur les côtes du Sénégal; puis nous en trouvons plusieurs espèces dans les Antilles , et un beaucoup plus grand nombre dans les mers de l'Inde et sous toutes les latitudes chaudes ou tempérées. Les navigateurs qui ont re- marqué la forme singulière de ces poissons , les ont presque partout désignés sous la dé- nomination de Balaou, déjà employée par Du Tertre. ' La première figure que les auteurs nous en fournissent, est celle de la tète d'une espèce à bec court, qui pourrait bien être notre Hemiramphus Ricliardi, et que l'on trouve dans la description du cabinet de Grew 2 : elle est de 1681, et désignée par cette phrase : 1. Du Tertre, Hist. gén. des Ant., H, p. 218. 2. Grew, Mus., tab. VII. s LIVRE XIX. LSOCLS. Head ofy underswordjish (tète d'un poisson épée). Un an après, Nieuhof représentait une île nos espèces des Moluques sous le nom de Elephants-Neuse (nez d'éléphant). Cette figure a été copiée dans Willughby s en 17 2 5. Sloane nous laisse, dans son Histoire de la Jamaïque 2 , une nouvelle figure d'hémiramphe , dans la- quelle on peut reconnaître, malgré ses nom- breuses imperfections, l'espèce dont Brown 3 a donné, sous le nom de Piper, une représen- tation plus fidèle, et qui, pour le dire tout de suite, a été copiée dans l'Encyclopédie mé- thodique 4 . C'est ce dernier document qui a été cité par Linné, dès la dixième édition, sous son espèce (XEsojc brasïliensis, que d'ail- leurs il caractérisait très -bien par ces mots : E. maxilla inferiore longissima. L'espèce au- rait été par conséquent bien établie et par le caractère et par la citation, si le grand natu- raliste d'Upsal n'avait eu le tort d'y adjoindre le Timucu de Marcgrave, espèce d'orphie aujourd'hui bien déterminée. Linné a reproduit cette erreur dans sa XII. e édition, en ajoutant encore à la confusion par 1. Willughby, App., p. 4, tab. VI, %. 4. 2. Sloane, Jam., pi. 25o, fig. 5. 3. Brown, Jam., p. 443, t. XLV, p. 12. 4. Bonn., Encycl. , pi. 72, p. 298. CHAP. IX. HÉMIRAMPIIES. 9 l'addition de la citation de Grew, d'où il résulte que dès son inscription dans le Sjstema na- turœ, l'être désigné sous le nom d'Esox bra- siliensis devient frappé de nullité et n'est qu'une véritable espèce nominale. Gmelin n'a heureusement ici fait autre chose que de co- pier Linné. Mais Bloch, en entassant sous cet Esox brasïliensis les citations prises dans Va- lentyn , dans Renard , dans Nieuhof , qui se rapportent à des espèces distinctes et des mers de l'Inde, a rendu encore plus indéchiffrable ce qu'il prétend appeler Esox brasiliensis. La figure de la planche 3g 1 est certainement une enluminure faite toute d'imagination; si j'a- vais cependant à me prononcer sur le poisson que cet ichthyologiste avait sous les yeux , je pencherais plus pour notre Hemiramphus Commersoni des mers des Moluques que pour toute autre espèce. M. de Lacépède n'a pas mieux éclairci la question , quoiqu'il ait changé le nom linnéen de cet auteur en celui à'Esox gladius. Il a évidemment copié toute sa synonymie dans Ticlithyologie de Bloch. On doit aussi lui reprocher d'avoir fort mal tiré parti des ma- tériaux qu'il trouvait dans les manuscrits de Commerson. Ce voyageur a laissé un dessin d'une parfaite exactitude du grand Hémiram- 40 LIVRE XIX. ÉSOCES. ramphe de l'Ile-de-France et des Moluques, appelé, d'après la description conservée dans les manuscrits, Hemiramphus Commersoni. M. de Lacépède a donné en même temps une copie altérée du dessin, sous le nom de va- riété de XEsox espadon. l Ce dessin de Gommerson ne porte aucun nom; mais, à la manière dont il est fait à la mine de plomb, on peut l'attribuer à Sonnerat; il n'y a d'ailleurs aucun doute à le regarder comme représentant l'espèce de l'Ile-de-France. On ne doit pas non plus hésiter de recon- naître ce même Hémiramphe dans XEsox marginatus de Forskal, désigné sous le nom d'Esox gambarur par M. de Lacépède, qui a suivi, dans cette détermination, les auteurs de l'Encyclopédie méthodique. Mais ce que Ton a peine à comprendre, c'est la synonymie, mise, sans aucune critique, à cette espèce (XEsox gambarur. Il est considéré comme XEsox hepsetus de Linné , lequel est un composé, i.° d'une espèce d'anchois prise dans Brown, a. àxx Piquitingua, espèce toute diffé- rente de clupée, voisine des melettes, insérée dans Marcgrave, et 3.° d'une description tirée des Aménités de Linné, mais tellement in- 1. Laccp.. t. V, p. 5i6, pi. -], fig. CHAP. IX. HÉMIRAMPHES. \ \ complète que l'on ne peut la reconnaître : je ne crois pas cependant qu'il s'agisse d'une es- pèce d'hémiramphe. Enfin, pour ajouter à toute cette confusion, un second dessin de Com- merson, représentant aussi, à n'en pas douter, une espèce de l'Ile-de-France , est gravé dans l'Histoire naturelle des poissons, mais après avoir été presque entièrement défiguré, comme une variété de YEsox gambarur. Celui-ci avait été pris dans les filets au moyen de feux allumés pendant la nuit. Je présume que M. de Lacépède a copié sa synonymie dans les manuscrits de Commerson. Or, cet habile naturaliste s'était ici fortement trompé en dé- signant, comme YEsox hepsetus de Linné, un hémiramphe qu'il décrivait avec beaucoup de soins d'après un individu vivant que lui vendit une négresse, en 1757, dans la baie de Rio- Janeiro. Commerson met à la suite de la citation de YEsox hepsetus une autre qu'il ne tire point de Linné ; il la prend dans Brown 1 , c'est aussi la figure d'un anchois. Au reste, je suis convaincu que la vue de la bandelette argentée tracée sur les flancs de presque tous les hémiramphes , ainsi que dans un grand nombre d'espèces des genres différents, et en 1. Jam. } p. 44' , t- XLV, %. 5. 42 LIVRE XIX. ÉSOCES. particulier dans les athérines, les melettes et les anchois, a été la source des mauvaises déterminations faites par Commersou ; faibles erreurs d'ailleurs, et bien pardonnables quand on songe que l'homme habile qui les com- mettait, n'avait pour s'éclairer, et peut-être pour toute bibliothèque que la dernière édi- tion du Systema naturœ. C'est par suite de ces confusions que l'on voit dans la grande Ichthyologie française de 1788 l'hémiramphe espadon désigné comme habitant les mers des deux Indes, tandis que les espèces ont des zones parfaitement limitées. Tous les auteurs s'accordent à dire de la chair de ces poissons qu'elle est grasse et délicate; qu'ils sont toujours abondants sur les côtes où on les rencontre ; qu'on les attire aisément dans les filets, au moyen de feux allumés pen- dant la nuit. La discussion sur l'emploi des matériaux fait par nos prédécesseurs, prouve que nous n'avons pas dû essayer de rapporter à l'une des nom- breuses espèces à décrire dans ce chapitre, les dénominations diEsox brasiliensis > et celles d'JEs. gambarur et d'Es. marginatus. Nous avons donc eu une nomenclature nouvelle à faire. Les caractères qui nous ont servi à la distinction des espèces sont tirés de la forme CHAP. IX. HÉMIRÂMPHËS. 43 et de la longueur proportionnelle du bec et du plus ou moins de largeur du crâne. Mais nous ne pouvons nier qu'il n'y ait dans l'en- semble de tous ces poissons des ressemblances assez marquées , pour qu'il ne soit très-difficile de prendre dans tel ou tel de leurs traits une expression caractéristique qui puisse devenir l'épitliète ou le nom spécifique de chacune d'elles. Quelques rares variations dans les cou- leurs sont venues cependant à notre aide pour trouver des dénominations convenables. Nous avons regardé comme un moyen d'éclaîrcir les difficultés synonymiques de donner aux différentes espèces les noms des auteurs qui les ont fait mieux connaître, et alors nous avons étendu ce mode de nomenclature en dédiant à chaque voyageur les espèces dont ils ont enrichi le Cabinet du Roi , et par suite, notre ouvrage. Passons maintenant à la description des espèces. Le Balaou des Antilles ou l'Hémiramphe DE BROWN. (Hemiramphus Brownii, nob.) Celle que je commencerai par décrire est la plus commune, la plus grande et la plus répandue dans l'Atlantique. La figure de Il LIVRE XIX. ÉSOCES. Brown ' me parait la représenter avec beau- coup d'exactitude, de sorte que cette espèce mériterait, plus que toute autre, de conserver le nom dJEsojc brasiliensis , que Linné lui aurait imposé dans la dixième édition du Sjstema naturce, si l'auteur de ce célèbre ouvrage n'avait gâté l'établissement de cette espèce par la citation de Marcgrave. L'exac- titude de la figure gravée dans l'Histoire de la Jamaïque, me détermine à désigner cette pre- mière espèce par le nom de Brown. Le Balaou a le corps allongé ei plat sur les côtés ; le dos et le ventre sont un peu arrondis. Je trouve que l'épaisseur fait à peu près la moitié de la hau- teur, qui est comprise six fois entre l'extrémité de la mâchoire supérieure et la queue, sans y com- prendre la caudale; la longueur du bec inférieur, c'est-à-dire la mesure prise entre la pointe de celte mâchoire et la longueur du bec, est contenue cinq fois dans la longueur totale, mesurée depuis le bout du bec jusqu'à l'extrémité du lobe inférieur de la caudale; la longueur du bec supérieur, c'est-à-dire la mesure prise entre son extrémité et l'angle de la commissure est du septième de la longueur du bec inférieur : en laissant de côté cette portion très- allongée de la mâchoire inférieure, on peut dire que la tête est étroite et pointue en avant, que le front est bombé en dessus, mais au lieu de faire une 1. Jam., p. 443, 1. XLV, fig-. 2. CHAI*. IX. HÉMIRAMPHES. i5 courbe régulière, on distingue très-facilement trois plans sur cette région supérieure; l'un mitoyen et plane, puis deux autres plans, un de chaque côté descend obliquement sur la tête en s'étendant de- puis la région sourcilière jusque sur les mastoï- diens; les joues sont planes; le dessous de la tête est étroit , cependant l'isthme a encore une certaine largeur. L'œil est assez grand, du quart de la distance entre l'extrémité du bec supérieur et le bord de l'opercule; une peau adipeuse assez épaisse recouvre le sous-opercule et la partie postérieure de la joue; le sous-opercule a son bord antérieur et inférieur largement arrondi, le supérieur est rectiligne, la plus grande largeur de ce trapèze irrégulier est égale à la moitié du diamètre de l'orbite. Une écaille convexe et semblable par sa forme au sous-orbitaire le recouvre tout entier. Le préopercule donne en arrière et tout au bas de la joue un angle assez aigu. L'opercule est grand et descend aussi presque jus- qu'au bord inférieur de l'ouverture de l'ouïe, parce que le sous-opercule ne forme qu'un arc très-étroit; l'interopercule est beaucoup plus petit encore, et il est presque entièrement caché le long du bord infé- rieur du préopercule. La mâchoire supérieure, mal- gré son raccourcissement, est constituée comme celle des orphies et des scombrésoces. Les deux intermaxillaires, malgré leur brièveté, sont réunis entre eux par devant et sur les côtés avec les maxillaires, qui forment le talon de l'angle de la commissure, lequel est entièrement recouvert, 10 LIVRE XIX. ÉSOCES. quand la bouche est fermée par le sous-orbitaire. La mâchoire inférieure donne en arrière de chaque côté une large et forte branche, dont l'angle posté- rieur répond, à peu près au milieu de l'œil. Ces deux branches viennent se souder entre elles au devant de la mâchoire supérieure et se prolongent ensuite en cette longue lame qui constitue le demi-bec des hémiramphes. Dans l'hémiramphe de Brown, la réu- nion de la base constitue une sorte de bord ogival , qui dépasse un peu le supérieur et se rétrécit bientôt en une lame étroite, à peu près droite et régulière. Dans les mouvements de la mâchoire inférieure, et lorsqu'elle s'abaisse, on voit se redresser le bec supérieur comme par un mouvement de bascule. Les dents sont sur une bandelette étroite aux deux mâchoires. Elles sont très-courtes, mousses et co- niques, on pourrait presque dire grenues. Il n'y en a aucune au palais ni sur la langue, dont l'extrémité est libre et dont la surface est creusée en gouttière. Les narines sont petites, sur le dessus de la tête, placées dans un petit enfoncement creusé auprès de l'œil et assez semblables à celles des orphies et des scombrésoces. Les ouïes sont très-largement fendues; les bran- chies ont des ratelures dirigées en avant sur la lame externe. La membrane branchiostège , resserrée sous la gorge, n'est cependant pas tout à fait cachée par la lame operculaire : nous y comptons dix rayons branchiostèges. Les pharyngiens supérieurs sont au nombre de trois, formant une grande plaque ova- laire impaire, resserrée en avant et ayant de chaque CHÀP. IX. HÉMIRÂMPHES. \7 côté une autre petite plaque étroite. La plaque im- paire est légèrement convexe et s'appuie sur le pha- ryngien inférieur, qui est légèrement concave et qui, étant plus pointu de l'avant, peut être plutôt désigné comme une plaque triangulaire : tous ces os sont couverts de très -petites dents ou plutôt d'âpretés coniques, devenant par l'usure comme de petites granulations. La surface externe des mastoïdiens est un peu grenue; ils portent une ossature de l'épaule qui est un peu plus étroite que celle de l'orphie, mais qui lui ressemble à beaucoup d'égards. La pectorale est un peu pointue, aussi longue que le corps est haut. Les ventrales sont courtes, assez larges etéchancrées; elles sont reculées vers le dernier tiers du corps. La dorsale est sur le dernier quart de la longueur, prise entre le bec supérieur et la fin de la queue; elle est assez haute de l'avant et basse de l'arrière, en partie couverte d'écaillés; il en est de même de la caudale, qui est beaucoup plus petite et plus basse que la nageoire du dos, et dont le premier rayon ne cor- respond qu'au sixième ou même au septième de celle-ci. La caudale est profondément fourchue et le lobe inférieur est plus long que le supérieur. B. 10; D. 12; A. 13; C. 25; P. 9; V. 6. Les écailles sont assez larges, adhérentes : j'en compte soixante-cinq entre l'ouïe et la caudale; la forme de l'une d'elles est irrégulièrement quadri- latère ou triangulaire, entièrement couverte de très- fines stries concentriques, sans rayons en éventail. Les deux carènes commencent sous la gorge et s'é- tendent de chaque côté du ventre jusqu'au-dessous 19. 2 I S LIVRE XIX. ÉSOCES. de la queue. La ligne latérale est assez distincte de ses carènes, et va de la pectorale à la caudale en passant par le milieu du côté. La couleur est un verdâtre uniforme, nettement tranché sur le dos, avec la couleur bleuâtre ou grise argentée des côtés; toutes les nageoires sont jaunâtres. Le bec est plus foncé, je dirais même presque noir, avec une teinte rouge ou orangée à l'extrémité. La splanchnologie me montre un large canal in- testinal simple et droit, sans valvules intérieures. La vessie aérienne a une structure très-curieuse. En enlevant le repli du péritoine qui la sépare des autres viscères abdominaux, on voit une longue vessie celluleuse dans toute son étendue. Les cel- lules laissent à l'intérieur et sur le dos un grand espace vide, comme cela a lieu dans l'amia; tout le reste est divisé en cellules réunies comme un poumon de grenouilles. La vessie se divise en avant en deux petites cornues courtes, celluleuses comme le reste de l'organe. Je n'ai pu trouver aucune com- munication avec le tube digestif ; je crois bien pou- voir affirmer qu'il n'y en a pas. La longueur totale de notre poisson est d'environ dix-huit pouces et demi. J'ai fait cette description d'après un indi- vidu conservé dans Veau-de-vie et envoyé de la Martinique par M. Plée. Je retrouve exac- tement les mêmes formes, et par conséquent les caractères de cette espèce dans plusieurs autres exemplaires desséchés qui nous sont CHAP. IX. HÉMIRAMPHES. 19 venus de la Guadeloupe par M. Ricord. Outre ces individus des Antilles, nous voyons l'es- pèce sur les côtes du continent américain, à Bahia et à Rio de Janeiro. Elle existe aussi sur la rive africaine de l'Atlantique; car M. Rang en a rapporté plusieurs exemplaires de Gorée, qui sont aujourd'hui dans le Cabinet du Roi. Je trouve dans les notes de M. Plée que ce poisson, très -commun aux Antilles, y est fort estimé. Les Espagnols de Portorico le con- fondent avec l'orphie sous le nom d'Agujon ou de Aguja. M. L'Herminier nous a envoyé le dessin d'un Balaou pris à la Providence. Nous nous en sommes servis pour décrire les couleurs de cette espèce. C'est peut-être elle que M. Lesueur 1 a voulu décrire sous le nom $ Hemiramphus marginatus , d'après des in- dividus qu'il avait pris à la Guadeloupe et à la Martinique , parce qu'il lui trouve la queue et le corps trois fois aussi longs que la mâ- choire inférieure : mais les nombres indiqués par ce naturaliste, D. 14; A. 12, etc. ne se reproduisent dans aucune espèce amé- ricaine; j'ai tout lieu de croire qu'ils ont été mal comptés. 1. Les., Joiirn. de Philad., 1822, 1. II. p. i5/,, n.° 28. 20 LIVRE XIX. ÉSOCES. J'ai lu avec le plus grand soin la descrip- tion détaillée que Commerson résumait dans la phrase caractéristique associée par M. de Lacépède à l'hémiramphe de Forskal et au piquitinga de Marcgrave. Je ne doute pas que Commerson n'ait eu aussi sous les yeux l'hé- miramphe sujet de cet article. C'est une des espèces que nous voyons se confondre aux Canaries avec celle que nous regardons comme propre à la Méditerranée. La présence de ce poisson dans cet archipel a été établie sur les intéressantes collections faites dans cet archipel par mon savant ami, le botaniste Webb. Je l'ai indiquée dans l'Ichthyologie des Ca- naries, dont la publication est due à la géné- rosité de ce naturaliste sous le nom (ÏEsojc brasiliensis. N'ayant pas encore à cette époque fait la critique des noms donnés à cette es- pèce, je croyais que ma détermination devait avoir d'autant plus de fondement, que l'indi- vidu desséché que M. Webb a donné au Ca- binet du Roi, porte quelques marbrures noires qui rappellent tout à fait celle que Bloch a fait représenter. chap. ix. hémiramphes. 21 Z/Hémiramphe de Plée. (Hemiramphus Pleii , nob.) Nous trouvons dans les mers des Antilles une seconde espèce, qui diffère de la précé- dente, parce que le front est plus étroit et plus anguleux, que l'ogive du bec supérieur est plus aiguë, que le bec inférieur est plus grêle et plus long, que les dents sont plus fines. La pectorale me paraît aussi plus pointue; la dorsale est plus basse de l'avant à son dernier rayon prolongé en filet. L'anale est un peu plus courte ; la caudale a les lobes un peu plus grêles. D. 14; A. 13, etc. D'après M. Choris et M. de Poey, le dos est simple- ment bleuâtre; les nageoires ont cette même teinte; la caudale ayant un peu de rouge à l'extrémité : l'ex- trémité du bec inférieur est tout à fait rouge. Je trouve dans ce poisson un foie composé d'un seul lobe à surface arrondie en dessous, creusée en dessus en gouttière pour y recevoir l'œsophage, qui se dilate en une espèce d'entonnoir conique, con- stituant à la fois l'estomac : vers les deux tiers de la cavité abdominale il devient tout à fait étroit; il con- stitue l'intestin , qui est court et qui se rend à l'anus sans aucun repli ni circonvolution; une grande et longue vessie aérienne occupe toute l'étendue de la cavité abdominale; ses parois propres sont très-minces. Elle est eelluleuse à l'intérieur, mais sans laisser 22 LIVRE XIX. ÉSOCES. dans celte espèce un espace vide ei large comme dans la précédente. Elle est divisée en avant en deux petites cornes très -courtes. Le repli péritonéal, au- dessus duquel elle est cachée, est fibreux, assez ré- sistant et plus argenté que le reste du péritoine, qui est brun pieté de noir. Je n'ai pas vu de communi- cation avec l'intestin. Outre les particularités que l'on peut ob- server dans le squelette de ce poisson, en examinant les caractères zoologiques fournis par les différents os du crâne, je remarque encore que leurs mastoïdiens sont élargis sur les côtés pour former à droite et à gauche de la base du crâne deux cavités assez grandes, situées au-dessus des branchies. Les surscapulaires sont très -petits. La ceinture humérale est large et comme pliée en une gouttière assez profonde; elle est formée par l'élar- gissement de l'huméral mince et aplati , couché sur un cubital encore plus mince, mais plus large; le radial est large, mais court; le styléal est très-étroit, grêle et comme soudé aux os précédents. Les os pelviens ressemblent assez par leur struc- ture générale aux os semblables des orphies; ils sont seulement plus courts, plus étroits, surtout en ce qui forme le plan osseux externe. La colonne ver- tébrale se compose de cinquante -trois vertèbres, dont trente-huit abdominales portant des côtes fines comme des crins, et des apophyses horizontales di- rigées en arrière plus fines et plus courtes, et qui CHAP. IX. HÉMIRAMPHES. 23 forment le plan supérieur de l'arête qui sépare les deux faisceaux des longs muscles droits des flancs. Nos individus sont longs d'environ neuf à dix pouces j mais M. de Poey dit qu'il y en a qui dépassent un pied. M. Desmarets avait reçu deux individus de cette espèce dans un envoi qui lui a été fait de l'île de Cuba. MM. Achard et Choris en ont donné chacun un exemplaire venu de la Martinique. Cette espèce porte à la Havane le nom d'Escribano, qui veut dire notaire. ïl est dû sans doute à la prolongation de la mâchoire inférieure , rappelant un peu la forme d'une plume. En examinant la figure que M. Lesueur 1 a donnée de son Hemiramphus balaou, dans le Journal des sciences de Philadelphie, je suis très-porté à croire que cet infatigable voyageur a représenté l'espèce actuelle; et ce qui me le confirme, c'est que la couleur de la caudale est bleuâtre : d'ailleurs, les nombres ne sont pas indiqués dans la description de M. Lesueur. Il a vu aussi son Hémiramphe à la Guade- loupe, à la Martinique et à Saint-Domingue, où il est très- commun et confondu avec le précédent sous le même nom de Balaou. i. Les., Journ. de Phil., 1821, t. II, p. i36, n. D 29. 24 LIVRE XIX. ÉS0CES. Nous avons maintenant plusieurs espèces américaines qui se distinguent des deux pré- cédentes par un raccourcissement notable du bec, comme elles se distinguent entre elles par les proportions de cette partie du corps 5 c'est à l'une d'elles que l'on devrait rapporter et la gravure de Pernetti ', et la figure plus ancienne donnée par Grew de la tête d'un hémiramphe; mais ces représentations sont si vagues, que je ne veux certainement pas prendre de parti à leur sujet. Aussi, je vais continuer les descrip- tions faites d'après nature. L'Hémiramphe de Robert. {Hemiramphus Roberti , nob.) Nous avons reçu de Cayenne un troisième hémiramphe, qui a encore le bec long et grêle. 11 diffère du précédent, parce qu'il a le dessus du crâne plus étroit, la mâchoire supé- rieure encore plus aiguë, les dents très-fines : la caudale est beaucoup moins fourchue; la dorsale et l'anale se répandent plus exactement, et cette der- nière est plus longue que chez les espèces précé- dentes. La pectorale est courte. D. 15; A. 16, etc. La couleur est verdâtre sur le dos et sur le ventre; 1. Pern., Voy. aux Malouiiics. f. II, pi. 2, fig. 8. CHAP. IX. HÉMIRAMPHES. 2& une bande argenlée, plus large sur la queue que sur la région pectorale, se dessine le long des côtés. Nos plus grands individus ont six pouces et demi ou sept pouces. Ils nous sont venus dans les collections faites par MM. Poiteau et Robert. Je crois même que , déjà plus anciennement, Leblond en avait envoyé de la même colonie , que Ton conserve encore dans le Cabinet du Roi. Z/Hémiramphe de Picart. (Hemiramphus Picard, nob.) Une autre espèce a le bec supérieur encore plus étroit et plus allongé ; la mâchoire inférieure, grêle, est proportionnellement plus courte; le front est un peu plus convexe; la pectorale un peu moins courte; la dorsale et l'anale plus longues ; la caudale est à peine fourchue. D. 16; A. 16, etc. La bandelette argentée des flancs est beaucoup plus large, sur la queue, entre la dorsale et l'anale. Le bec paraît uniformément coloré; il ne devait avoir que la dernière extrémité rouge, si cette espèce a cette particularité de couleur comme la plupart de ses congénères. Notre individu a huit pouces de long. Nous avons de fortes raisons de supposer que M. Picart avait pris ce poisson dans la 2(> LIVRE XIX. ÉS0CES. rade de Cadix, d'où il a rapporté plusieurs mollusques et annélides curieux au Cabinet du Roi. M. Alph. Guichenot, l'un des natura- listes de l'expédition scientifique de l'Algérie , vient de rapporter deux individus de cette espèce pris à Bone : c'est jusqu'à présent le seul hémiramphe authentique de la Méditer- ranée et des mers d'Europe. Z/Hémiramphe de Richard. (Hemiramphus Richardi, nob.) Le célèbre botaniste Richard, membre de l'Académie royale des sciences, avait rapporté de Sainte-Croix des Antilles, une espèce d'hé- miramphe dont le bec est remarquable par sa brièveté. J'ai vu les mêmes formes et les mêmes proportions renouvelées dans sept autres in- dividus, envoyés au Cabinet du Roi à des époques éloignées l'une de l'autre par différents naturalistes : je crois donc que cette fixité dans les caractères, tirés de la proportion du bec, justifiera non-seulement l'établissement de l'es- pèce dont je vais parler, mais encore celui des deux précédentes, qui ont entre elles, et avec celles que je vais décrire, les plus grandes affinités. CHAP. IX. HÉMIRAMPHES. 27 Dans cette espèce le bec est compris cinq fois et un tiers dans la longueur totale; comme il est large et aplati, il représente en raccourci celui du Balaou. Dans toutes les autres espèces le bec est propor- tionnellement beaucoup plus étroit. La tête de notre poisson est courte; l'œil est assez grand; les dents sont fines et sur une bande plus large que dans aucun autre. La pectorale est de longueur moyenne. La dorsale et l'anale sont éten- dues. La caudale est peu fourchue. D. 15; A. 16, etc. Le corps est couvert d'écaillés finement grenues en dessus et qui m'ont toujours montrées deux ou trois rayons en éventail. La couleur du dos est sé- parée de celle du ventre par une bandelette argentée, qui est bleuâtre dans la région pectorale. Le bord des écailles du dos est rembruni par des points pig- mentaires nombreux et serrés, disposés sur le bord libre de la bourse des écailles, et qui dessinent même après que celles-ci sont tombées, un réseau noirâtre sur le dos. Le bec, rembruni, est coloré en rouge vif à l'extrémité. Dans cette espèce la vessie aérienne est simple, sans cellules intérieures; les parois sont minces et argentées ; le péritoine est noir. La grandeur de nos individus est d'environ huit pouces. Outre celui que le Cabinet tient de feu Ri- chard, il y en a d'autres envoyés de Cayenne par Leblond et Poiteau. On en a acquis des AO LIVRE XIX. ÉSOCES. exemplaires originaires de Bahia; et enlin , nous avons la preuve que l'espèce s'avance jusqu'à Rio de Janeiro, d'où elle a été rapportée par M. Delalande, et où M. Eydoux l'a retrou- vée lors du passage de la corvette la Bonite. //Hémjramphe de Commerson. (Hemiramphus Commersonii , nob.) Commerson avait laissé dans ses manuscrits un dessin fait à la mine de plomb, sans au- cune autre indication, qui représente, à n'en pas douter, une des plus grandes espèces de ce genre, répandue dans une assez longue éten- due des mers de l'Inde ; mais les manuscrits ne font aucune mention de ce dessin. Elle est recoimaissable aux quatre grandes taches noires, placées à peu près à égale distance sur le milieu des côtés : la première répond à la pointe de la pectorale, et la quatrième est entre la dorsale et l'anale. Cet hémiramphe a d'ailleurs le crâne large et aplati ; la mâchoire supérieure en ogive peu pointue; le bec assez large et déprimé, de sorte que l'espèce ressemble assez bien, par l'ensemble de ses formes, au Balaou des Antilles. On peut dire d'elle qu'elle est le représentant de l'espèce américaine dans l'Océan indien. L'œil cependant me paraît un peu plus petit; les dents coniques, mais mousses, sont sur une bande un peu plus large. CHAP. IX. HÉMIRAMPHES. 21) La pectorale est longue et pointue; la dorsale a son dernier rayon un peu prolongé : elle est haute de l'avant, basse de l'arrière, et coupée ou échan- crée en lame de faux. Les premiers rayons sont écailleux. L'anale beaucoup plus courte, n'ayant que les deux tiers de la hauteur de la précédente : elle est à peu près triangulaire, le rayon interne des ventrales est plus long que l'externe, mais les mi- toyens sont plus courts; la caudale est profondément fourchue; le lobe inférieur est beaucoup plus long. D. 13 ; A. 11, etc. Les écailles sont très-grandes, presque deux fois aussi hautes que larges, de sorte que, lorsqu'elles sont en place et cachées en grande partie dans leur superposition, elles ne montrent pas leur grandeur; elles sont entièrement formées de stries concentri- ques régulières. Je vois cependant au bord radical comme une sorte de rayon en éventail. La couleur est un gris verdâtre sur le dos, se fondant dans le gris argenté du ventre. La dorsale, la caudale et la pectorale sont verdâtres; l'anale et les ventrales blan- châtres. Le long des flancs règne une bandelette longitudinale argentée, bordée de bleuâtre en dessus et en dessous. Le foie et l'intestin ressemblent aux viscères de même nature chez les autres hémiramphes. Je re- trouve ici une vessie aérienne celluleuse, comme dans Y Hemiramphus Brownii, et H. Pleii. Tout l'intérieur est divisé en cellules. Deux petites cornes sont en avant. Il n'y a pas de communication avec le tube digestif.- 30 LIVRE XIX. ÉSOCES. Cette espèce est une des plus grandes du genre : nos individus ont jusqu'à dix -huit pouces de longueur. Nous en avons reçu un de rile-de-France, envoyé par M. Julien Des- jardins. M. Botta et Lefebvre en ont rapporté de beaux exemplaires de la mer Rouge, pris à Massawah et à Suez; et j'en ai vu d'autres de la même localité dans le Musée de Berlin, où ils ont été déposés par M. Ehrenberg. Mon aide-naturaliste, M. L. Rousseau, qui a fait un voyage si fructueux pour la zoologie aux Séchelles et sur la côte d'Afrique, vient de le rapporter de Zanzibar. MM. Quoy et Gaimard ont retrouvé cette espèce jusqu'à Vanikoro : ils ont vu l'extrémité du bec d'un beau rouge vif. Les habitants l'ont indiquée sous le nom iïAnéma: partout l'es- pèce est très-commune. Nous trouvons aussi la preuve de l'existence de cette espèce dans le détroit de Malacca par l'examen d'un dessin fait par le major Farqhar, et qui porte le nom malais Eekan-Todak- Pindik. Après avoir ainsi caractérisé cette espèce, et l'avoir retrouvée dans la mer Rouge, nous n'avons plus à hésiter sur la dénomination de XEsox marginatus, et sur la variété B de Fors- kal. Nous en avons pour garant les observations CHAI'. IX. HÉMIRAMPHES. 31 répétées à Massawah par notre savant ami, M. Ehrenberg, qui a bien voulu nous communi- quer le dessin qu'il en a fait sur les lieux : elles se rapportent aussi aux recherches de M. Rup- peli 1 sur les poissons de ces côtes. Cet habile naturaliste a cru devoir nommer l'espèce du nom $ Hemiramphus Far, tout en reconnais- sant qu'elle est identique avec le poisson que M. Guvier indiquait dans la note du Règne animal sous le nom que nous lui avons con- servé, et que nous devons préférer, comme plus caractérisé, que celui de Forskal. Nous apprenons, d'après M. Ruppell, que le nom vulgaire arabe , encore en usage sur les bords de la mer Rouge, est effectivement celui de Far. Ce poisson croit jusqu'à la longueur de quinze pouces. Il y a une figure de cette espèce plus an- cienne même que celle de Commerson. Nous la trouvons dans Renard 2 sous le nom de Demi-bec de Bagueval, et qu'il désignait en Hollandais par Groot Half-Beck; ce qui veut dire grand demi-bec. On ne peut le mécon- naître dans cette figure enluminée cependant d'une manière arbitraire. Je n'en vois pas l'ori- 1. Rupp., Neue Wirbelth. zur Faun. Abyss,, p. 7/4. "2. Renard. Poiss. des Indes, 2. e part., pi. 5, n.° 21, 32 LIVRE XIX. ÉSOCES. ginal dans le recueil des dessins de l'amiral Corneille de Vlamming. On dit que la chair de ce poisson a le goût de celle de l'esturgeon, quoiqu'elle soit hui- leuse et que l'on en fait des saucisses, qui ne sont pas mauvaises quand elles sont grillées. Le crâne de cet hémiramphe a été représenté d'une manière très-caractérisée par Willughby, tab. P. 8, n.° 3, sous le nom de Acus alicujus Indice caput. La largeur et l'aplatissement du crâne, ainsi que la forme du bec, ne peuvent laisser de doute à cet égard. i/HÉMIRAMPHE DE RuSSEL. (Hemiramphus Russeli, nob.) Je trouve dans les mers de l'Inde une se- conde espèce d'hémiramphe, à corps à peu près semblable au précédent, qui a comme lui de grandes écailles, dont le bec est aplati et prolongé à peu près du quart de la longueur totale; les écailles sont assez grandes : la ligne latérale est très-visible, tracée sur le haut du dos et distincte de la carène du ventre, qui cependant n'est pas très -fortement relevée. Les dents sont d'une grande finesse. La cou- leur est violet-noirâtre et changeant sur le dos; les côtés sont argentés ; le ventre et les nageoires sont blancs lustrés, à reflets bleuâtres. D. 17; A. 12? etc. CHAP. ÏX. HÉMIRÀMPHES. 55 Je ne possède de ce poisson qu'un seul exem- plaire, recueilli par Sonnerat à Pondichëry. Il n'est malheureusement pas bien conservé; mais tel qu'il est , il se laisse encore reconnaître dans la planche 177 de Russel, sous le nom de Kuddera B. Cet auteur l'a, dans son texte, confondu avec XEsojc brasiliensis de Linné. A ne tenir compte que de la citation faite dans la note de M. Cuvier, on pourrait nommer l'espèce Hemir. brevîrostris. Mais, outre que cette épithète est mauvaise, parce qu'elle n'est en quelque sorte comparative qu'à nos deux derniers hémiramphes, et qu'un grand nombre d'autres, tant des mers de l'Inde que des mers d'Amérique, ont le bec beaucoup plus court, il ne faut pas négliger de remarquer que M. Cuvier a cité, à la suite de cette figure, Wil- lughby (Append. vi, fig. 4), lequel n'a donné qu'une copie de la figure de Nieuhof, tom. 11, p. 271. Celle-ci, toute incomplète qu'elle est, représente certainement une espèce fort différente et voisine de notre Hemiramphus Gernœrti, si ce n'est pas la même. //Hémiramphe de Dussumier. {Hemiramphus Dussumieri , nob.) Pour suivre la nomenclature que je viens d'adopter, je désignerai, par le nom du voya- , 9 . 3 34 LIVRE XIX. ÉSOCES. geur qui a tant enrichi les diverses branches de l'histoire naturelle du produit de ses nom- breuses collections, l'espèce remarquable qu'il a rapportée des Séchelles dans un parfait état de conservation. Celle-ci a le corps plus allongé et plus quadrilatère qu'aucune autre; la hauteur, étant égale à l'épaisseur, est comprise huit fois dans le corps, mesuré entre l'ouïe et la caudale; le dessus du crâne est aplati, rétréci en avant ; le bec supérieur est en ogive pointue ; le bec inférieur est une sorte de lame triangulaire, large à sa base, courte, contenue six fois dans la longueur totale. Je remarque sur cet individu, bien conservé, que le bec est bordé, le long de ses deux côtes, d'une espèce de lèvre mince, et qu'en dessous la peau formerait une sorte de fanon mou, qui ne doit pas dépendre de la macération du poisson dans l'alcool. Les dents sont d'une extrême finesse et comme de simples gra- nulations. L'œil est assez grand; le sous-orbitaire est plus régulièrement quadrilatère que dans les espèces américaines. La pectorale est large et peu pointue; la ventrale est coupée carrément; la caudale est four- chue en croissant; les deux lobes sont à peu près égaux ; la dorsale et l'anale sont basses et allongées. D. 15; A. 15. Les écailles sont de grandeur moyenne. La cou- leur est verdâtre sur le dos, blanche et argentée sur le ventre. Un trait verdâtre parcourt la longueur CHAP. IX. HÉMIRAMPHES. 55 moyenne du flanc en bordant la bandelette argentée; le bout du bec est d'un beau rouge. L'individu rapporté par M. Dussumier a douze pouces et demi de longueur; mais cet observateur en a vu d'autres encore plus longs d'environ quatre pouces. Les habitans des Séchelles, et surtout nos matelots français, ont transporté à ce poisson le nom de Balaou; c'est la dénomination vul- gaire des hémiramphes dans toutes les Antilles françaises. Ce poisson est bon à manger. En recherchant dans le Cabinet du Roi des exemplaires un peu défectueux à cause de leur ancienneté, et originaires du Voyage de Péron, nous croyons y retrouver l'espèce donnée par M. Lesueur comme une variété de son He- miramphus erythrorlvynchus , parce que les nombres concordent parfaitement avec ceux sur l'individu desséché ; toutefois je ne veux présenter cette synonymie qu'avec quelques doutes. Z/Hémiramphe de Quoy (Hemiramphus Quoyi, nob.) est une espèce voisine de la précédente; car elle a, comme elle, le bec en lame triangulaire, large et aplatie , bordée sur les côtés par des lèvres membraneuses, et en dessous par un fanon fixé sous 36 LIVRE XIX. ÊS0CES. Ja ligne moyenne; mais cette espèce diffère parce que le bec est proportionnellement plus court, que la surface supérieure est plus convexe; la longueur de ce bec est le septième de la longueur totale. Le corps est plus trapu, il est plus comprimé et un peu plus haut proporlionnément : les dents sont moins fines; les yeux sont plus grands, et l'intervalle qui les sépare est plus large. Les pectorales sont plus pointues; les lobes de la caudale sont plus larges et inégaux. D. 16; A. 14. La couleur est un bleu foncé sur le dos et un brillant argenté sur le reste du corps; une large bandelette formée de verdâtre en dessus et de bleu de ciel en dessous, sépare la teinte du dos de celle du ventre. L'extrémité du bec est couleur de cire rouge; les nageoires sont blanchâtres. J'ai examiné la vessie aérienne de cette espèce : elle est simple, sans cellules et sans communication avec Tintes tin. L'individu est long de dix pouces. Il a été pris au Port-Dorey de la Nouvelle -Guinée par MM. Quoy et Gaimard, pendant la relâche qu'y fit l'expédition de l'Astrolabe. Z/Hémiramphe de Gaimard. (Hemiramphas Gaimardi, nob.) Il existe aussi dans les mers des Moluques une autre espèce, qui ressemble beaucoup à CHAP. IX. HÉMIRAMPHES. 57 la précédente par la forme générale du corps , mais qui a la tête beaucoup plus étroite, le museau rétréci et la lame du bec sensiblement plus mince : elle est un peu plus longue qua l'autre espèce, car elle n'est comprise que six fois dans la longueur totale. L'oeil me paraît aussi plus petit ; la pectorale moins pointue. D. 16; A. 15, elc La couleur ressemble à celle des précédents; la bandelette latérale argentée est bordée en dessus de verdàtre. Nos individus sont longs de neuf pouces : ils viennent, les uns, d'Amboine, les autres de la Nouvelle-Guinée. Le Cabinet du Roi en est redevable aux recherches des mêmes na- turalistes qui ont trouvé l'espèce précédente pendant l'expédition de l'Astrolabe sous les ordres de M. Dumont d'Urville ; mais ces mêmes navigateurs s'en étaient déjà procuré deux exemplaires à Port -Jackson pendant la campagne de l'Uranie sous les ordres de M. Freycinet. Z/Hémiramphe de George. (Hemiramphus Georgiï , nob.) M. Dussumier, dont le nom a été déjà donné à une de nos espèces nouvelles, en a rapporté 38 LIVRE XIX. ÉSOCES. encore plusieurs autres de cette grande expé- dition consacrée en partie à l'ichthyologie ; celle-ci que je veux encore dédier à la mé- moire de ce zélé collecteur en la désignant par son prénom, ressemble beaucoup par l'ensemble de ses formes et la disposition de ses couleurs telles qu'elles se sont conservées dans l'alcool, à l'espèce que je viens de nommer d'après M. Gaimard; mais elle en diffère par un bec tellement prolongé qu'il surpasse le quart de la longueur totale. Il est large et aplati; la mandibule supérieure est convexe et en ogive pointue; la nuque est un peu voûtée; la région sour- cilière est soutenue, mais le milieu de l'intervalle qui sépare les yeux est déprimé en une assez large gouttière. La dorsale est basse et allongée ; les ventrales sont reculées au troisième tiers du corps ; la caudale est peu fourchue. D. 17; A. 15, etc. Le dos est d'une couleur blanchâtre avec une bordure verdâtre autour de chaque écaille; le ventre est blanc, à reflets argentés, mais moins brillants que la belle bande longitudinale bordée d'un trait verdâtre qui sépare la couleur du dos de celle du ventre. Toutes les nageoires sont blanches; la dor- sale et la caudale ayant seules une légère teinte noire. Le bec est noir. L'individu que nous venons de décrire est CHAP. IX. HÉMIRAMPHES. 59 long de dix pouces et demi. Il vient de la rade de Bombay. Nous en avons un second exemplaire de même taille, pêche dans la baie de Mahé, de Coromandel. Z/Hémiramphe de Reynaud (Hemiramphus Reynaldi, nob.) est encore une espèce voisine des précédentes, et comme intermédiaire entre ceux des Sé- chelles, notre Hem. Dussumieri, et celle des Moluques, XHem. Gaimardi. En effet, si elle a le bec plus étroit que celui de l'hémiramphe de Dussumier, elle l'a plus large que celui de l'héniiramphe de Gaimard. Le bec est plus long, car il n'est compris que cinq fois et demie dans la longueur totale; la mandibule supérieure est en ogive assez pointue ; le dessus de la tête est large et aplati. Le corps est arrondi, presque aussi épais que haut. La pectorale est un peu pointue ; la cau- dale est fourchue; la dorsale est plus haute propor- tionnément à sa longueur. D. 16; A. 15, etc. Le poisson est fauve avec une teinte verdâtre sur le dos, blanc grisâtre sous le ventre; la bandelette, argentée, est moins apparente que dans les autres es- pèces : la dorsale et la caudale sont bordées de noir. Nos individus sont longs de neuf pouces. 40 LIVRE XIX. ÉSOCES. Nous en avons reçu de Trinquemale de Ceylan par les recherches de M. Reynaud, chirurgien de la corvette la Chevrette; et M. Dussumier en a rapporté un individu tout semblable qu'il nous a dit provenir des étangs de Calcutta. Z/Hémiramphe érythrorynque. (Hemiramphus erythrorynchus , Lesueur). Nous retrouvons à l'Ile-de-France une autre espèce d'hémiramphe, qui avoisine les précé- dentes par ses formes générales ; elle a le corps arrondi, plus allongé ou plus grêle qu'elles; le bec est plus mince et plus long : il n'est contenu que cinq fois et quelque chose dans la longueur totale; le dessus de la tête est étroit; la nuque est convexe; la dorsale et l'anale sont longues et basses; la caudale est fourchue. D. 16, A. 18, etc. L'individu est long de neuf pouces, et il a été recueilli à l'Ile-de-France par les soins de M. Mathieu, colonel d'artillerie comman- dant de cette arme dans la colonie. C'est, à n'en pas douter, l'espèce dont Com- merson a laissé un dessin parfaitement recon- naissable. Il nous apprend que ce poisson a le dessus de la tête bleu; que le dos et le CHAP. IX. HÉMIRAMPHES. 41 ventre sont verdàtres; qu'une bande latérale argentée règne le long des lianes; les nageoires sont peintes en jaune, et le demi-bec inférieur estrougeâtre. Ce dessin a été fort mal gravé, de manière à n'être presque plus reconnaissable dans l'Histoire des poissons de M. de Lacé- pède , tome V, pi. VII , fig. i , comme une variété de XEsox gambarur. M. Dussumier a aussi trouvé cette espèce dans ses relâches à l'Ile-de-France; mais il n'en a rapporté que de jeunes individus longs de quatre à cinq pouces. C'est là l'espèce qui a été décrite sous le nom que nous lui conservons par M. Le- sueur 1 dans le Journal des sciences de Phila- delphie ; nous ne croyons donc pas que M. Ruppell ait reconnu cette description lorsqu'il l'a appliquée à son Hemiramphus gambarur. Il faut faire attention que nous distinguons le poisson indiqué par M. Lesueur comme une variété de cet hémiramphe, et que nous la rapportons à notre Hemiramphus Gaimardi. Z/Hémiramphe a pectorales noires. {Hemiramphus malanochir 3 nob.) Cet hémiramphe est caractérisé par les teintes noires de sa pectorale ; 1. Journ. se. Philad. , t. II , 1821, p. 107, 42 LIVRE XIX. ÉSOCES. il a d'ailleurs le bec assez grêle, du cinquième de la longueur totale; le front étroit ; la mandibule supé- rieure en ogive pointue; les dents grenues plus nom- breuses que dans les précédentes; la dorsale et l'anale sontlongues et basses; la caudale est très-peu fourchue. D. 17 ; A. 19, etc. La couleur argentée de la bandelette latérale, qui est large, et du ventre, est très-brillante; elle tranche avec la couleur pâle du dos. La caudale est un peu bordée de noirâtre, et je vois aussi cette teinte se prononcer sur le dos de la queue et le long de la base de la dorsale. La vessie aérienne de cette espèce est simple, sans cellules et sans communication avec l'intestin. Nos individus dépassent de quelques lignes neuf pouces de longueur. Ils viennent du Port- Western de la Nouvelle-Hollande, et sont dus aussi aux recherches infatigables de MM. Quoy et Gaimard. Z/Hémiramphe a queue noire. (Hemiramphus melanuriis , nob.) Cette espèce se reconnaît entre les précé- dentes aux deux taches noires qui colorent l'extrémité de chaque lobe de la caudale : elle a d'ailleurs le bec court et assez semblable à celui de Y Hemiramphus Gaimardi : il est compris sept fois et un tiers dans la longueur totale. Les dents sont fines et grenues; CHAP. IX. HÉMIRAMPHES. 45 le dos et les flancs sont arrondis; la dorsale est assez haute de l'avant; la pectorale étroite, pointue, de longueur médiocre. D. 15, A. 15. A ce que nous avons dit de la couleur de la caudale, nous ajouterons que le dos paraît avoir été verdàtre, les côtés et le ventre gris argenté , la ban- delette latérale assez brillante, avec une bordure verte en dessus ; la pointe de la dorsale conserve encore quelques traces de noirâtre. Ce poisson, long de neuf pouces, vient des Célèbes : il en a été rapporté par MM. Quoy et Gaimard. Z/HÉMIRAMPHE DE GeRNAERT. (Hemiramphus Gernaerti, nob.) Cette espèce a le museau plus pointu qu'aucune de celles que nous avons encore examinées : l'intervalle qui sépare les yeux n'est que d'une fois le diamètre de l'orbite; les dents sont fines et plus pointues proportionnelle- ment. La dorsale et l'anale sont petites et basses. La caudale est peu fourchue. D. 13; A. 15, etc. Je vois dans cet individu une bande argentée beau- coup plus large, entre les deux nageoires impaires, que dans toutes les autres espèces; l'intervalle du ventre compris entre les deux carènes, paraît avoir été rembruni comme le dos. Les flancs sont gris d'argent. 4 I LIVRE XIX. ÉSOCES. L'individu est long de sept pouces et quel- que chose. Il a été envoyé des mers de Chine par M. Gernaerl, consul de France à Macao. J'en trouve un second exemplaire d'égale grandeur dans les collections faites dans le même endroit par M. Eydoux. La mâchoire inférieure du premier de nos individus se prolonge en un bec très-mince et qui mesure le cinquième de la longueur totale : elle est recourbée par le bas : cette disposition est individuelle et non spécifique. L'on peut voir dans le recueil imprimé au Japon la figure d'un hémiramphe qui a la plus grande ressemblance par la brièveté du bec, la pointe de la tête et le peu de profondeur de l'échancrure de la caudale, avec l'espèce actuelle pour l'y rapporter. Z/Hémibamphe au liséré noir. (Hemiramphus limbatus , nob.) Voici encore une espèce d'hémiramphe voisine de la précédente par l'acuité de son museau; car l'intervalle entre les yeux ne com- prend qu'une fois le diamètre; mais celle-ci a le corps plus haut et plus comprimé; la hauteur est comprise huit fois dans la longueur totale; le bec, qui est grêle, y est contenu cinq fois et quelque CHAP. IX. HÉMIRAMP1ŒS. 45 chose. La dorsale et l'anale sont basses, et la cau- dale est plutôt échancrée que fourchue. La pectorale est proportionnellement assez longue. D. 13; A. 14, etc. Les nageoires impaires sont finement lisérées de noirâtre j ces lignes sont tracées le long des trois bords de la caudale. Le bec est noir. La pectorale et la ventrale sont incolores. Le corps du poisson était blanc, comme transparent, avec une bande argentée également étroite dans toute son étendue. Cet hémiramphe, long de six pouces neuf lignes, a été rapporté de la côte de Malabar par M. Dussumier. Les pécheurs de Bombay lui ont dit qu'il y est abondant et que sa chair est bonne. M. Leschenault a aussi observé cette espèce dans la rade de Pondichéry. Les pécheurs in- diens l'ont nommée en tamoul, Kola. En lisant avec soin la description de YEsox marginatus de Forskal, et surtout en m'éclai- rant de celle que M. Ruppell a donnée avec des détails plus précis, parce que ce savant zoologiste ne confondait plus, comme son prédécesseur, les différentes espèces de ce genre, j'ai tout lieu de penser que je trouve sur ces côtes de la péninsule l'espèce ancien- nement décrite par le voyageur danois sous le nom (YJEsojc marginatus. C'est la seule qui 40 LIVRE XIX. ÉSOCES. ait le bord postérieur de la caudale brun, en même temps qu'elle a, comme le dit M. Rup- pell, cette nageoire bordée de noirâtre en haut et en bas. Mes nombres s'accordent d'ailleurs fort exactement avec ceux de M. Ruppell. Je n'aurais pas hésité à conserver à cet hémiram- phe l'épithète de marginatus, si M. Cuvier ne l'avait employée dans sa note pour l'appliquer à I Hemiramphus erjthrorhynchus de M. Le- sueur, et si ce dernier naturaliste n'eût pas pris ce même nom pour désigner XEsox Com- mersoni. Il faut faire d'ailleurs bien attention que Forskal ayant employé l'épithète de mar- ginatus pour désigner l'espèce de bourrelet que la carène ventrale élève de chaque côté du ventre jusqu'aux nageoires abdominales , exprime un caractère commun à toutes les espèces. Je n'ose adopter non plus le nom $ Hemiramphus gambarur^ donné par M. Ruppell 1 , parce que ce nom n'est certaine- ment pas synonyme de XEsox gambarur de Lacépède, quoique M. Ruppell le croit ainsi. Le gambarur de Lacépède ayant été établi, comme nous l'avons démontré plus haut, d'après un dessin de Commerson fait à l'Ile- de-France, et peut-être aussi par une autre 1. Rupp. , Neuc Wirbeith. zut Faun. Ibyss., p. 74. CHAP. IX. HÉMIRAMPHES. 47 confusion, l'auteur y réunissait-il des individus envoyés de Cayenne par Leblond. Maintenant que l'espèce est bien établie, nous reconnais- sons que les Arabes de Djedda, selon Forskal, et de Massawah, selon M. Ruppell, nomment ce poisson Gamberur ou Gambarur. Il ne dépasse pas sept pouces de long : il est très- commun sur toute la côte. 77HÉMIRAMPHE AUX NAGEOIRES JAUNES. (Hemiramphus ocanthopterus , nob.) M. Dussumier a eucore enrichi l'ichthyo- logie d'une espèce voisine de la précédente. Elle a le bec plus court, la mâchoire supérieure en ogive beaucoup plus pointue ; l'œil un peu plus grand; l'anale et la dorsale un peu plus aiguës. D. 15; A. 16, etc. Ce poisson a le dos blanc, couvert d'écaillés lise- rées de verdâtre; les flancs, argentés, ont des reflets nacrés; les nageoires impaires sont jaune citron et les nageoires paires sont blanches et transparentes; la peau du bec est noire et l'extrémité est d'une belle couleur écarlate. Ce poisson, long de six pouces, vient des eaux douces d'Alipey. 48 livre xix. és0ces. Z/Hémiramphe aux nageoires rlanches. {Hemiramphus leucopterus , nob.) Un autre Hémiramphe, des environs de Bombay, et provenant aussi des collections faites par M.Dussumier, se distingue de ceux-ci par une tête beaucoup plus étroite; par un bec plus grêle et plus long; par une dorsale et une anale plus basses. D. 16; A. 14, etc. Il s'en distingue aussi par la couleur des nageoires : celles-ci sont toutes blanches; tout le corps est blanc transparent et argenté; la bandelette latérale, très -brillante, est la seule partie du corps qui n'ait pas de transparence; le bec est noir. Nous n'avons qu'un individu long de cinq pouces. Z/Hémiramphe du Buffon. {Hemiramphus Buffonis , nob.) M. Dussumier, en se rendant sur la rade de Pulo-Pînan à bord de son navire le Buffon, a trouvé une singulière espèce dhémiramphe, qui paraîtrait rester dans des dimensions assez petites, à en juger par les nombreux exem- plaires de même taille qu'il nous a rapportés. Il a la tête plate , la mandibule supérieure aplati et arrondi à l'extrémité; le bec droit, grêle, est un des CHAP. IX. HÉMIRAMPHES. 49 plus longs que nous ayons observés, car il n'est compris que trois fois et un tiers dans la longueur totale. La dorsale, et surtout l'anale, sont courtes; la caudale est coupée carrément. D. 12; A. 8. Ces nombres sont, comme on le voit, très-diffé- rents de ceux de toutes les autres espèces. La cou- leur est un verdâtre uniforme sur tout le poisson et sur les nageoires, avec une bandelette longitudinale. Le bec paraît avoir été noir. J'ai examiné sa vessie aérienne : elle est simple et sans cellules; ses parois sont très -minces. Le plus grand individu a huit pouces quatre lignes , et le plus petit a trois pouces deux lignes. La forme du bec, sa longueur, et la caudale, coupée carrément, caractérisent par- faitement cette espèce. On conçoit que, pour la nommer, j'aie emprunté au navire sur lequel tant d'admira- bles collections ont été faites pour le Muséum, le nom illustre que M. Dussumier avait donné à son bâtiment. Z/Hémiramphe de Lutke. {Hemiramphus Lutkei, nob.) Cette espèce a, comme celle que je viens de décrire, le museau assez étroit et pointu; le bec est long et 19. 4 50 LIVRE XIX. ÉSOCES. grêle : il esl contenu quatre fois et deux tiers dans la longueur totale. Les lèvres sont assez larges, et surtout aussi le fanon, qui prend sous le bec et qui se détache assez brusquement entre les branches de la mâchoire inférieure pour y paraître comme tron- qué. La pectorale est pointue; la ventrale est courte, avec le rayon interne prolongé en filet; le lobe inférieur de la caudale, très-fourchu, est plus long que le supérieur; la dorsale est longue; l'anale, au contraire, est courte. D. 14; A. 12. La couleur est bleu verdâtre sur le dos, passant au vert sur les flancs; le ventre seul entre les carènes est argenté. Je ne vois pas dans cette espèce la bandelette longitudinale et argentée que l'on observe sur pres- que toutes les autres. Les individus pris à Bourou par MM. Les- son et Garnot, ont dix pouces et demi de longueur. Je rapporte à cette espèce le dessin d'un hémiramphe qui nous a été communiqué par M. de Mertens, et qui avait été fait à Ma- nille. Depuis longtemps nous avons déploré la mort prématurée du naturaliste de cette expédition russe ; j'ai dédié cet Hémiramphe à l'habile navigateur, qui a fait faire sous ses ordres une circumnavigation , dont la marine et les sciences naturelles ont recueilli tant de fruits. chap. ix. hêmïramphes. 51 jL'Hémiramphe de l'Éclancher. {Hemiramphus Eclancheri, nob.) Nous avons encore à parler d'un hémiramphe distinct de tous ceux dont nous nous sommes occupé jusqu'à présent, par l'allongement d'un bec très-grêle : il mesure en effet le quart de la longueur totale; le bec supérieur est pointu; le dessus du crâne est étroit, un peu convexe sur la nuque, faiblement cannelé entre les yeux; l'arcade sourcilière étant un peu soutenue; les dents sont très -fines; la dorsale et l'anale sont étendues, mais moins que dans les espèces suivantes; les pectorales sont courtes. D. 16; A. 13, etc. Cet Hémiramphe a une bandelette argentée sur les flancs, bordée longitudinalement en dessus d'une raie bleuâtre ou verte, et qui est elle-même sur- montée d'une raie argentée moins brillante que la bande des flancs. Ces trois bandes séparent, d'une manière nette et tranchée, la couleur fauve du dos de la teinte du ventre, qui me paraît aussi roussâtre, de sorte que je ne vois dans cette espèce que les flancs qui brillent d'un éclat argentin. La caudale a du noirâtre; les autres nageoires sont transparentes; le bec est noir. L'individu est long de six pouces quatre lignes. Il a été recueilli, avec plusieurs autres poissons fort intéressants, aux îles Marquises 52 LIVRE XIX. ÉSOCES. par M. le D. 1 l'Eclancher, chirurgien de la marine royale , et de service à bord de la frégate la Reine Blanche, sous les ordres de M. le contre- amiral Dupetit-Thouars. Cette espèce nous conduit aux suivantes par la longueur de son bec. Z/Hémiramphe longirostre. (Hemiramphus longirostris , nob.) Après cette longue suite d'hémiramphes , nous voici arrivés à donner la description de deux espèces remarquables par le prolonge- ment de la partie inférieure du bec et par le grand développement de la nageoire pecto- rale, dont la grandeur justifie les affinités que nous avons déjà établies entre les orphies, les hémiramphes et les exocets. Il est assez curieux de voir que la nature agrandit précisément les pectorales de ceux qui ont le bec le plus long, et qui devraient par conséquent ressembler le moins aux poissons volants (Eococœtus). Nous allons commencer par décrire celle qui a été très-bien figurée dans l'Histoire des poissons de Vizagapatam par le docteur Pa- trick Russel, et qui était la seule connue lors- que nous commençâmes la rédaction des notes qui me servent aujourd'hui à la continuation CHAP. IX. HÉMIRAMPHES. 55 de mon ouvrage; elle reçut alors le nom mé- rité d'Hémiramphe au long bec {Hemir. lon- girostris), indiqué par M. Guvier dans^ la note du Règne animal. On va voir tout à l'heure que, depuis ces premiers travaux, une seconde espèce, à bec encore plus allongé, a été découverte et apportée au Cabinet du Roi. L' Hemiramphus longiroslris est remarquable par l'allongement de son corps grêle et comprimé, de ses pectorales et par l'élévation de sa dorsale. La hauteur du corps est comprise treize fois dans le tronc mesuré depuis le bord de l'opercule jusqu'à la racine de la caudale. La longueur de la tête, me- surée depuis la pointe de la mâchoire supérieure jusqu'au bord de l'opercule, est six fois dans la lon- gueur du tronc; la longueur du bec est le quart de la longueur totale ; ce bec se termine presque en pointe et sa base est étroite ; la mâchoire supé- rieure est courte, les dents sont extrêmement fines. L'œil est grand, du tiers de la longueur de la tête, l'intervalle qui sépare les deux yeux égale ce dia- mètre; la région sourcilière est un peu renflée. La pectorale est très- allongée; elle est comprise trois fois et deux tiers dans la longueur du tronc; le premier rayon de cette nageoire est large et com- primé ; les inférieurs ont au moins la moitié de la longueur du premier. Lès ventrales sont excessive- ment petites : elles n'ont guère que le sixième de la longueur de la pectorale. La dorsale et l'anale sont longues , presque autant que la nageoire pectorale. 54 LIVRE XIX. ÉSOCES. Les rayons de la nageoire du dos sont grêles et assez élevés , presque deux fois autant que le tronc l'est sous elle. La caudale est profondément four- chue; le lobe inférieur dépasse beaucoup le supé- rieur. D. 22; A. 20; C. 26: P. 8; V. 6. Ce poisson a le corps couvert d'écaillés qui me paraissent tomber facilement. La couleur est bleu verdàtre sur le dos, avec une bande longitudinale plus foncée qui suit le milieu de l'épine du dos; les flancs et le ventre sont argentés; la bande laté- rale est ici très-brillante. M. Leschenault, qui s'est procuré ce poisson à Pondichéry, l'a entendu nommer en malabare Karouvalet Kouala. Il assure que ce poisson parvient à trois pieds de longueur environ. L'individu qui faisait partie de ses collections, n'a que quinze pouces. C'est, dit- il, un pois- son bon à manger, qui est rare dans la rade de Pondichéry. Cette espèce a été représentée d'une ma- nière fort reconnaissable dans l'ouvrage de Russel 1 sous le nom de Kuddera C. Nous en avons nous-mêmes donné une figure dans l'Iconographie du Règne animal à la pi. g8. 1. Russ., Corom. fish. , p. 62, pi. 178. CHAP. IX. HÉMIRAMPHES. 55 Z/Hémiramphe MACRORHYNQUE. (Hemiramphus macrorhyncus , nob.) La seconde espèce de ces hémiramphes , à bec très-prolongé , a le corps plus court que le précédent; la hauteur, qui ne diffère pas de celle de l'autre individu, n'est comprise que neuf fois et quelque chose dans la longueur du tronc. La longueur de la tête, le bec non compris, est six fois dans celle du tronc. Les yeux sont beaucoup plus petits, et l'intervalle qui les sépare, ou ce qui est la même chose, la largeur de la tête est plus étroite. La mâchoire supérieure est aussi plus petite, les dents sont très-fines, le dessous de la gorge est beaucoup plus renflé que dans l'espèce précédente. Le bec, extrêmement allongé, ne fait guère que le tiers de la longueur totale. La pectorale est allongée et proportionnellement même un peu plus que celle de notre H. longirostris , car elle mesure le tiers de la longueur du tronc. Les ventrales sont petites; la dorsale et l'anale sont hautes et longues; la caudale est fourchue. D. 23; A. 22, etc. Ce poisson paraît avoir eu les mêmes couleurs que le précédent, le bec étant un peu plus noir. Sa vessie aérienne est simple et sans aucunes cel- lules internes. Elle ne communique pas avec le tube digestif. Cette curieuse espèce a été rapportée par M. le capitaine Salis, commandant la Créole, iS6 LIVRE XIX. ÉSOCES. trois-mâts de Bordeaux, qui se trouvait alors par i 77 de longitude est de Paris et 7 de latitude australe à une journée du groupe des îles Peyster dans le grand Océan. L'individu est long de quatorze pouces et demi. Z/Hémiramphe a aiguillon. (Hemiramphus cuspidatus , nob.) Nous venons de voir, dans les deux espèces précédentes, que la nature allonge les pecto- rales de manière à nous montrer qu'elle va nous conduire à la forme remarquable des nageoires des Exocets. En même temps qu'elle développait ainsi ces organes, le bec devenait excessivement long. Nous avons maintenant à parler d'un autre Hémiramphe qui a les na- geoires pectorales autant prolongées que celles de certains Exocets, mais dont la mâchoire inférieure est tellement réduite, que ce demi- bec ne paraît plus, à cause de sa ténuité, que comme un simple aiguillon. On trouvera plus loin, que la mâchoire inférieure de deux de nos Exocets nous pré- sentera une forme singulière dans la saillie pointue de la symphyse. Ce sera une nouvelle preuve de l'ainnité des deux genres : elle est si grande, que j'ai hésité longtemps avant de CHAP. IX. HÉMIRAMPHES. 57 me décider à placer dans le genre actuel ou dans celui des Exocets le poisson que j'ai sous les yeux. Le bec, qui est très- entier, est si court qu'il est compris treize fois dans la longueur totale : il est grêle et pointu comme une fine arête de clupée. Les dents sont très-petites; la mâchoire supérieure forme encore une petite palette presque demi-circulaire, tant sa pointe est raccourcie; l'œil est assez grand; la pectorale mesure le quart de la longueur totale; la caudale est fourchue; son côté inférieur est du double plus large et plus long que le supérieur ; la dorsale et l'anale sont basses. D. 18; A. 12, etc. Le dos paraît avoir été bleu et le dessous argenté et brillant; la pointe de la pectorale conserve encore des traces de taches plus foncées : ce sont donc les couleurs des Exocets. Je ne m'étonnerais pas qu'un naturaliste qui aurait sous les yeux ce poisson bien con- servé, ne se décidât à le placer dans ce genre; j'en ai vu deux exemplaires longs de quatre pouces et quelques lignes, et que M. Dussu- mier a retiré de l'estomac d'une Bonite pê- chée dans les mers de l'Inde. 58 livré xix. ésoces. //Hémiramphe dissemblable. (Hemiramphus dispar, nob.) Après avoir décrit une série d'hémiramphes qui se ressemblent tous entre eux par la dis- position des trois nageoires impaires, j'ai signalé tout à l'heure deux espèces remarquables par rallongement de leurs pectorales et par le prolongement de leur bec. Une autre s'est distinguée du groupe par un raccourcissement considérable à la mandibule inférieure. Je trouve maintenant, dans les collections du Muséum, une espèce dont l'anale offre un caractère si singulier et si éloigné de celui présenté par la même nageoire, dans tous les autres que j'ai cherché avec le plus grand soin, si je ne rencontrerais pas avec cette forme, en apparence étrangère, des caractères assez im- portants pour séparer génériquement cet hé- miramphe. En comparant les individus, je me suis aperçu que les mâles seuls ont cette anale remarquable, tandis que la nageoire des femelles a la forme ordinaire : cette observa- tion ma donc convaincu que j'avais affaire seulement à une de ces nombreuses modi- fications que la nature se plaît si souvent à nous montrer. L'Hémiramphe dont il s'agit CHAP. IX. HÉMIRAMPHES. 50 ici, doit donc être décrit avec quelque dé- tail, et pour cela je vais commencer par faire connaître le mâle, je parlerai ensuite de la femelle. La longueur du bec dépasse un peu le quart de la longueur totale; la mandibule supérieure est très- peu convexe, arrondie à son extrémité, et semble ne former qu'une petite palette recouverte d'écaillés. On en voit sur le reste du dessus de la tête, qui est très-légèrement bombée; la dorsale et l'anale, qui se correspondent exactement, commencent près de la fin du troisième quart de la longueur totale; la première de ces nageoires a les deux premiers rayons un peu plus courts que la hauteur du tronc mesurée sous eux; le troisième rayon s'allonge sen- siblement et le quatrième devient prolongé en une sorte de filet branchu qui a presque le double de la hauteur du corps ; les trois rayons qui suivent redeviennent aussi courts que les premiers : ils sont suivis de plusieurs autres petits ; l'anus répond à l'extrémité de ventrales très -courtes, insérées à la naissance du troisième tiers du corps. Derrière cet orifice on voit saillir un tubercule mamelonné, charnu, assez gros, terminé lui-même par une pointe : on pourrait presque dire une sorte de gland conique qui sortirait du mamelon comme d'une sorte de prépuce: cet organe est, à n'en pas douter, une sorte de verge. Derrière cette pointe commence la nageoire anale, que l'on peut en quelque sorte diviser en trois parties : une première, composée de cinq petits rayons fort courts et branchus; une M LIVRE XIX. ÉSOCES. seconde, commençant par un long el large rayon divisé en nombreuses articulations, et suivi d'un nombre assez considérable de petits filets articulés, qui me semblent appartenir aussi à ce même rayon ; une membrane basse le réunit à un autre rayon large, cependant un peu plus étroit, composé d'arti- culations aussi nombreuses, suivi de plusieurs petits filets articulés qui me semblent aussi dépendre de lui, et après ce rayon viennent quatre autres plus petits; les deux longs rayons de l'anale sont plus allongés que le long filet dorsal. La caudale est arrondie; la pectorale est petite et pointue. D. 11; A. 5 - y ig — '/,, - 4; C. 20; P. 8; V. 6. Les écailles sont de grandeur moyenne, paraissant plus minces et plus caduques sur le corps que sur le crâne; les deux carènes latérales sont petites, mais elles existent incontestablement. Ainsi ce poisson a tous les caractères d'un hémiramphe, et ne pré- sente d'extraordinaire que la forme de son anale. Encore ces caractères ne se montrent-ils que dans le mâle, car la femelle a la dorsale et l'anale composées de rayons semblables, comme je l'ai dit plus haut, à ceux des autres hémiramphes : ils sont d'ailleurs en même nombre que dans le mâle; la dorsale étant soutenue par onze rayons , ainsi que l'anale ; c'est ce qui me confirme dans l'opinion que je me suis formée sur la nature des petits filets qui suivent les grands rayons de l'anale du mâle. Ils me parais- sent appartenir incontestablement au rayon lui-même et n'en être qu'une dépendance; c'est donc une nouvelle manière de nous présenter des nageoires CHAP. IX. HÉMIRAMPHES. 61 composées, comme la nature nous en montre dans le polyptère. La couleur de ces poissons est un roux verdàtre sur le dos, se fondant sur les flancs et sur le ventre dans un argenté plus ou moins roussâtre. J'ai ouvert ces femelles : les deux sacs ovariens se réunissent de bonne heure en un oviducte unique assez prolongé; sa longueur, ainsi que la grosseur des ovules contenues dans l'ovaire, me donnent tout lieu de croire que ces he'miramphes sont vivi- pares. La vessie aérienne est simple, membraneuse et sans divisions celluleuses; elle ne communique pas avec le canal alimentaire. Les individus mâles ont cinq pouces et demi de long; nos femelles sont à peine plus petites. Nous les avons reçues au Muséum parmi d'autres objets que nous croyons venir de Madagascar, mais sans connaître le nom du donateur et sans être parfaitement sûrs de cette origine. Je puis dire seulement que cet envoi, qui comprenait ces poissons et quel- ques autres, était composé d'un assez grand nombre de reptiles d'ordres et de genres dif- férents, et dont toutes les espèces, fort cu- rieuses, étaient presque toutes nouvelles. Je connaissais le singulier hémiramphe qui vient de faire le sujet de cet article, par un dessin fort exact, et par conséquent dune détermi- nation très -facile, qui avait été envoyé par (\1 LIVRE XIX. ÉS0CES. MM. Ruhl et Van Hasselt au Musée royal de Leyde. Ils disaient que cet hémiramphe venait de la rivière Labouane, l'un des cours d'eau de Java. Une espèce aussi singulière pourrait-elle exister à la fois à Madagascar et aux Moluques? L'Hémiramphe phosphorescent. (Hemiramphus lucens , nob.) Avant de terminer le chapitre des hémi- ramphes, je dois faire connaître à mes lecteurs une observation des plus curieuses sur une espèce de ce genre, que je ne puis décrire, mais que je n'omettrai pas de signaler, à cause de l'observation remarquable que M. Rein- wardt a eu l'occasion de faire pendant son voyage aux Moluques et qu'il a eu la générosité d'extraire pour moi de son journal. Voici cette notice. « Rostri apex singulari modo lucet sub „ aqua, nempe vesicularis oleo fulvo reple- « tus in eum exeunt vasa duo sanguifera et « nervi insignia per totaux maxillam inferio- «rem decurrentia. In vesicam quoque exit « maxilla ipsa in sitas duas bifida. An Esox « brasiliensis ? Habitat in mari et in Jlumi- .., nibus vulgo Julum, Julum Bodo. " CHAP. X. HÉMIRAMPHES. 05 Le savant professeur de Leyde m'a parlé plusieurs fois de cette espèce très-singulière qu'il observait dans la mer, et qui attirait son attention par la vivacité de la lumière qu'elle répandait. Son éclat était comparable à celui de ces insectes phorphorescents qui animent si souvent de leurs feux les nuits intertropicales. 6 I CB \N ïi;l. V // i Exocets / bu . Linn.) La portion solidifiée du globe, doni l<-> [UC, de deux ( I ! /un liquide, esanteui . 5 ces ite primitive, - la tla\ail la planî erfi- ( telles l 'Ht » : t- : redress [ne le génie de deux « -l- - _ g lent Les | ros - olei souvent sur la terre ces s al- pines qui dominent rimmensité de la suri raûiiiî accidentée des me L'autre, fluide elasti : < éan liquide e h | eux bémispfa D os 1 un 'i rie trouve Lelfémenl le a Lte.Ec at laii dans 1 eau, la nature a pu fàin jusq - les plus des mers. Elle a (ail ains ( h w\ \. i X0< i PS, (>.> prairies sous-marines qui servent de nourriture et de retraite à ces innombrables légions d'ani- maux et d 'animalcules, dévorés ensuite par les êtres carnassiers dont la mer est peuplée. En suivant la répartition des animaux plon- gés dans l'un et l'autre milieu, on les partage en aériens et en aquatiques. Nous comptons parmi les premiers les mammifères et les rep- tiles vertébrés fixés à la surface de la terre. I .es oiseaux et les inseetes se meuvent et se soutiennent dans l'Océan gazeux, comme les poissons le l'ont dans l'Océan liquide. Les mollusques, les erustaeés et l'admirable \a- riété des zoophytes, paraissent essentiellement aquatiques. Mais il n'y a aucune limite fixe et tranchée ('ans ees partages : nous novous certains mam- mifères destinés à vivre dans les mers, sans pouvoir les quitter. Par la puissance de son génie créateur, la nature a conservé à ces mammifères les grands traits de leur struc- ture fondamentale ; elle n'a rien changé aux appareils de la circulation, de La respiration el même de la reproduction ; mais elle a porté, comme dans les poissons, toute la force musculaire sur la queue. La suppression des membres postérieurs a permis d'étendre la large base du cône formé par les muselés sacro 19. (j(> LIVRE XIX. ÉSOCES. coccygiens; elle a augmente la solidité de leurs attaches par l'accroissement des apophyses des vertèbres caudales; elle a, enfin, complété l'appareil locomoteur par le développement de la peau en une nageoire horizontale. Un petit nombre de mammifères a été or- ganisé pour traverser l'air en volant. On trouve en eux quelques conditions ornithologiques dans les petites crêtes osseuses élevées sur le sternum pour donner plus d'épaisseur aux muscles pectoraux. Si les reptiles ne sont représentés aujour- d'hui dans le sein des eaux que par quelques chéloniens, par quelques ophidiens à queue verticale et comprimée, ou par les petites espèces de batraciens, cette classe d'animaux aériens peuplait autrefois les vastes bassins des mers de ses gigantesques sauriens. Ceux-ci devaient être moins bons nageurs que les grands cétacés de notre âge. Ils les égalaient par la taille, mais non par la rapidité de leur mouvement; ils avaient conservé leurs quatre membres de vertébrés, changés en nageoires aplaties enveloppées dans une peau épaisse, comme celle de nos dauphins; la nature avait laissé leur queue petite et moins développée. Tout en les faisant nageurs, la nature avait conservé les conditions lentes des reptiles. CHAP. X. EXOCETS. 67 Les animaux aériens avaient déjà, comme de notre temps, fourni quelques-uns des leurs au groupe des animaux aquatiques. Examinons ceux-ci, et voyons ce qu'ils ont donné aux premiers. Nous n'y trouvons que des animaux de petite taille, vivant cachés dans l'humidité d'un épais ombrage. C'est par ce genre de vie qu'un assez grand nombre d'espèces de mollusques sont devenus aériens. Dans ces animaux sans vertèbres le change- ment de l'organe branchial en une cavité , constituant le poumon aérien du mollusque , n'est pas à beaucoup près aussi grand que le serait la métamorphose d'une branchie de poisson en cellules vasculaires et aériennes des mammifères ou des oiseaux, ou récipro- quement. Les crustacés nous offrent aussi l'exemple de quelques-uns des leurs, vivant en animaux terrestres ; mais le nombre en est peu consi- dérable , et leur organisation n'a subi aucune modification essentielle de cette différence de séjour. La même remarque s'applique aussi aux insectes, qui envoient quelques espèces dans le groupe des animaux aquatiques. Maintenant, si nous examinons au même point de vue les oiseaux, d'une part, et les poissons de l'autre , nous ne tardons pas à re- G8 LIVRE XIX. ÉSOCES. connaître que les deux groupes sont plus inti- mement fixés au milieu qu'ils doivent habiter. Nous ne voyons plus ici ces exemples d'em- prunt à l'un d'eux pour prêter à l'autre. Il y a bien parmi les palmipèdes quelques espèces, comme les Apténodytes, que l'on peut regarder comme essentiellement océaniques; elles pa- raissent aussi mal organisées pour se traîner sur la plage ou sur les roches qui la bordent, qu'elles sont aptes, au contraire, à nager ou à plonger, en s'aidant de leurs membres anté- rieurs, changés en une sorte de véritables nageoires, au lieu d'être des ailes motrices à travers les airs. En comparant les oiseaux aux cétacés, mammifères si bien faits pour une vie constamment aquatique, on pourrait presque oser dire que les premiers ne sont qu'un essai imparfait d'animaux marins. La même remarque s'applique , mais en sens inverse, aux poissons qui sortent de l'eau pour se transporter dans les airs. Les Scorpènes, les Apistes, et surtout les Dactycoptères, dans le grand groupe des percoïdes, semblent s'efforcer de voler à la surface de l'eau à l'aide de leurs larges pectorales. Mais leur vol court, sem- blable à un saut aidé de la puissance d'une aile , à la manière des sauterelles ou des cri- quets, montre l'imperfection de leur organi- CHAP. X. EXOCETS. G9 sation sous ce rapport. Cependant, en étu- diant ces poissons, et en les comparant à ceux auxquels les navigateurs donnent plus spécialement le nom de poissons volants , on remarque que ceux-ci volent mieux et plus longtemps que les autres, parce qu'ils sont dans de meilleures conditions pour y parvenir. La largeur de la ceinture numérale, la force des muscles moteurs de la pectorale, l'étendue et la résistance de la nageoire à rayons peu divisés, et tout au plus bifides, sont autant de conditions essentielles pour aider le pois- son à se soutenir dans un milieu aussi peu résistant que l'air atmosphérique. Ces poissons s'élèvent dans les airs par une conséquence de leur structure et pour satis- faire à cette admirable harmonie de la nature, qui a varié et vivifié chaque scène en faisant jouer à chaque être un rôle déterminé par son organisation. Grand et sublime tableau, dont le philosophe n'apprécie l'ensemble qu'a- près s'être bien pénétré des admirables lois des conditions d'existence de chaque être. La force des muscles a été déterminée par les curieuses et savantes recherches de M. de Humboldt ' pendant sa traversée des Canaries 1. Humb., Relat. hist.. t. I, p. ?.o4, éd. in-4- Schcell , 181/». 70 LIVRE XIX. ÉSOCES. en Amérique, aux mois de juin et de juillet 1799. Je rapporte ici les résultats de ses expé- riences, pris presque textuellement dans son immortel ouvrage. Dans un jeune exocet de 5% pouces de long, chacune des nageoires pectorales qui servent d'ailes, offrait déjà à l'air une surface de Vj 10 de pouces carrés. Il a reconnu que les neuf cordons de nerfs qui vont aux douze rayons de ces nageoires, sont trois fois plus gros que les nerfs qui se rendent aux nageoires ventrales. Lorsque M. de Hum- boldt a excité galvaniquement les premiers de ces nerfs, les rayons pectoraux se sont écartés avec une force quintuple de celle avec laquelle les autres nageoires se meuvent lorsqu'on les galvanise par les mêmes métaux. Aussi le poisson volant est-il capable de s'élancer dans l'air à douze, quinze et même dix-huit pieds au-dessus de la mer. Il peut parcourir hori- zontalement une distance de vingt pieds au moins avant de toucher de nouveau la surface de la vague avec ses ailes. On a comparé ce mouvement à celui d'une pierre qui bondit par ricochets au-dessus de l'eau. Cependant, malgré la rapidité de ce mouvement, on peut très-bien se convaincre que le poisson frappe l'air pendant le saut; qu'il étend et qu'il ferme alternativement ses pectorales. CHAP. X. EXOCETS. 71 L'énorme grandeur de la vessie aérienne des exocets avait aussi fixé l'attention de M. de Humboldt. 11 l'a mesurée dans un individu de 6% pouces, et il l'a trouvée de 3% pouces de long et de 7 /, pouces de large. Elle renfer- mait 3/ + pouces cubes d'air. Comme cette vessie occupe plus de la moitié du volume de l'animal, il est probable quelle contribue à lui donner de la légèreté. J'ai cru devoir faire précéder l'histoire natu- relle des Exocets de ces rapprochements pour répondre aux explications répétées et copiées dans presque tous les livres d'histoire natu- relle sur les causes qui obligent les poissons volants de sortir du sein des eaux. On repré- sente ces animaux poursuivis constamment par les Bonites ou les Dorades, et cherchant dans leur fuite précipitée une retraite aérienne bien peu sûre, puisqu'ils y trouvent des en- nemis ni moins nombreux ni moins actifs dans les Pétrels, les Frégates, les Albatrosses et autres palmipèdes, grands voiliers et de haute mer, et qui sont avides des Exocets. Je ne veux pas assurément nier que la poursuite des poissons voraces ne poussent hors de la mer une troupe d'exocets. Je crois à l'exactitude de l'observation des navigateurs; mais il ne faut pas étendre au delà d'une certaine limite 72 LIVRE XIX. ÉSOCES. l'action d'une cause dont on apprécie mal l'effet quand on lui donne trop d'extension. D'ailleurs je suis heureux de voir que ma manière de juger le genre de vie des exocets, et leur passage de l'air dans l'eau est aussi con- forme à celle de M. de Humboldt. Il dit dans sa Relation historique l : «Je doute que les poissons volants s'élancent hors de l'eau uniquement pour se soustraire à la poursuite de leurs ennemis. Semblables à des hirondelles, ils se meuvent par milliers en ligne droite et dans une direction constamment op- posée à celle de la lame. Dans nos climats, on voit souvent des poissons isolés et n'ayant par conséquent aucun motif de crainte , bondir au-dessus de la surface des eaux, comme s'ils trouvaient plaisir à respirer l'air. Pourquoi ces jeux ne seraient-ils pas plus fréquents et plus prolongés chez les exocets, qui, par la forme de leurs nageoires pectorales et par leur petite pesanteur spécifique, ont une extrême facilité à se soutenir dans l'air. Cela tient à une cause plus générale , et est une des conditions d'exis- tence des êtres. Dans tous les ordres, on voit des poissons ramper sur le sable , se glisser à 1. Loc. cit., p. 205. CHAP. X. EXOCETS. 73 travers les prairies, et respirer pendant long- temps l'air atmosphérique avec leurs organes branchiaux , destinés à séparer l'oxygène dis- sous dans l'eau. * Les belles expériences de MM. de Humboldt et Provençal ont contribué à établir ce grand fait physiologique. Les poissons volants des tropiques suivent le grand Gulf-stream de l'Atlantique, et c'est là ce qui explique comment nous en avons reçu des bancs de Terre-Neuve. On verra cependaut qu'à ces latitudes on trouve des espèces particulières. Le spectacle de ces troupes de poissons vo- lants sortant du sein des eaux pour parcourir, au-dessus des vagues, un espace toujours assez court, anime la solitude de l'Océan, et attire toujours fortement l'attention du navi- gateur. Il faut , pour que ces animaux sortent de l'eau, qu'une mer houleuse amène ces poissons à la hauteur de la vague, dont ils s'élancent pour traverser l'air; s'il y a trop de calme , on n'aperçoit plus ces amphibies. Comme ils sont très-nombreux, qu'ils volent toujours par petites troupes, et qu'ils s'élèvent assez au-dessus de l'eau pour venir tomber sur le tillac des navires; que leur chair, généra- lement délicate et de bon goût, fournit un nouvel aliment à la consommation du bord ; 74 LIVRE XIX. ÉS0CES. que la beauté de leurs couleurs, argentée et bleu d'outre -mer, est une distraction qui trompe la monotonie du voyage; que leur présence multipliée annonce aux navigateurs l'approche du tropique , ces poissons ont été signalés dans presque toutes les relations des voyages de long cours par mer; mais les hommes qui les observent ordinairement, ne sont géné- ralement pas attentifs à la variété infinie que la nature se plaît à répandre dans ses produc- tions; aussi désigne -t- on tous ces êtres par le nom collectif de Poissons-volants. Le petit nombre de naturalistes exercés qui auraient pu reconnaître la grande variété spécifique de ces poissons, ne les ont jamais vus qu'isolés les uns des autres, sans les comparer atten- tivement; d'ailleurs presque tous, prenant pour guide les travaux de Linné, ne croyaient tout au plus qu'à deux espèces. Pour nous, qui avons eu le soin de réunir clans les gran- des collections du Muséum une multitude d'exocets, que les voyageurs nous donnaient le plus souvent sans y attacher une grande importance et comme de fréquentes répé- titions de poissons les plus connus , nous avons été frappés du nombre considérable d'espèces réunies à côté l'une de l'autre. Ce résultat nous fait croire que les voyageurs qui CHAP. X. EXOCETS. 75 voudront bien consulter notre travail, aug- menteront encore considérablement la liste des espèces de ce genre. Ces raisons expli- quent aussi comment la plupart de ces espèces vont paraître pour la première fois dans la série ichthyologique. Elles sont répandues dans toutes les mers ; on en voit déjà trois d'entre elles, soit sur nos côtes du golfe de Gascogne, soit sur celles de la Méditerranée : aussi, les ichthyologistes du seizième siècle, Salviani, Rondelet , et ceux qui ont profité de leurs travaux, comme Alclrovande, Gessner, et pos- térieurement Willughby, ont -ils laissé des figures, fort reconnaissables au moins pour le genre , de deux de ces poissons. La première à citer à cause de sa grandeur et de sa perfection, est celle de Salviani 1 , qui a voulu faire connaître à ses lecteurs le Pesce Rondine des Italiens. Nous avons déjà exprimé notre opinion sur la fausseté de la détermina- tion grecque qu'il a appliquée à cette espèce ; mais celle-ci n'en est pas moins fort incon- naissable dans sa figure. Rondelet a aussi donné une figure du pois- son volant à longue ventrale reculée sous 1. Salv., p. i85, pi. 67. 7(\ LIVRE XIX. ÉSOCES. l'arrière du corps : il comparait son poisson à un muge, et il l'intitula Mugil alatus. Lorsque l'on possède les deux espèces de la Méditerranée, caractérisées par la longueur de leurs ventrales, il est facile de reconnaître que l'espèce de l'ichthyologiste de Montpellier n'est pas la même que celle du naturaliste ro- main. Si nous voulons maintenant nous aider des documents que nous ont laissés les voya- geurs qui suivirent de près ces deux pères de l'ichthyologie, nous verrons Pison 1 nous don- ner, sous le nom de Pirabebe, la figure d'une troisième espèce, très -distincte des précé- dentes par la brièveté des nageoires ventrales insérées au tiers antérieur du corps. Dutertre 2 et Rochefort 3 reproduisent aussi cette troisième espèce : la figure du dernier auteur, toute petite qu'elle est, est encore reconnaissable. Valentyn 4 donnait aussi la figure de deux espèces différentes des trois précédentes, et que l'on peut reconnaître quand on est assez heureux pour les comparer à la nature. Je ne parle pas encore ici des copies que plusieurs 1. Pison, Hist. nat. utr. Ind., liv. III, p. 61 2. Dut., Hist. des Ant., t. II, p. 212. 3. Rochef., Hist. des Ant., t. I, p. ?>-]2. 4. Val., Amb., t. III, n.° 169, 489. CHAP. X. EXOCETS. 77 auteurs, presque contemporains des voyageurs que je viens de nommer, ont publiées dans leurs compilations plus ou moins étendues. Ces premières citations suffisent déjà pour montrer qu'Artedi a composé la synonymie de la seule espèce d'Ejcocœtus dans son Ichthyo- logie d'une manière fort arbitraire. Je ne parle encore ici que de ce qui peut se rapporter, si ce n'est à des poissons d'une même espèce, du moins à ceux du même genre; car je ne tarderai pas à démontrer que toute la no- menclature que cet habile ichthyologiste a empruntée aux Grecs, est entièrement fausse; il n'a pas même fait attention, que le poisson représenté par Rondelet, livre vi, chapitre i5, page 193, sous le nom d'EjcocœtuSj est un labre y et par conséquent d'une famille fort éloignée du Mugil alatus (Rondelet, liv. ix, chap. 6, pag. 207), qu'il donne comme une variété de celui-ci. Cependant Artedi 1 a laissé avec les plus grands détails dans la partie de son livre où il écrit la description des espèces, celle de l'Exocet de la Méditerranée figuré par Salviani. Elle est reprise par Balk 2 dans les Aménités académiques. Comme cette syno- 1. Art., Bescr. spec. pisc. , p. 55. "2. Amœnitates acad. , I, p. 52 1. 78 LIVRE XIX. ÉS0CES. nymie , ainsi que la description spécifique d'Artedi sont rapportées dans la dixième édi- tion du Systema naturœ à XEx. volitans, on doit croire que Linné a eu d'abord la pensée de dénommer ainsi le premier de nos exocets. On ne pourrait même révoquer en doute cette opinion, si cet illustre naturaliste s'était borné à ces deux seules citations; mais malheureu- sement il renvoie à Gronovius 1 . Or, ce natu- raliste compose une espèce tout à fait imagi- naire, en réunissant ensemble les exocets de Catesby, de Pison et de Rochefort, qui, tous trois de l'espèce aux ventrales courtes, sont différents de ceux qui ressemblent aux deux citations prises dans Valentyn, et qui appar- tiennent chacun à une espèce distincte. De plus, celle d'Edwards représente, comme nous le verrons, un exocet autre que tous ceux-ci ; enfin , ce qui achève de compléter la confusion , c'est que pas une des citations de Gronovius ne se rapporte au poisson décrit par Artedi. A la vérité, ce zoologiste inscrit deux es- pèces dans son Zoophylacium : l'une, n.° 358, qu'il distingue par la brièveté des nageoires ventrales (pinnis ventralibus brevissimis), caractère qu'il oppose à l'espèce du n.° 35o,, 1. Gronov. , Mus., n.° 27. CHAP. X. EXOCETS. 79 comprenant les exocets à longues ventrales {pinnis ventralibus longioribus); mais il gâte tout de suite la netteté de ces distinctions, en disant de la première que le ventre n'a point de carènes (cibdominis carinis lateralibus nul- lis), tandis que par opposition il en accorde à la seconde {abdomine utrinque carinato). La vérité est que toutes les espèces d'exocets ont le ventre caréné de chaque côté. Dans la douzième édition Linné reprend le genre Exocœtus , en y faisant entrer les deux espèces de Gronovius, l'une, sous le nom de volitans, composée comme dans la dixième édition, l'autre sous le nom d'Ex, evolans, en renvoyant à la figure de Pison , qui représente l'espèce aux ventrales courtes. Elle est tout à fait différente de celle d'Artedi. Mais la phrase diagnostique de ces espèces est entièrement fautive pour l'une, et tout à fait insignifiante pour l'autre. Il les prend malheureusement dans le Zoophjlacium , en ne se servant que de l'indication des carènes du ventre et en négligeant le caractère plus positif qu'aurait fourni la comparaison des ventrales. On voit, d'ailleurs, que Linné ne se faisait pas encore une idée juste des caractères distinctifs de ces deux espèces, qu'il avait raison de considérer comme suffisamment différentes. 80 LIVRE XIX. ÉSOCES. Gmelin, dans la treizième édition, donne d'abord les deux espèces linnéennes; puis il ajoute , d'après Garden , l'indication d'une troisième, qu'il nomme Ex. exiliens. S'il avait su y rapporter la figure d'Edwards, il n'aurait rien laissé à faire pour l'établissement de cette espèce. Bloch reprit, quelques années après Gmelin , le travail sur les exocets; et, comme il ne lui est arrivé que trop souvent, il a presque tout embrouillé; car il a confondu le troisième exocet de Gmelin avec la première espèce de Linné; c'est là ce qui explique comment sa première espèce paraît sous le nom d'Ex, exi- liens. La synonymie en est faite avec si peu d'exactitude , malgré sa correcte apparence , que j'ose dire à peine à quelle espèce elle appartient; d'ailleurs il réunit Salviani, Ron- delet, Valentyn et Gronovius; enfin, pour le dire en un mot, il copie ce dernier sans au- cune espèce de critique , en y ajoutant des citations fautives, comme, par exemple, la copie de la figure de Catesby de l'Encyclo- pédie méthodique, et qui représente l'espèce à ventrales courtes. Il a cependant bien reconnu YEx. evolans de Linné, et il a ajouté, sous le nom de Ex. Mesogaster , une troisième espèce, qu'il a tirée des manuscrits de Plu- CHAP. X. EXOCETS. 81 mier, mais qu'il a singulièrement altérée dans sa copie. J'arrive , enfin, à M. de Lacépède, qui con- fond XEx. volitans de Gmelin avec XEx. evo- lans, qui accepte XEx. exiliens de Bloch, et qui prend dans Commerson une nouvelle espèce, plus caractérisée par les dessins de ce célèbre voyageur que par la phrase caractéris- tique transcrite par M. de Lacépècle. Il donne ici un nouvel exemple de confusion , trop souvent répété dans son ouvrage, c'est de prendre le dessin de Commerson fait d'après cette nouvelle espèce , et de le publier sous le nom d'Ex, exiliens. Je dois encore dire que M. Cuvier n'avait pas suffisamment étudié les espèces d'exocets. L'on ne peut pas admettre avec lui que XEx. evolans de Linné ne soit qu'un Ex. volitans dont les écailles étaient tombées, que le pira- bebe de Pison soit XEx. volitans, etc. Rien n'est moins probable que l'application faite par Artedi, et adoptée par Linné, du nom à'Exocœtus aux poissons de ce genre. Il est certain que les Grecs ont désigné sous le nom $e£<»koitos un poisson qui dormait sur le sec. M. Cuvier ' a pensé que ce devait être 1. Notes sur Pline, édit. de Lemaire, p. 88. 82 LIVRE XIX. ÉSOGBS. quelques Blennies qui restent à sec sur les rochers quand la mer se retire. Je sais très- bien que tous les poissons de cette famille ont cette habitude. Les Périophthalmes sortent même de l'eau pour ramper et se mouvoir assez vite sur la grève. Ainsi ils méritent bien le nom d'amphibie. Mais il est également con- stant que YeÇûûxoitcç, qui s'appelait aussi A9- 7 08 LIVRE XIX. ÉSOCES. dont le dessus du crâne est large, un peu concave et couvert de larges écailles très-finement granulées; les dents sont plus longues et plus pointues qu'à aucun autre exocet; la mâchoire inférieure dépasse la supérieure; la hauteur du tronc est sept fois et quelque chose dans la longueur totale; celle de la tête, cinq fois et demie; le diamètre de l'œil, trois fois et un tiers dans la longueur de la joue; le sous- orbitaire est assez renflé. D. 13; A. 12. La dorsale est basse et à peu près d'égale heuteur. La couleur est uniformément plombée sur le dos , avec quelques larges bandelettes grisâtres effacées le long des côtés. Le ventre est blanc; la pectorale est d'un bleu foncé, presque noir à peu près sur toute son étendue; mais les deux derniers ou trois rayons inférieurs sont blancs, ainsi que l'extrémité de ses rayons. La ventrale est blanche, avec la petite tache grise ou brunâtre des espèces de ce groupe. La dorsale, grise ou bleuâtre pâle, a une grande tache noirâtre près de son bord, au-dessus de laquelle est une autre tache, d'un gris pâle. L'anale est blanche. Nos individus sont longs de quinze pouces. Nous en avons reçu deux de la côte du Brésil à Bahia; un autre, pris à Rio de Janeiro, a été rapporté par MM. Hombron et Jaquinot, chirurgiens de la dernière expédition de M. d'Urville. CHAP. X. EXOCETS. 99 Z/Exocet aux nageoires rousses. (Exocœtus rufipinmSy nob.) Les côtes orientales de l'Amérique nourris- sent un exocet voisin de celui que nous ve- nons de décrire, et qui est originaire des côtes occidentales. Celui-ci a le crâne aplati, un peu concave; le museau court, arrondi et assez obtus; la mâchoire inférieure, quoique plus longue , est moins avancée; les dents sont plus fines; l'œil est plus petit; la hau- teur est plus de huit fois dans la longueur totale, et la tête y est six fois. D. 10; A. 12, etc. La couleur est un bleu foncé sur le dos, devenant noirâtre dans l'alcool; les pectorales ont leur face supérieure d'un brun roussâtre ou chocolat uni- forme, avec un fin liseré blanc sur le bord. Le dessus des ventrales, quoique un peu plus pâle, est presque entièrement de cette teinte. La caudale est roussâtre; la dorsale, grise, n'a pas de tache noire; l'anale est blanche. L'individu, long de douze pouces et quel- ques lignes , a été pris à Payta sur les côtes du Pérou : il a été rapporté par M. Eydoux. On voit que cette espèce diffère de la précédente par la couleur des pectorales et des ventrales , par l'absence de granulations des écailles du 1 00 LIVRE XIX. ÉSOCES. sommet de la tête, et encore par plusieurs autres traits pris dans l'ensemble des formes. Z/Exocet de Terre-Neuve. (Exocœtus Noveboracensis , Dekay.) Cette espèce , qui s'élève dans les latitudes septentrionales du banc de Terre-Neuve, est encore distincte des précédentes , et cepen- dant elle les avoisine toutes. Son museau est plat et rétréci en avant; son œil est petit; sa tête est courte; sa pectorale est une des plus longues que nous ayons encore examinées : elle atteint à la base de la caudale; les dents sont fines. D. 11; A. 12. Dans celte espèce, la pectorale est brune, un peu plus foncée vers l'extrémité, dont le bord est liséré de blanc. Le rembruni de l'extrémité de la pectorale peut facilement faire croire à une tache blanche qui rappellerait celle de notre Ex. speculiger, mais ce n'est ici qu'une simple apparence, et d'ailleurs la forme du crâne et la longueur des pectorales sont plus que suffisantes pour caractériser cette nouvelle espèce d'Exocet. Ce poisson nous vient de Terre-Neuve ; il a été rapporté au Cabinet du Roi par les soins de M. de Lapylaie. CHAP. V. EXOCETS. 401 L'individu est long de onze pouces : il nous sert à reconnaître XExocœtus noveboracensis dont M. Dekay 1 nous a laissé une figure très- bien faite dans la Faune de New-York, et par là nous arrivons à déterminer aussi, sans hé- sitation, le New -York Flyingfish de Mit- chill 9 , mais que cet auteur a confondu mal à propos avec YE. mesogaster de Bloch. Je n'hésite pas non plus à rapporter à cette espèce le dessin du Père Feuillée, que l'on retrouve dans ses manuscrits sous le nom de piscis volans. La longueur des pectorales et des ventrales, l'étendue de la dorsale, ne me laissent aucun doute sur cette détermination. Ici Feuillée, ordinairement plagiaire de Plu- mier, serait resté original. Z/EXOCET A QUEUE NOIRE. (Eococœtus melarmrus, nob.) Nous avons reçu de New- York un exocet très-voisin du précédent ; Il a cependant le crâne encore plus étroit; l'œil 1. Dekaj, Faun. fish. of New-York, pi. 36, fig. n4, p- 23o. 2. Mitch., Transact. Phil. soc. fish. of New-York, t. I,p. 448, pi. 5, fig. 3. 102 LIVRE XIX. ÉSOCES. un peu plus grand; les pectorales sont moins lon- gues et les nombres des rayons de la dorsale et de l'anale sont différents pour ces deux nageoires. D. 13; A. 9. La couleur du corps ressemble à celle des es- pèces précédentes; celle de la pectorale est un gris bleuâtre sur le bord externe et sur l'extrémité; elle est blanche sur le reste de la surface. Les ventrales ont toute la face supérieure grêle et assez foncée; une tache noire colore la base de la queue et rap- pelle assez bien la coloration de certains de nos Sargues. L'individu, long de dix pouces, a été en- voyé de New-York par M. Milbert. Z/EXOCET COMMERSONIEN. {Exocœtus Commersonii 3 Lacép.) i L'espèce que nous allons décrire, est une de celles dont les formes sont le plus carac- téristiques, et qui aurait pu entrer depuis longtemps dans nos catalogues systématiques, puisque Commerson en a rapporté un dessin d'une parfaite exactitude. On en trouve une mauvaise reproduction dans l'Histoire natu- relle des poissons de M. de Lacépède. Le corps est trapu et haut de l'avant; il doit sur- tout celte apparence de hauteur à la saillie de la CHAP. X. EXOCETS. 4 05 nuque; la hauteur du tronc est sept fois et demie dans la longueur totale; la tête ne dépasse cette hauteur que d'un quart; le front descend oblique- ment vers l'extrémité du museau; la mâchoire infé- rieure est plus longue que la supérieure. L'œil est très -grand : son diamètre est deux fois et trois quarts dans la longueur de la tête. Les dents sont d'une excessive petitesse. D. 12 j A. 9. Le dessus du corps est gris verdâtre, avec des bandes longitudinales plombées : cette teinte descend jusque vers le tiers du côté au devant des ventrales et jusque sur le milieu de la région caudale; le reste du corps est blanc. La pectorale est roussâtre et transparente sans aucune tache. La ventrale a les rayons à peu près de la même couleur, avec une petite tache dans son aisselle. La dorsale et la cau- dale sont rousses; l'anale est blanche. La longueur de l'individu est de quatorze pouces. Il a été pris par M. Dussumier dans les environs de l'Ile-de-France. Commerson dit que son exemplaire fut pris le 18 avril 1767 par le 34° de latitude australe, à 4o lieues environ des côtes orientales de l'Amérique. Il en a laissé deux dessins faits à la mine de plomb ? dont l'un, de Sonnerat, re- présente le poisson avec la pectorale déployée; l'autre , fait par Commerson, montre l'individu tel qu'il est au moment de sa mort. On voit 104 LIVRE XIX. ÉSOCES. qu'une de ces Lernées, si communes aux exo- cets, était fixée auprès de la pectorale. Une description détaillée, comme toutes celles de ce savant voyageur, se retrouve dans ses manuscrits. Il avait rédigé deux essais de phrases diagnostiques linnéennes. Avec les deux dessins de Commerson et la description qu'il y avait jointe, rien n'était donc plus facile que d'établir cette espèce. Mais M. de Lacépède a employé ces excellents matériaux de manière à tout embrouiller : il a fait gra- ver le dessin de Sonnerat x en le considérant comme l'exocet sauteur, Ex. exiliens de Bloch et même de Gmelin. A la suite des synony- mies, tout à fait disparates de son Exocœtus exiliens , M. de Lacépède transcrit l'une des deux phrases diagnostiques de Commerson ; mais l'autre phrase de ce naturaliste, et qui appartient évidemment à un seul et unique individu, se trouve rapportée à l'espèce nou- velle que M. de Lacépède établit, en la dédiant au courageux compagnon de Bougainville. On explique ainsi comment M. de Lacépède a donné, à l'article de son Exocet sauteur, plusieurs observations de Commerson qui au- raient du appartenir à l'exocet Commersonien. 1. Lacép., t. V, pi. 12, n." 3. CHAP. X. EXOCETS. 1 05 En remontant aux auteurs qui ont précédé ce naturaliste, on aurait pu trouver dans leurs ouvrages des indices de cette espèce : ainsi, Renard et Valentyn ont laissé des figures fort incomplètes, mais cependant reconnaissables, de notre poisson; c'est leur Fliegende Hander (ou mulet volant); et le dessin original de l'amiral Corneille de Vlamming nous apprend qu'ils le trouvèrent à Néira, dans la province de Banda, le 16 octobre 1698. Ce qu'il faut encore remarquer, c'est que Bloch, qui a cité Valentyn, néglige la figure de cette espèce, où les ventrales sont oubliées , pour y rapporter celle d'un autre exocet tout différent, et qui a un nom malais tout à fait distinct. Nous allons en parler plus loin. Commerson dit que la chair de cette espèce était meilleure que celle de XExocœtus evolans. .L'Exocet a museau court. (Exocœtus simas, nob.) Cette espèce, malgré sa tête plate et mince, un peu concave, avoisine plus cependant, par l'aspect général de ses formes le précédent Exocet, que toutes les autres : Celui décrit dans cet article a le museau court, gros et arrondi, renflé sur la région sous-orbilaire ; 400 LIVRE XIX. ESOCES. la mâchoire inférieure, très-semblable à celle de l'es- pèce précéder! le, sans tubercules à la symphyse, dé- passe la supérieure. Les dents sont très -petites; l'œil est grand , car son diamètre n'est compris que deux fois et demie dans la longueur de la joue. Le bord antérieur n'est éloigné du bout du museau que d'un peu plus de la moitié de ce diamètre; toute la joue est aplatie , et le grand plan qu'elle fait s'écarte très- peu sous la gorge de celui du côté opposé, ce qui rend l'isthme étroit, et ce qui constitue, avec le plan du dessus du crâne, la forme trièdre de la tête. L'in- tervalle qui sépare les deux yeux est plus large que le diamètre de l'orbite. L'épaisseur entre les deux pectorales est, à très-peu de chose près, égale à la hauteur du tronc, qui est comprise sept fois et demie dans la longueur totale ; la longueur de la tête y est cinq fois et un tiers. La dorsale est peu élevée; la pointe de la pecto- rale n'atteint pas tout à fait à la base de la caudale. D. 13; A. 8, etc. La couleur est un roux violacé assez pâle sur le dos ; le dessous du corps est argenté. Les pectorales n'ont aucune tache , et leur teinte ressemble à celle du dos; la caudale est de la même couleur; la dorsale est plus pâle ; les ventrales et l'anale sont blanches. La vessie aérienne de cette espèce est remarqua- blement grosse. La longueur de l'individu est de treize pouces. Il vient des îles Sandwich, où il a été pris par M. Eydoux pendant l'expédition de la corvette la Bonite. CHAP. X. EXOCETS. 107 Z/ExOCET MARTINET. (Exocœtus apus, nob.) Je donne à cette espèce, dont je ne connais encore qu'un petit individu, le nom spécifi- que que Linné a imposé au martinet d'Europe {Hirundo apus). C'est de tous les exocets que j'ai encore examinés , celui qui a certainement la tête et le museau le plus court. Le corps lui-même est très -raccourci, de sorte que, malgré sa brièveté, la tête est encore contenue cinq fois et un tiers dans la longueur totale ; la hau- teur du tronc a les mêmes proportions. L'intervalle entre les yeux est plus grand que le diamètre de l'œil, qui est compris deux fois et un tiers dans la longueur de la joue; le bord antérieur de l'orbite n'est éloigné du bout du museau que la moitié du diamètre. La pectorale, qui paraît peu pointue, est unifor- mément noire en dessus avec son bord blanc; une petite tache noire colore l'extrémité de la ventrale; le dos est bleu foncé; la caudale est grisâtre; l'anale et la dorsale sont blanchâtres. D. 11; A. 19, etc. Cet exocet est long de six pouces; il a été pris par M. Eydoux dans les mers de Chine , près de Macao. On peut rapporter à cette espèce la figure 4 08 LIVRE XIX. ÉSOCES. que l'on trouve dans l'imprimé japonais, a cause de la brièveté des pectorales, et j'ajou- terai même de la grosseur du museau, quoi- qu'il paraisse encore un peu renflé. Z/EXOCET AUX NAGEOIRES NOIRES. (Exocœtus nigripennis , nob.) Le même voyageur a encore rapporté des mers de Chine une autre espèce, qui a le museau court, l'œil grand, car son diamètre fait la moitié de la largeur de la joue; le dessus du crâne est concave, parce que l'arcade sourcilière des fron- taux est relevée. Les écailles, qui garnissent le des- sus de la tête, sont très -finement ciselées par des stries concentriques. D. 12; A. 10, etc. Ce qui caractérise encore cet exocet, c'est la cou- leur noire de ses longues ventrales et de ses pecto- rales; la caudale paraît avoir été jaunâtre; le dessus du corps est brun ; le dessous est blanc. Ce petit poisson n'a que trois pouces et demi. Il vient de Tourane. C'est, à n'en pas douter , une espèce bien caractérisée , et par la forme des arcades sourcilières , et par la couleur des nageoires paires. chap. x. exocets. 109 L'Exocet aux pectorales vertes- (Eococœtus chloropterus , nob.) M. Gay a rapporté un exocet voisin, mais distinct de tous les précédents. Il a le museau étroit, court ; le dessus du crâne un peu concave ; l'œil assez grand : son diamètre, égal à l'intervalle qui sépare les deux yeux, est com- pris deux fois et demie dans la longueur de la joue. D. 13; A. 9. Ce poisson paraît, dans l'alcool, noirâtre sur le dos, blanc sur le ventre; les ventrales sont colorées, ainsi que les pectorales, en brun pâle. Nous pou- vons juger des couleurs que l'animal avait au mo- ment où il a été pris, par le dessin que nous en a communiqué M. Gay. Il représente le dos d'un beau bleu d'outre-mer; le ventre argenté et brillant; les pectorales, la dorsale et la caudale sont verdâ- tres ; les ventrales sont du même bleu que le dos. L'espèce a été prise par 33° 1 4' de latitude australe, et 44° 3o' de longitude occidentale. L'individu est long de six pouces et demi. L'Exocet a haute dorsale. (Exocœtus altipennis , nob.) Cette nouvelle espèce d'exocet a le corps plus allongé et surtout plus pointu de lavant que toutes celles dont nous nous sommes 110 LIVRE XÏX. ÉSOCES. jusqu'à présent occupés- la plus grande hauteur du corps se mesure ici près des ventrales, et elle est comprise huit fois dans la longueur totale. L'épais- seur aux pectorales est égale à la hauteur du tronc mesurée au même endroit , et elle est comprise dix fois dans cette même longueur totale. Je ferai remar- quer ici que dans les autres espèces j'ai toujours pris la plus grande hauteur du tronc à la région des pectorales. La tête a le museau assez pointu : sa longueur est comprise six fois dans celle du corps. Les dents sont petites et pointues. L'œil est éloigné du bout du museau d'une fois son diamètre, lequel est com- pris trois fois et demie dans la largeur de la joue; le dessus de la tête est régulièrement aplati. D. 13; A. 12, etc. Les pectorales et les ventrales sont pointues et proportionnellement plus allongées que dans aucun autre exocet. Ce développement des nageoires se montre encore d'une manière plus remarquable, soit à la dorsale, soit à l'anale, dont les rayons dé- passent la hauteur du tronc mesurée sous eux; je ne vois pas que la caudale grandisse autant que les autres nageoires. La couleur est roussâtre. Les pectorales ont la même teinte, avec une large tache blanchâtre, sem- blable par sa forme et par sa position à celle de notre Ex. speculiger. J'en possède un individu long de quatorze pouces , que M. Dussumier a rapporté des CHAP. X. EXOCETS. \\\ mers de l'Inde , mais sans nous donner aucune indication sur ce curieux Exocet. Un second a été envoyé du cap de Bonne- Espérance, mais rien ne nous prouve qu'il ait été pris sur la côte d'Afrique. Z/ExOCET AUX AILES BICOLORES. (Exocœtus bicolor, nob.) M. Keraudren a bien voulu donner au Ca- binet du Roi une fort belle espèce de ce genre. Ses formes rappellent assez bien celles de l'Exocet de la Méditerranée. La longueur de la tête est comprise cinq fois et deux tiers dans la longueur totale; la hauteur du tronc mesure à peu près les deux tiers de la joue; le diamètre de l'œil fait à peu près le tiers de cette même longueur; le dessus du crâne est un peu concave. D. 15; A. 10. Les rayons antérieurs de la dorsale sont élevés, l'anale est basse. La couleur est un bleu foncé sur le dos et un blanc pur en dessous. La pectorale, bleu pâle à sa base et plus noirâtre à son extrémité , est traversée obliquement par une large bande blanche. La ventrale est blanche , avec quelques taches grisâtres aux deux tiers de la lon- gueur des rayons. La dorsale a du blanc sur les six premiers rayons et sur le dernier : le reste est 112 LIVRE XIX. ÉSOCES. d'un beau bleu foncé. Le lobe inférieur de la cau- dale esl noirâtre; le supérieur et les rayons mitoyens sont blanchâtres. Ce beau poisson a un pied de long. Il a été pris dans l'Atlantique. L'Exocet aux ailes mouchetées. {Exocœtus pœcilopterus , nob.) Cette espèce , si bien caractérisée par la coloration de ses pectorales, ne l'est pas moins par ses formes raccourcies et arrondies. Le museau est court; le dessus du crâne aplati; la dorsale peu élevée; la pectorale de médiocre largeur. D. 12 ; A. 8. La partie supérieure du dos est bleu foncé, qui s'éclaircit sur les flancs en y prenant des teintes jaunes verdâtres. Les pectorales verdâtres sont parsemées d'un grand nombre de taches rondes, irrégulières, à couleur brune, terre de Sienne, plus foncée dans le centre; la caudale est grise; les autres nageoires sont blanches. Lindividu, long de sept pouces, a été pris le 22 juillet 1827 sur les côtes de la Nouvelle- Bretagne, par les naturalistes de l'expédition de l'Astrolabe. Cette espèce, confondue avant nous avec les autres Exocets, est connue depuis long- CUAP. X. EXOCETS. 415 temps : elle est mentionnée dans Valentyn 1 sous le nom malais Ikan terbang, Berampat sajap. Ruysch a reproduit cette figure tab. 7 , n.° 18. C'est précisément celle que Bloch et M. de Lacépède ont confondue avec leur Exo- cœtus exiliens. Je crois aussi pouvoir rapporter à cette espèce XExocœtus alatus de Solander, car ce naturaliste indique positivement les taches dont sont couvertes les pectorales : il l'avait pris à Otahiti, et ses notes indiquent comme nom vulgaire , le mot de Marhava. iv'ExOCET AUX PECTORALES TACHETÉES. (Exocœtus spilopterus , nob.) Je trouve, dans les dessins que M. Mertens nous a communiqués, une espèce très-voisine de celle-ci, mais dont les couleurs me sem- blent assez différentes pour servir à la carac- tériser. L'anale me paraît avoir deux rayons de plus; car les nombres comptés par M. Mertens sont : D. 12; A. 10; C. 25; P. 13; V. 6. Le dos est bleu et le ventre rosé; la pectorale, 1. Valent., Poiss. d'Amb., n.° i65, p. 598. 19. 8 MA LIVRE XIX. ÉS0CES. violette, est couverte de taches roses; la caudale est rousse; les autres nageoires sont blanches. Cette belle espèce vient d'Oualan, l'une des Carolines. Z/EXOCET A BANDES. (Eoc. exiliens, Gm. ; Eoc. fasciatus , Lesueur.) Cette jolie petite espèce d'Exocet est re- marquable par la coloration de toutes ses nageoires. Elle a d'ailleurs le museau très-court; la tête large et les yeux saillants ; la dorsale et l'anale sont assez élevées. D. 12; A. 13, etc. Le dos est bleu foncé; le ventre est argenté; les pectorales et les ventrales sont traversées par de larges bandes brunes un peu irrégulières, et que l'on pourrait tout aussi bien considérer comme des mar- brures que comme des rayures. Le lobe inférieur de la caudale a trois larges taches brunes; la dorsale est aussi tachetée de noirâtre. Nous avons reçu de New-Jersey par les soins de M. Milbert deux individus bien con- servés , dans lesquels il ne nous a pas été difficile de reconnaître la figure fort exacte que M. Lesueur 1 a donnée dans le Journal 1. Journ. scienc. Phil. , t. II, 1821 , p. 8, pi. 4> %• 2. CHAP. X. EXOCETS. 14 5 des sciences de Philadelphie en croyant son poisson nouveau : cependant les naturalistes avaient à leur disposition les moyens de con- naître déjà cette espèce; car elle est repré- sentée d'une manière assez exacte dans les Glanures d'Edwards l . Cette figure est une de celles que Gronovius a mêlées à toutes ses autres synonymies; d'un autre côté, l'on ne peut douter que ce soit là le véritable Exo- cœtus exiliens de Gmelin, espèce qu'il établit d'après des notes de Garden, dont Linné ne paraît point avoir fait usage, mais qui indi- quent les bandes des nageoires et la taille du poisson à peine long d'un doigt. M. Cuvier a cru que ces individus, à na- geoires rayées, portaient la livrée d'un jeune âge ; les formes et les nombres sont assez diffé- rents pour fournir des caractères d'une espèce particulière ; il n'y a donc pas de raison d'ad- mettre la supposition consignée dans le Règne animal. L'Exocet de Rondelet. {Exocœtus Rondeletii, nob.) J'ai commencé par décrire l'espèce de la Méditerranée aux longues ventrales blanches, 1. Edw. , Glan., tab. 210. \ 1(» LIVRE XIX. ÉSOCKS. dont Salviani a laissé une figure parfaitement reconnaissable. J'ai fait suivre cette descrip- tion de celle de toutes les espèces des mers étrangères qui venaient prendre place à côté de celle-ci, à cause de leurs ventrales insérées de la même manière vers la partie moyenne du ventre et presque entièrement blanches. Je vais maintenant décrire les espèces aux. ventrales noires, dont je trouve également un représentant dans la Méditerranée. Cette espèce a le museau court, rétréci au devant des yeux; le dessus du crâne aplati; la région sour- cilière soutenue et bordée en dedans de deux carènes longitudinales qui laissent entre elles une sorte de large cannelure ; l'œil est de moyenne grandeur : il est éloigné du bout du museau d'une fois son dia- mètre, lequel est contenu trois fois et deux tiers dans la joue. La longueur de celle-ci, à peine plus grande que la hauteur du tronc , est comprise six fois et demie dans la longueur totale. La dorsale et l'anale sont peu élevées de l'avant; la pectorale atteint auprès de l'insertion de la caudale, et la pointe des ventrales atteint presque aussi à cet endroit du tronc, de sorte qu'on peut dire d'elles qu'elles sont longues et pointues ; mais il faut aussi remarquer que plu- sieurs espèces à ventrales blanches ont des nageoires aussi longues. D. 11 ou 12; A. 11 à 13, etc. La couleur est bleuâtre sur le dos, argenté sur tout le reste du corps; les pectorales sont rousses, CHAP. X. EXOCETS. 1 I 7 tachetées de bleu; les rayons inférieurs sont blancs, le bord de la nageoire est brun comme le reste de sa surface. La ventrale est presque entièrement noire : on ne voit du blanc qu'au rayon interne et à la pointe des autres; la caudale est roussâtre. Le Cabinet du Roi possède un individu de cette espèce pris à Naples par M. Savigny. Il est long de cinq pouces : il ressemble telle- ment à la figure de Rondelet, qu'on pourrait presque dire qu'il lui a servi de modèle. Nous en avons un autre, long de huit pouces et demi, qui vient de Sicile, par M. Bibron. Nous voyons ce poisson s'avancer jusqu'aux Canaries, d'où il a été rapporté par M. Webb. J'ai eu tort de le déterminer comme appar- tenant à XEx. mesogaster de Bloch. Il est long d'un pied. Cette espèce, que l'on reconnaît toujours à la couleur noire de ses ventrales et à la briè- veté de son museau, a donc été représentée par Rondelet ; mais cette figure est moins in- connaissable pour cette espèce, que celle de Salviani ne l'est pour XEx. volitans. Elle a été copiée par Aldrovande, par Gessner et par plusieurs autres, et citée, depuis Artedi et Gronovius, parmi les synonymies de XEx. volitans, bien qu'elle représente un poisson tout à fait distinct. \ \ 8 LIVRE XIX. ÉS0CES. Rondelet dit qu'on le prend très-fréquem- ment à l'embouchure du Rhône. Z/EXOCET A FRONT CONVEXE. (Exocœtus gïbbifroîis , nob.) Cette espèce a le corps plus régulièrement tétraèdre qu'aucune autre; ce qui la distingue encore plus, c'est la saillie ou la convexité de la partie de la tête qui est au- devant des yeux, dont le diamètre mesure le tiers de la longueur de la joue; le museau est d'ailleurs court, non rétréci, mais plutôt convexe sur la ré- gion sourcilière. D. 12; A. 9, etc. Le dessus du corps est brun verdâtre ; le dessous est argenté; la pectorale est brune, sans aucune tache blanche; la ventrale est presque entièrement rousse , mais plus pale que la pectorale. Je ne possède qu'un exemplaire de cette espèce , long de neuf pouces, et qui a été pris dans l'Océan atlantique par M. Dussumier. Z/EXOCET AUX VENTRALES TACHETÉES. (Exocœtus spilopus , nob.) Voici encore une nouvelle espèce fort ré- pandue dans le sein des mers , et qu'il est facile de reconnaître à la grosse tache bleue CHAP. X. EXOCETS. 119 très-foncée presque noire, placée vers l'extré- mité des rayons mitoyens de ses ventrales. C'est un des exocets que l'on a rencontrés jusque sur les côtes de France. Ce poisson a le dessus de la tête un peu concave; le museau gros et arrondi ; l'œil assez grand ; car son diamètre n'est pas trois fois dans la longueur de la joue ; la hauteur du tronc fait les trois quarts de cette même mesure, et est comprise sept fois et quelque chose dans la longueur totale; la dorsale est assez haute de l'avant; les ventrales n'atteignent pas à l'extrémité des pectorales, qui approchent beaucoup de la caudale. D. 15; A. 9, etc. Le dessus du corps est d'un bleu foncé, tirant à l'ardoisé ou au noir; le dessous est argenté; une large bande oblique, blanche ou verdâtre, traverse la pectorale, aussi bleue que le dos; les ventrales portent , sur un fond blanc , une large tache bleu- noirâtre très-foncé. La dorsale, blanche en avant, est bleue ou noire vers l'arrière ; la caudale est noirâtre. Nous avons reçu de nombreux individus de cette espèce de différentes parties de l'At- lantique. Nous en avons un exemplaire, long de dix pouces et demi environ , qui a été pris par M. d'Orbigny sur les côtes de La Rochelle avec d'autres individus de ÏExocœtus evolans. M. Dussumier l'a trouvée auprès de Sainte- 1 20 LIVRE XIX. ÉSOCES. Hélène, et une autre fois par le 9 de latitude sud et 7 5° de longitude orientale. M. Plée l'a péchée entre les tropiques, non loin des An- tilles. M. Reynaud l'a prise à bord de la Che- vrette dans les mers de l'Inde. M. Dussumier la retrouvait, en i83o, dans la mer de l'Arabie, à l'ouest de Minicoï; et enfin, MM. Quoy et Gaimard ont pris cette espèce le 7 novembre 1827, non loin de la terre de Witt, en se rendant à la Nouvelle-Hollande. Z/EXOCET MÉTORIEN. (Exocœtus mesogaster, Bloch.) Nous avons reçu de Santiago de Cuba un exocet, dont la tête, courte et large, ressem- ble beaucoup à celle de l'espèce des mers de Chine que j'ai appelée Ex. apus. C'est un poisson intéressant, parce qu'il sert à nous faire reconnaître une des plus mauvaises figures de Bloch. Il a le corps allongé; les pectorales sont plus longues, plus pointues; les ventrales insérées plus en arrière; la dorsale est trapézoïdale, assez haute de l'avant; son premier rayon est court, mais le se- cond et le troisième égalent au moins la hauteur du tronc. D. 12; A. 12, etc. Ce poisson a le dos d'un bleu très-foncé; les CHAP. X. EXOCETS. 421 pectorales, de la même teinte, ont une large bande transversale; la ventrale, aussi foncée que la pecto- rale, n'a de blanc qu'a la base du rayon interne, et un peu vers l'extrémité du second rayon externe; la dorsale et la caudale sont grises; l'anale est blanche. Nous devons ce poisson à M. Ricord; mais nous avons eu connaissance de ses couleurs par un dessin pris sur le frais par M. Poey, qui s'est procuré cette espèce dans le canal qui sépare la Havane du continent. Notre individu est long de sept pouces. C'est, à n'en point douter, l'espèce repré- sentée dans Parra 1 sous le nom de Valador, et comme Bloch, dans le Système posthume, regarde, avec raison, que la figure de Parra représente son Ex. mesogaster, nous ne de- vons plus hésiter nous-mêmes à reconnaître celui-ci dans l'individu que nous avons sous les yeux : or Bloch a pris son espèce dans Plumier. Le vélin de cet historien des Antilles, et qui est conservé dans la bibliothèque du Muséum, porte, comme celui de la Biblio- thèque de Berlin, Mugil alatus Rondeletii, Poisson volant, P. Plumier. Cette figure, assez inexacte, dont la tête est grosse et courte , rappelle celle de notre poisson ; 1. Poiss. de la Havane, p. 38: lam. 122 LIVRE XIX. ÉSOCES. les pectorales sont larges, arrondies, et de longueur médiocre, ainsi que Parra l'a repré- senté. La dorsale est plus allongée que nous ne la voyons dans la nature ; il est facile de juger qu'elle n'a pas été copiée avec une rigoureuse exactitude , à cause même de l'inégalité des rayons. Maintenant il est difficile de dire par quelles altérations cette figure de Plumier a été transformée en celle de Y Ex. mesogaster de Bloch, ou les pectorales longues et pointues atteignent le milieu des rayons de la caudale; ce que nous n'avons observé dans aucune es- pèce; ou la dorsale haute et pointue de lavant a les bords largement échancrés; ce qui ne se rapporte, ni au dessin de Plumier, ni encore moins à la nature. Cependant, quelques paroles du texte de Bloch me font croire qu'il a eu aussi le dessin du Père Feuillée fait d'après une autre espèce, et que nous avons déterminée plus haut; c'est notre Ex. noveboracensis. Si cette supposition est exacte, Bloch aurait emprunté au dessin de Plumier les pectorales, qu'il aurait un peu allongées; de sorte qu'ici l'accusation que Bloch dirige contre ce Minime, devrait encore être bien plutôt portée contre lui. CHAP. X. EXOCETS. 423 L'Exocet aux pectorales courtes. (Exocœtus breviphinis 3 nob.) Dans les espèces dont il me reste à parler, je trouve encore les ventrales insérées sur l'arrière du tronc, ou tout au plus à la moitié de sa longueur; elles se raccourcissent. Cette diminution des nageoires se montre aussi sur la pectorale, dans l'espèce dont il s'agit ici. L'aile ne fait plus que la moitié de la longueur du tronc, sans y comprendre la caudale, et la pointe ne dépasse pas l'extrémité de la ventrale; le dessus de la tête est aplati. La hauteur du tronc est une fois et demie dans la longueur de la tête, laquelle est comprise cinq fois et demie dans la longueur totale; la dorsale est basse et à peu près égale. D. 12 ; A. 10. Le dessus du corps est ardoisé; les flancs et le ventre argenté; la pectorale est d'une couleur rousse, uniforme et pâle. On retrouve cette teinte sur le troisième et le quatrième rayon de la ventrale; les autres nageoires sont blanchâtres. L'individu est long de six pouces. Il vient du havre Carteret de la Nouvelle-Irlande, et provient, comme beaucoup d'autres, des re- cherches faites par MM. Quoy et Gaimard. 124 LIVRE XIX. ÉSOŒS. jL'ExOCET MENTONNIER. (Exocœtus mento, nob.) Cette espèce de la rade de Pondichéry présente, ainsi que la suivante, un caractère fort remarquable , qui montre la liaison in- time qui réunit les exocets aux hémiramphes. En effet nous voyons la symphyse de la mâchoire inférieure prolongée en un petit tubercule pointu, formant un vestige de demi- bec au devant de la bouche; les dents sont d'une petitesse excessive; le dessus de la tête est aplati en dessous; le corps est comprimé, comme tranchant; les deux branches de la mâchoire se touchent et cachent entièrement la membrane bran- chiostège. La hauteur du tronc est presque égale à la longueur de la tête, et contenue près de six fois dans la longueur totale; la pectorale est de lon- gueur médiocre; car elle n'a, comme la précédente, que la moitié de la longueur du corps, la caudale non comprise ; les ventrales sont insérées sur le milieu de cette même longueur; la dorsale est haute et pointue; l'anale est très -basse. D. 11; A. 13, etc. Le corps est couvert d'écaillés argentées assez résistantes, mais peu adhérentes; la couleur du dos est d'un beau bleu de lapis; le reste du corps est argenté; les pectorales ont la base blanche et l'extré- CHAP. X. EXOCETS. 125 mité bleue; la dorsale offre la même coloralion; les ventrales, l'anale et la caudale sont blanches. M. Lesclienault nous a procuré cet exocet, pris par lui dans la rade de Pondichéry. Il en a observé des individus longs de dix pouces. Les pécheurs malabares l'appelaient Saravi- Kola. Ce naturaliste les voyait voler par trou- pes, et il vante la délicatesse de leur chair. Nous avons un autre exemplaire, de petite taille, que M. Botta a rapporté de la mer riouge. L'individu est plus décoloré et plus maltraité que le précédent ; mais la forme du bec et la hauteur de la dorsale me paraissent encore le caractériser suffisamment. Z/EXOCET A MUSEAU EFFILÉ. (Exocœtus acutus , nob.) Cet exocet a le museau allongé, très -effilé, presque arrondi, et rendu encore plus pointu par la saillie de la sym- physe de la mâchoire inférieure. La longueur de la tête n'est comprise que quatre fois et demie dans la longueur totale; l'œil est placé sur le milieu de la longueur de la joue; il est éloigné du bout du mu- seau d'une fois et demie son diamètre. La pectorale est courte; la ventrale est placée sur la seconde moitié de la longueur du tronc; la dor- sale est haute; l'anale est basse; les deux lobes et la 126 LIVRE XIX. ÉSOCES. caudale sont moins inégaux que dans beaucoup d'autres espèces. D. 10 $ A. 9; C. 18; P. 15; V. 6. Ce poisson a le corps couvert d'écaillés assez grandes et fortes. La couleur paraît avoir été rem- brunie sur le dos, argentée sous le ventre; je vois du noirâtre à la face interne de la pectorale et à la pointe de la dorsale; d'ailleurs on ne peut pas très- bien juger des couleurs de cet individu conservé depuis longtemps dans l'alcool. Les formes de ce petit poisson le font ressembler à une petite sardine à museau pointu. Les pectorales, tout en étant développées, sont certainement moins longues que celles de la plupart de nos Exocets. Je n'ai vu qu'un seul exemplaire de cette curieuse espèce, qui a été donné au Muséum par M. Cuvier : il l'avait acheté avec les autres poissons qui ont été rapportés de Surinam par Levaillant. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que je trouve, ainsi que je l'ai déjà fait obser- ver plus haut, dans la collection de peintures des poissons observés par M. Risso sur les côtes de Nice, et dont je dois la communication à l'amitié de mon collègue, M. Duméril, la re- présentation d'une espèce qui ressemble tout à fait à celle que je décris : c'est la même briè- veté dans les pectorales , la même hauteur de la dorsale ; les ventrales seules me paraissent CHAP. X. EXOCETS. 127 un peu plus longues. N'ayant pas vu le pois- son original, je n'ose cependant me prononcer sur la complète identité du dessin et du pois- son des côtes d'Amérique. L'individu de la collection est long de quatre pouces et demi. Z/EXOCET MICROPTÈRE. (Exocœtus micropterus , nob.) Pour compléter cet examen des nombreuses espèces d'exocets à ventrales attachées au delà de la moitié du tronc, je n'ai plus à parler que d'une seule espèce, remarquable entre toutes les autres par la brièveté de ses nageoires. Le corps de ce poisson est arrondi et ressemble beaucoup aussi à celui d'une sardine ou de tout autre petit clupéoide. On pourrait croire encore que l'on a devant les yeux certaine espèce d'Athérine. La hauteur du tronc est sept fois dans la longueur totale; celle de la tête y est cinq fois et demie; la mâchoire inférieure dépasse la supérieure, mais sans se prolonger en pointe conique ou en rudiment de bec; les pectorales, que l'on désignerait par des épi- thètes de longues et de pointues, s'il s'agissait d'un tout autre poisson que d'un Exocet, sont ici telle- ment petites , qu'elles n'ont pas le quart de la lon- gueur totale : elles n'atteignent pas même à la moitié de la longueur du corps. Les ventrales, qui sont très-petites, sont insérées i 28 LIVRE XIX. ÉSOCES. assez loin en arrière de la pointe des nageoires de la poitrine; la dorsale, reculée à l'extrémité de la queue, est haute; l'anale est plus basse; la caudale est fourchue, et, comme dans tous les poissons de cette famille, le lobe inférieur est plus allongé que le supérieur. D. 15; A. 16. Les écailles sont de moyenne grandeur, minces et caduques. On voit très-bien dans cette espèce la ligne latérale tracée par le milieu du côté, depuis l'angle supérieur de la pectorale jusqu'au milieu de la queue, et par conséquent tout à fait distinct des carènes abdominales. Le dos, les pectorales et les ventrales paraissent avoir été bleues; la dorsale est rousse. Ce poisson n'a guère que cinq à six pouces de long. J'en ai plusieurs individus : l'un a été pris dans le Port du Roi George à la Nouvelle- Hollande par MM. Quoy et Gaimard, et ces naturalistes ont retrouvé cette même espèce dans le havre Carteret à la Nouvelle-Irlande; un second fut retiré de l'estomac d'un thon qui avait été harponné à bord de la Zélée, pendant la dernière expédition de M. d'Ur- ville, non loin de l'île Bourou; enfin, M. Dussumier nous en a rapporté plusieurs in- dividus de la côte malabare. CHAP. X. EXOCETS. 129 Z/EXOCET DE SOLANDER. (Eococœtus Solandrij nob.) Après avoir décrit les nombreux exocets dont les ventrales, plus ou moins développées, sont insérées sur l'arrière du corps, je trouve un groupe de plusieurs espèces remarquables par le barbillon plus ou moins long et plus ou moins découpé en filaments, qu'elles portent sous la symphyse de la mâchoire inférieure. En voyant cette singulière disposition , je me suis demandé si ces poissons ne devaient pas être séparés des précédentes espèces de ce genre; mais la forme générale de leur corps, celle des dents des mâchoires ou des pharyn- giens, la grandeur des pectorales, ne présen- tent aucune différence appréciable, de sorte que, si un auteur voulait établir cette division générique, il ne pourrait trouver d'autre ca- ractère que dans la présence du barbillon, lequel n'est ici, à proprement parler, qu'un développement plus ou moins exagéré de la lèvre du poisson. J'avoue que je n'ai pas pu regarder ce ca- ractère comme assez important; et, aussi je place les exocets à barbillons dans la série des espèces du genre ; l'une d'elles me servira même à relier l'exocet à ventrales petites et avancées à toutes celles que nous venons de décrire. *9- 9* ^ 50 LIVRE XIX. ÉSOCES. Je commence par la description de celui qui a été' observé près d'Otahiti par Solander pen- dant la grande circumnavigation de Cook. Ce poisson a le corps allongé, aminci en avant, comprimé en arrière; la tête plate, la mâchoire infé- rieure dépassant un peu la supérieure; la lèvre étendue en une membrane courte qui embrasse le pourtour de la mâchoire , descend verticalement ; le bord est divisé en dix-huit à vingt franges. L'œil est de grandeur médiocre. Les dents sont fines. La pectorale atteint à peu près à la fin de la dorsale; la ventrale se porte un peu plus loin; la dorsale est haute, ses rayons, quand ils sont couchés, touchent au lobe de la cau- dale celle-ci est fourchue comme à l'ordinaire. D. 11 j A. 9, etc. Le dessus du corps est bleu; le dessous argenté; les pectorales et les ventrales sont d'un bleu assez foncé, sans aucunes taches ; la dorsale a la base bleue avec une large bordure noire. Nous devons aux recherches actives de M. Dussumier la possibilité de déterminer une des espèces de Cook restées inconnues. L'in- dividu qu'il a donné au Cabinet du Roi est long de neuf pouces. Il l'a pris en mer à la hauteur des Séchelles. G. Forster a laissé parmi les dessins conservés dans la bibliothèque de Banks, une figure re- connaissable de ce poisson, que l'on peut en- core mieux déterminer par la description que CHAP. X. EXOCETS. 151 l'on retrouve dans les manuscrits de Solander. 11 y dit que les pectorales ont les deux tiers de la longueur du corps, ce qui est à peu près exact. Cette mesure prouve en même temps que l'épithète de brachiopterus , qu'il avait imaginé de donner à son poisson, est exagérée et presque le contraire de celle qui lui con- venait. Les pêcheurs d'Otahiti lui désignaient l'espèce sous le nom à'Etipa ou OEliba. jL'Exocet de d'Orbigny. {Exocœtus Orbignianus , nob.) M. d'Orbigny a dessiné, en approchant des côtes d'Amérique, vers Montevideo, une es- pèce nouvelle et fort remarquable d'exocet à barbillon court et dilaté, par conséquent à peu près de même forme que celui de l'espèce précédente; mais je ne vois pas que ce natu- raliste ait divisé cette membrane en filaments. Ce poisson a les pectorales arrondies et de gran- deur médiocre, car elles n'atteignent pas même le premier rayon de l'anale; les ventrales, insérées à la moitié du ventre, sont longues et pointues, elles touchent à la caudale : celle-ci est peu développée, et, comme dans tous les autres Exocets, son lobe inférieur est plus grand ; la dorsale est pointue, trian- gulaire et plus haute que dans aucune autre espèce, elle a plus de deux fois la hauteur du tronc; l'anale est très- basse et rejetée un peu plus en arrière de 152 ■ LIVRE XIX. ÉSOŒS. la dorsale qu'on ne le voil ordinairement chez les Exocets. A en juger d'après le dessin , le corps me paraît grêle et allongé, la tête courte; le corps est peint en bleu ardoisé sur le dos; le ventre, bleu très- pâle, a trois taches foncées, dont deux sont placées au-devant des ventrales; les nageoires paires abdo- minales sont bleu pâle en dessus, blanches en des- sous, avec des rayons bleus : c'est aussi la couleur des rayons des trois nageoires verticales. Le dessin représente un poisson long de cinq pouces : c'est une des plus jolies découvertes ichthyologiques que M. d'Orbigny ait faites. Il n'a malheureusement pas rapporté l'individu dont il nous a communiqué la figure. Z/EXOCET DE DuSSUMJER. {Exocœtus Dussumieri , nob.) Une troisième espèce, voisine de la précé- dente par la longueur de ses pectorales et de ses ventrales et par la hauteur de sa dorsale, s'en distingue, parce que la lèvre est prolongée en un long bar- billon, dont l'extrémité atteint à l'insertion de la pectorale, c'est-à-dire, que sa longueur mesure le tiers de la longueur du corps, la caudale non com- prise. Cette espèce a d'ailleurs le corps plus court que la précédente; la pectorale me paraît un peu plus pointue; les rayons de la dorsale ne touchent pas à la caudale. CHAP. X. EXOCETS. i 53 D. 13; A. 9, etc. Le poisson , bleu sur le dos , argenté sous le ventre, a la dorsale presque entièrement noire : on voit une grande tache de cette couleur sur l'anale; la pec- torale est bleu très-foncé ; la ventrale , blanche à la base, a la plus grande partie de son extrémité éga- lement noire : c'est aussi la couleur du barbillon; la caudale est rousse. L'individu est long de six pouces. M. Dus- sumier l'a pris de l'autre côté du Cap, près du tropique. Z/ExOCET CHEVELU. (Eococœtus comatus , Mitchill.) Un quatrième exocet à barbillons se dis- lingue des deux précédents par la longueur du cirrhe, qui atteint à l'insertion de la ventrale, c'est-à-dire qu'il a la moitié de la longueur totale; ce tentacule, terminé en une pointe grêle , commence par une membrane assez large. La tête de ce poisson est courte ; le front assez large; la pectorale n'atteint pas à l'extrémité de la ventrale : celle-ci touche à la base de la caudale ; la dorsale est peu élevée; l'anale est tout à fait basse. D. 11; A. 9, etc. Le dos du poisson est bleu ; la pectorale est noirâtre à l'extrémité; sa base est grise; je trouve 154 LIVRE XIX. ÉSOCES. plus de noir sur la ventrale, dont le rayon externe et l'insertion des autres sont blancs; la caudale est jaunâtre; la dorsale et l'anale sont grises. L'exemplaire du Cabinet du Roi est long de quatre pouces trois quarts. Il a été donné par M. le docteur Smith, qui la pris sur les côtes de la Caroline du sud. C'est l'espèce figurée par le docteur William Wood 1 , qui la décrivit d'après un individu du Musée d'histoire naturelle de Baltimore. Il lui a donné le nom iïExocœtus appendiculatus , parce qu'il ne croyait pas que ce poisson fût le même que celui de Mitchill, attendu que, dans l'exemplaire de cette collection, les deux côtés de la membrane qui sert de base à ce tentacule sont séparés de la partie moyenne, et que ce naturaliste les a considérés comme des barbillons particuliers. Mais la comparai- son que nous avons faite du poisson donné par M. le docteur Smith, avec la figure de M. Wood et avec celle de Mitchill, ne peut nous laisser de doute sur l'identité spécifique de ces deux espèces nominales. Cette réunion a été aussi admise par M. Dekay a , dans sa Faune de New -York, qui a î. Will. Wood, Journ. acnd. se. Vhil. , 182 4, t. IV, p. a85, pi. i 7; fig. 2. '2. Dekay, Fish. 0/ New-Yvrk , pi. 36, Hg. iï5, p. 20 1. CHAP. X. EXOCETS. 4 35 donné une figure fort élégante de l'espèce. Il colore le poisson en brun foncé sur le dos, fondu dans le blanc du ventre : les nageoires sont plus pâles et roussâtres. Z/EXOCET DE NlJTTALL. (Eococœtus furcatus , Mitch.) M. Lesueur a dédié à l'un de ses amis d'Amé- rique, M. Nuttall, un petit exocet à barbillon, dont la lèvre , en se portant à droite et à gauche de la mâchoire inférieure, descend de chaque côté en un appendice qui est lui-même divisé en trois fila- ments, celui du milieu étant plus allongé que les deux externes; il faut joindre à ce caractère, que le poisson a les yeux gros et saillants, le museau court; la dorsale et l'anale larges et hautes; le lobe supérieur de la caudale peu prolongé; les pectorales grandes et les ventrales longues et larges. Les nombres sont, d'après M. Lesueur, D. 15; A. 8, etc. La couleur est bleue sur le dos, d'un bleuâtre argenté le long des flancs; les pectorales et les ven- trales sont traversées par des bandes noires. Ce petit poisson, long de trois à quatre pouces, avait été pris dans le golfe du Mexi- que. M. Lesueur ' en a publié une description , 1. Lesueur, Journ. des sciences na't. de Philad., t. 11, 1821- p. 10, pi. 4, fig. 1. 4 56 LIVRE XIX. ÉSOCES. accompagnée d'une figure très-reconnaissable, dans le Journal des sciences naturelles de Phi- ladelphie , mais sans rechercher si des natura- listes, ses prédécesseurs, n'en avaient pas fait mention. S'il avait pris cette peine, il ne lui aurait pas été difficile de reconnaître dans son poisson XEx.furcatus de Mitchill ' , qui a, comme le sien , les pectorales et les ventrales longues et rayées , la dorsale et l'anale courtes et élevées. L'auteur indique les deux barbillons, mais sans faire connaître avec assez de soin leur forme : il restera donc toujours à M. Lesueur le mérite d'avoir donné le premier une excel- lente figure de cette espèce. M. Dekay a cité, dans sa Faune de New-York, celEx.furcatus, mais seulement d'après Mitchill, et il n'en a pas donné de figure. Z/Exocet de George. (Eococœtus Georgianus , nob.) C'est encore à mon ami, George Dussumier, dont le nom revient avec tant de plaisir à chaque instant sous ma plume, que le Muséum 1. Mitch., PMI. iransact., t. I. Fish. of New-York, p. 449, P l. 5. 6g. ■>.. CHAP. X. EXOCETS. 157 d'histoire naturelle doit la possession de cette intéressante espèce. Elle a le corps assez court; la hauteur du tronc est égale à la longueur de la tête, et fait un peu moins du cinquième de la longueur totale; le mu- seau très- obtus; le front soutenu entre les yeux; l'appendice de la mâchoire atteint seulement à la base de la pectorale. Cette nageoire touche presque à la caudale : elle est coupée plus carrément que la plupart de celles des autres exocets; la ventrale est courte et attachée au premier tiers du corps; la dorsale et l'anale sont longues, mais basses. D. 13; A. 13, etc. Le dessus du corps est d'un beau bleu très-vif; les flancs et le ventre sont argentés ; la pectorale est pâle près de la base, brun foncé dans sa moitié externe, avec un bord blanc formé par l'extrémité des rayons; la dorsale et l'anale, d'un blanc jaunâtre, ont une tache noire étendue sur les deux tiers pos- térieurs de leur longueur; la caudale et les ventrales sont blanchâtres ou jaunâtres, avec quelques vestiges de taches noirâtres; le barbillon est bleu très-foncé. M. Dussumier a pris trois individus de cette espèce par 5° latitude sud et 90 longitude orientale : deux furent retirés dans un parfait état de conservation de l'estomac d'une co- ryphène, l'autre tomba sur le pont du Buffon pendant la nuit. Le plus grand n'a que quatre pouces et un quart. 138 LIVRE XIX. ÉSOCES. Je rapporte à cette espèce un très-petit exem- plaire d'exocet à barbillon court, un peu di- laté à l'extrémité, à ventrales tachetées de noir et insérées sur le devant du tronc, et qui a été rapporté par M. Eydoux, qui l'avait pris dans l'Atlantique, non loin des côtes du Brésil. L'individu n'a que quinze à seize lignes de long : à cause de son extrême jeunesse, il n'est malheureusement pas suffisamment détermi- nable. Cette espèce nous offre encore un autre genre d'intérêt; car, liée aux précédentes par ses formes, par la présence de son barbillon, elle est la première qui se présente avec des ventrales courtes insérées au tiers antérieur du corps; elle nous conduit par conséquent à l'es- pèce suivante. L'Exocet fuyard. (Eococœtus evolans , Linn.) Nous voici arrivés à décrire l'espèce répan- due dans toutes les mers, et qui est bien certainement XEx. evolans de Linné, malgré l'imperfection de sa diagnose tout à fait fau- tive. L'expression (XExocœtus abdomine tereti ne convenant pas plus à cette espèce qu'à au- cune autre du genre. Mais, comme Linné l'a établie d'après la description de Gronovius, CHAP. X. EXOCETS. \ 39 et que celle-ci est parfaitement exacte quant à notre espèce; que la figure du second pi- rabebe de Pison 1 ne se rapporte aussi qu'à elle seule, on ne peut conserver de doute sur cette détermination. Ce poisson a, comme toutes les espèces de ce genre , le corps trapu ; la hauteur comprise six fois dans la longueur totale; celle de la tête en fait le cinquième : je remarque que les mâles ont la nuque plus large que les femelles ; le dessus du crâne est large et aplati; le museau très -court; l'œil est de grandeur moyenne; la mâchoire inférieure dépasse un peu la supérieure; les dents sont d'une excessive petitesse; cependant je me suis assuré de leur exis- tence. Les dents pharyngiennes sont semblables à celles des autres Exocets : j'insiste sur ces caractères pour faire voir à mes lecteurs que j'ai regardé avec soin toutes les parties qui auraient pu nous fournir quel- ques caractères génériques. La dorsale et l'anale sont longues et basses; la pectorale atteint à l'insertion de la caudale; la ventrale est très-courte et attachée au tiers antérieur de la longueur totale. D. 13; A. 15; P. 15; C. 22; B. 11 et 9; V. 6. Les écailles sont assez grandes, assez adhérentes et striées; la couleur est un beau bleu d'outre -mer sur le dos, argenté sous le ventre; les nageoires pa- raissent d'un bleu un peu plus foncé; il n'y a pas 1. Pison. Hist. utr. Ind. , [>. Gi. 440 LIVRE XIX. ÉSOCES. de taches sur les pectorales; les viscères de cette espèce , sa vessie natatoire ressemblant aussi de tout point à ceux des autres espèces. La longueur des individus se maintient entre huit pouces et huit pouces et demi. C'est un des Exocets dont j'ai examiné le plus grand nombre d'exemplaires. Nous en avons réunis dans le Cabinet du Roi plus de quarante individus tous entièrement sembla- bles, mais venant des points les plus différents et les plus éloignés du globe. Ainsi nous l'avons reçu de nos côtes de Bretagne par les soins de M. d'Orbigny. Ce naturaliste, voulant procurer à M. Cuvier le Germon [Thynnus orcinus) , alla croiser avec les pêcheurs par le travers de l'Ile -Dieu. 11 reconnut qu'un banc de ces grands scombé- roïdes n'était plus éloigné d'eux, parce que l'on voyait s'élever à la surface des vagues agitées des poissons volants. Quelques années plus tard, M. Lorois, préfet du département du Morbihan, en envoya à Paris un exemplaire qui avait été péché sur la côte du Morbihan. Le poisson s'éleva par un saut en dehors du filet, et il alla s'échouer en volant à quinze ou vingt pas du rivage. Nous avons d'autres exemplaires, rapportés de Toulon , par M. Rie- ner, ou de Malte, par M. le docteur Leach : CHAP. X. EXOCETS. 441 la présence de l'espèce est donc constatée dans la Méditerranée. Nous lavons aussi obtenue de Terre-Neuve par M. Lapilaye; des Antilles, par M. Plée; de la côte de Carthagène des Indes, par M. Boussingault ; de Bahia, par M. Lemesle , de Rio de Janeiro , par MM. Quoy , Gaimard, Lesson, Garnot et Eydoux. Les naturalistes de la première expédition de l'Astrolabe nous l'ont rapportée de Porto- Praya du cap Vert 5 M. Dussumier l'a prise, non-seulement dans différents points de l'At- lantique, qu'il n'a pas toujours indiqués, mais aussi à Ceylan, à Bourbon, sur la côte d'Ara- bie , à Minicoi. Nous l'avons aussi du havre Carteret, des environs de l'Ile-de-France, de la Nouvelle-Zélande, des côtes de la Nou- velle-Hollande et de Tongatabou. Bien que cette espèce se montre sur nos côtes avec nos Exocets aux longues ventrales, je ne vois pas que les ichthyologistes du sei- zième siècle en aient fait mention. La plus an- cienne figure reconnaissable que l'on puisse en citer, est celle de Pison. L'auteur systéma- tique qui en ait le premier signalé le caractère essentiel, est Gronovius; mais sa synonymie est incorrecte : ainsi il cite i.° Gessner, copiste de la figure originale de notre E. Rondeletii, i.° Brown , qui , dans son Histoire de la 142 LIVRK XIX. ÉSOCES. Jamaïque, a composé un être imaginaire tout à fait indéterminable. Après eux nous arrivons aux auteurs du dix-huitième siècle. Nous en trouvons un grand nombre, qui tous nous ont laissé des figures de cette espèce, mais en se trompant sur sa détermination; car, presque tous le confon- daient avec \Ex. volitans de Linné. Cepen- dant Bloch revient ici heureusement aux dé- terminations linnéennes : son Ex. evolans est donc en effet notre poisson. M. de Lacépède confond les deux exocets de Linné; il réunit les citations de ces deux espèces, de sorte que sa synonymie contient plusieurs erreurs; il ajoute à la figure de Bloch la citation de la planche de John White ' , qui appartient bien, en effet, à notre espèce : il y rapporte, avec raison, les figures fort exactes laissées par Commerson, et dont une a été gravée (tome v, pi. 12, fîg. 2) sous le nom d'Exocet volant. G. Forster a aussi laissé dans ses manuscrits la représentation de cette espèce, mais tou- jours sous le faux nom dEx. volitans. Commerson et Solander ont laissé, avec 1. John White, New South-JVales , pi. 52, fîg. 2. CHAP. X. EXOCETS. 445 leurs dessins, de longues descriptions très-dé- taillées de cette espèce. Un chirurgien de Glasgow, Thomas Brown ', en commettant aussi cette même erreur de détermination, a donné, dans les Transactions philosophiques, une description et une ana- tomie très-détaillées de cette espèce. Catesby 2 en a aussi laissé une figure, qui a été copiée dans l'Encyclopédie sous le nom de muge volant. Comme, dans le texte, la troisième espèce du genre, le Pirabebe, n'est autre encore que notre espèce; il en résulte que Fabbé Bonna- terre trouve moyen de faire un double emploi dans un genre qui ne contient que trois des- criptions. Duhamel a aussi donné deux figures de notre exocet: l'une, petite, mais exacte, pour faire connaître le poisson volant qui sert de nourriture à la Dorade 5 l'autre , plus grande, à laquelle le dessinateur a ajouté, par mégarde, une seconde paire de nageoires pec- torales très -petites. C'est, à n'en pas douter, l'espèce qui nous occupe, que Clarck Abel 3 a figurée dans son 1. Th. Brown, Phil trans., vol. LXVIII, p. 790, tab. XII, »779- 2. Eut. car., tab. VIII, 1760. 3. Clarck Abel, Narr. of a Journej in Chin., 1818, p. 4- 1 44 LIVRE XIX. ESOCES. Voyage en Chine, sous le nom de Exocœtus splendens. Il l'a crue nouvelle , parce qu'il ne pouvait déterminer XEx. evolans et les dis- tinguer de XEx. volitans. Nous avons vu des exemplaires de ce poisson pris sur nos côtes de Bretagne ; nous ne devons donc pas nous étonner que les ichthyologistes qui ont parlé des poissons d'Angleterre, aient eu le soin de mentionner les individus qui ont paru sur les côtes de la Grande-Bretagne. Les poissons volants s'y sont montrés en effet à plusieurs reprises : ainsi, Pennant 1 figure cette espèce qui a été prise en juin 1^65 , à peu de distance au-dessous de Cararthan. Donovan 2 en donne aussi une figure d'après un individu un peu plus grand que celui qui a été représenté , mais que l'auteur n'avait pas vu prendre sur les côtes \ car c'est, dit-il , d'après l'autorité de Pennant qu'il introduit l'espèce dans son ouvrage. C'est aussi d'après cette même autorité que MM. Turton, Yarell et Jennyns en font men- tion dans leurs Faunes ichthyologiques : la fi- gure de M. Yarell est une copie de celle de Bloch. 1. Penn., Brit. zool. , p. 67, 78. 2. Donovan, Brit.fish., vol. Il, p. 5i. LIVRE VINGTIEME. DE QUELQUES FAMILLES DE MALACOPTÉ- RYGIENS, INTERMÉDIAIRES ENTRE LES BROCHETS ET LES CLUPES. Lorsque j'ai traité de la famille des Cyprins , j'ai établi que le caractère essentiel des cypri- noïdes, tels que nous l'entendions, M. Cuvier et moi, était d'avoir le cercle de la bouche bordé supérieurement par les intermaxillaires, mobiles, et plus ou moins protractiles, sans que les maxillaires vinssent concourir à former l'arc de l'ouverture orale , et d'avoir en même temps un canal intestinal sans ccecums. Je n'ai pas hésité, d'après ces principes, à retirer de cette famille les gonorhynques qui ont des appendices pyloriques. La présence ou l'ab- sence de dents maxillaires n'a été pour moi qu'un caractère secondaire, parce que la na- ture nous montre ces organes variant à l'in- fini, depuis leur plus grand développement jusqu'à leur absence complète dans les autres familles de malacoptérygiens, et je pourrais même dire, en donnant à cette proposition la généralisation qu'elle doit atteindre, dans toutes les familles de la classe des poissons. En passant aux ésoces, j'ai retrouvé d'autres 19. 10 i 4G LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. espèces extrêmement voisines des cyprinoïdes , ayant comme elles un canal intestinal simple et sans cœcums, mais chez lesquelles le maxil- laire commence à concourir avec l'intermaxil- laire à former l'arcade supérieure de l'ouverture de la bouche : le premier de ces os s'articule derrière le second, et monte par conséquent plus ou moins haut derrière celui-là : ce ma- xillaire manque de dents. Ayant observé que chez les dupées les intermaxillaires se raccour- cissent encore, et qu'ils ne forment plus que la partie moyenne de l'arcade dentaire com- plétée par. les maxillaires armés de dents; que tous les poissons de ces deux familles ont de nombreux cœcums , et ayant trouvé, qu'en pre- nant pour caractère dominateur dans la famille des dupées, la dentelure d'un ventre caréné , armé d'une série de pièces osseuses que je décrirai; ayant aussi observé, que le caractère dominateur dans la famille des salmonoïdes porte sur la présence de l'adipeuse ; parce que, si l'on ne tient pas compte de cette nageoire, il devient impossible de séparer des salmo- noïdes plusieurs petites familles de malacop- térygiens assez voisins des clupéoïdes; je n'ai pas balancé à continuer les modifications que j'ai apportées aux premiers essais de classifi- cation, fruit de notre travail commun, et FAMILLES INTERMÉDIAIRES. 147 dont M. Cuvier a donné le prodrome dans la seconde édition de son Règne animal. Après avoir décrit les différents genres placés à la suite des clupéoides, et après avoir fait avec détail l'anatomie de plusieurs de leurs espèces, je me suis convaincu de nouveau que la na- ture reproduit ici, sous d'autres formes, ce que nous avons vu dans le grand groupe des percoïdes. Plusieurs petites familles bien dé- terminées, et auxquelles, je le regrette, nous n'avons pas donné de noms assez précis pour arrêter définitivement notre travail, ont dû être séparées des autres perches. La plupart des malacoplérygiens dont je vais traiter, appartiennent à des groupes qui servent à lier toutes les autres grandes familles des Ma- lacoptérygiens. L'on verra que les Chirocentres tiennent des Ésoces et même des Cyprins par l'absence de ccecums; mais qu'ils s'éloignent de ces deux familles pour se rapprocher des Clu- pées, par la connexion de leurs intermaxil- laires et de leurs maxillaires. Ces deux os sont encore plus semblables à ceux des clu- péoïdes dans les Alépocéphales qui ont des ccecums j mais leur ventre est arrondi et sans dentelures. Ce caractère se retrouve dans les Gonorhynques et les Chanos, qui ont une bouche sans dents, comme les Cyprins, et \ 48 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. dont la diagnosc porte sur la grandeur de la membrane branchiostège en forme de bourse. La forme comprimée du corps des Ostéo- glossum et des Hyodon rappelle celle des Chi- rocentres; mais les deux cœcums de l'Ostéo- glossum et la ressemblance des autres viscères nous conduit vers les Mormyres, en même temps que la forme de la bouche et la grandeur des sous-orbitaires cuirassant la joue, rap- pellent les Érythrins. Les Mormyres constituent une petite famille séparée, qui se groupe cepen- dant à côté des Butirins; ceux-ci ont de grandes affinités avec les Élopes et les Mégalopes, qui ramènent à eux les Amia. Ces derniers mon- trent aussi quelles affinités existent entre eux et les érythrins. En retirant ces différentes pe- tites familles des clupéoïdes où elles avaient été placées, ceux-ci restent alors mieux circonscrits et deviennent de véritables familles naturelles. Le besoin de ces changements avait été senti déjà par quelques naturalistes , et celui qui avait développé avec le plus de savoir et de sagacité les raisons qui lui ont fait proposer certaines modifications à la classification des poissons, est M. Muller. J'en ai la preuve dans le beau et grand mémoire qu'il vient de publier sur la structure et les affinités des Ganoïdes; j'y trouve la confirmation de plu- FAMILLES INTERMÉDIAIRES. 149 sieurs particularités anatomiques importantes que j'ai observées de mon côté; au fur et à mesure je préparais l'ensemble du travail que je vais publier. Je ne crois pas cependant que les légers changements qu'il a faits, ren- dent ces familles assez nettement limitées. J'essayerai de le prouver par les discussions dans lesquelles je suis entré à chaque article et qui ne seraient que des répétitions inutiles. Je me contenterai de faire remarquer ici que plusieurs des familles , en apparence si peu nombreuses, dont je vais présenter succes- sivement les caractères et l'histoire, sont des t^pes ou des représentants de ces grandes fa- milles de poissons fossiles que M. Agassiz a su reconstruire avec tant d'habileté. Ainsi par- mi les poissons fossiles tertiaires de Sheppy nous verrons reparaître des genres très-voisins des Chanos. Les Enchodus du célèbre pro- fesseur de Neufchatel prendront place auprès des Ghirocentres. Nous en aurons plusieurs autres à citer auprès des Érythrins. Ces familles perdues combleront, dans beaucoup de cas, les vides qui semblent rester entre les familles des poissons actuellement vivants, de même que ces petits groupes, auparavant confondus clans des familles trop considérables, viennent rapprocher de la nature vivante les nom- . breuses espèces du monde ancien. 450 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. CHAPITRE PREMIER. De la Famille et du Genre des Chiro- centres, et en particulier du Chirocen- tre dorar (Clupea Dorab , Forsk). La famille ou le genre des Chirocentres ne comprend qu'une seule espèce de poisson Tort commune dans la mer des Indes, mais difficile à placer dans nos méthodes ichthyo- logiques, parce que la diagnose caractéristique semble être le résultat dune réunion de ca- ractères empruntés à différentes familles de malacoptérygiens : ce sont des poissons à corps comprimé, allongé, à ventre tranchant, mais sans dentelures; dont la dorsale, reculée sur le dos de la queue , est opposée à l'anale ; dont les pectorales, pointues, ont dans leur aisselle un long stylet osseux et couvert d'écaillés; dont les ventrales sont excessivement petites : la gueule est armée de dents fortes et crochues; les deux mitoyennes de la mâchoire supérieure sont horizontales. Le bord de cette mâchoire est garni par de petits intermaxillaires soudés à des maxillaires dentés, qui eux-mêmes portent deux os supplémentaires; l'un est caché par le sous-orbitaire ; l'autre, implanté plus bas, dépasse le maxillaire et se porte sur les côtés de l'angle de la mâchoire , exactement CHAP. I. CHIROCENTRES. 4 51 comme dans un grand nombre de poissons; les palatins , les deux ptérygoïdiens, la langue, l'os hyoïde, les arceaux des branchies et les pharyngiens, ont des dents très-fines et très- courtes. Le canal intestinal est formé d'un estomac en sac conique et d'un intestin court, commençant sous l'œsophage, très-peu en ar- rière en diaphragme, et se dirigeant sans replis ni circonvolutions jusqu'à l'anus; les plis nom- breux de la muqueuse forment à l'intérieur une longue lame, contournée en spirale rap- prochée. La vessie aérienne, longue et étroite, communique avec l'estomac par un conduit pneumatique de largeur médiocre; l'intérieur de cet organe est divisé par de nombreuses cloisons ou petites lames transverses, qui n'oc- cupent de chaque côté que le tiers environ de la circonférence, de sorte qu'il y a en dedans, en dessus et en dessous une bandelette longi- tudinale de la paroi de la vessie restant tout à fait lisse. Nous comptons à la membrane branchiostège huit rayons. Telle est l'exposition résumée de l'organisation des chirocentres. En y réfléchissant, on se convainc aisément que ce poisson, par sa forme générale, par la gran- deur de ses dents , par la simplicité de son canal intestinal, et j'ajouterai même par la po- sition de la dorsale, a les plus grandes affinités I 62 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. avec les Brochets, surtout avec le genre des Stomias. Je n'aurais pas même hésité à l'en rapprocher, sans la structure singulière des mâchoires, qui ont, sans aucun doute, déter- miné M. Cuvier à classer le chiro centre dans la famille des Clupes; mais je dois faire ob- server que ce grand naturaliste s'est exagéré l'affinité de ces poissons, en disant que ceux du genre dont nous traitons, ont le bord de la mâchoire formé comme celui des harengs. Dans les chipes les intermaxillaires sont placés transversalement à l'extrémité du museau; les maxillaires se meuvent derrière ceux-ci par une articulation tout à fait libre. Il n'en est pas de même dans le chirocentre; les deux os dentés qui bordent la mâchoire sont unis si intime- ment, qu'ils se meuvent comme une seule pièce, on n'aperçoit leur séparation qu'après une ma- cération assez prolongée; l'os de l'angle est, au contraire, mobile, d'où il résulte, qu'au pre- mier aspect, la mâchoire ressemble bien plus à celle d'un brochet qu'à celle d'un hareng. Il faut analyser et disséquer avec soin la struc- ture de la mâchoire du chirocentre pour re- connaître qu'il n'appartient pas à la famille des brochets. Il s'en rapproche davantage que de celle des clupes, par la simplicité de son canal intestinal et par l'absence de dentelures au CHAP. I. CHIROCENTRES. 455 ventre. On pourrait dire que le chirocentre est aux brochets ce que le cyprinus cultratus et les espèces (Tables étrangers (que certains ichthyologistes réunissent avec M. Cuvier sous le nom de Pelecus) sont aux cyprins. En le considérant comme type d'une famille spéciale, je ne vois pas la nécessité de créer pour elle un nom particulier. Celui du seul genre qui la forme la désigne d'une manière assez nette. Nous ne savons dans quel genre Commerson aurait placé ce poisson : Forskal en fit une clupée ; M. de Lacépède, travaillant sur les matériaux de ces deux naturalistes, emprunta à Forskal son Clupea dorab, en même temps que, guidé parla vue du beau dessin de Com- merson, il reproduisit la même espèce sous le nom ôHÉsoce chirocentre. M. Cuvier prit cette épithète pour en faire un nom générique; mais il oublia , dans la diagnose de son genre , plu- sieurs traits importants qui eussent servi à le caractériser d'une manière plus nette. On va voir dans la description suivante, combien de particularités importantes avaient échappé à ce grand naturaliste. Le sabre ou sabran, comme l'appelait Commerson, a le corps allongé, et très -comprimé; l'épaisseur n'est que le tiers de la hauteur, qui est comprise huit fois dans la longueur totale ; le dos est arrondi, 154 LIVRÉ XX. MALACOPTÉRYGIENS. le ventre, depuis la gorge jusqu'à l'anus, devient si comprimé qu'il est même caréné ou tranchant ; il n'est pas dentelé en dessous, ce qui dépend de ce que le poisson manque de cette suite de pièces osseuses imbriquées, pliées en V, et à carène dure et pointue, qui caractérise d'une manière si remar- quable le ventre des clupes. La longueur de la tête y est six fois et demie; la mâchoire inférieure a des branches assez hautes, et dépasse de beaucoup la supérieure; celle-ci est comme tronquée à l'extrémité, et un petit lobule charnu triangulaire , qui s'avance entre les deux dents horizontales , est le seul rudiment de lèvre que Ton observe dans ce poisson. La mâchoire su- périeure est formée par de courts intermaxillaires triangulaires, fortement soudés à une seconde pièce arquée, constituant le bord extérieur de l'ouverture de la bouche : ce sont les maxillaires ; ils portent au dedans un second os, entièrement recouvert par la grande pièce du sous-orbitaire ; un troisième os , articulé avec celui-ci par une suture écailleuse, et avec la pièce dentée du maxillaire par une suture linéaire, se porte en arrière le long des branches de la mâchoire inférieure et dépasse de beaucoup la portion dentée du maxillaire. H y a donc ici un maxillaire denté et deux supplémentaires ; le second de ces os est mobile sur le premier, et la réunion du maxillaire denté avec l'intermaxillaire est telle, qu'il faut étudier cette organisation sur le squelette ; car, sur le poisson recouvert de sa peau, rien ne serait plus aisé que de considérer l'intermaxillaire et CHAP. I. CHIROCENTRES. 155 le maxillaire denté comme un seul os et de prendre pour maxillaire le talon mobile de cette arcade os- seuse. Les dents sont non moins remarquables que les os sur lesquels elles sont implantées; la mâchoire supérieure porte dans le milieu de chaque côté une dent conique horizontale ; à la base interne de celle- ci en est une courte, assez grosse, entièrement recou- verte par le lobule labial; puis on en compte cinq petites , et dont la dernière est un peu plus longue que les quatre précédentes : le maxillaire porte des dents coniques et pointues, dont on peut compter les seize premières , parce qu'elles sont écartées et distinctes; sur le reste du bord de l'os elles devien- nent tellement serrées et tellement petites qu'on ne peut plus les énumérer. Il n'y a point de dents sur le chevron du vomer; mais les palatins, qui sont courts et assez épais, portent en dedans d'une petite carène saillante , une rangée oblique de cinq à six petites dents coniques; en arrière de celles-ci il existe, sur le premier ptérygoïdien , un petit groupe oblong de dents fines, et il y a plusieurs rangées de très-fines scabro- sités sur la grande aile ptérygoidienne; le sphénoïde n'en a aucune. Toutes ces dents de la voûte palatine sont si petites, que je ne m'étonne pas qu'elles aient échappé à l'attention des naturalistes les plus exacts; car M. Cuvier dit positivement, dans le Règne animal, que les chirocentres n'ont de dents, ni aux palatins ni au vomer; ce qui n'est exact que pour ce dernier os. Les dents de la mâchoire inférieure sont remar- quables par leur grandeur ; il y en a sept à huit sur un seul rang : les deux premières sont petites, puis il 4 50 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. en vient une troisième, longue et en crochet, la qua- trième est un peu plus courte, la cinquième revient grande; les deux autres se raccourcissent: toutes ces dents sont triangulaires, comprimées et tranchantes comme des lancettes; elles rappellent évidemment les dents des brochets, et surtout celles du stomias. La langue est recouverte par le voile membraneux, épais et large de la mâchoire inférieure, de sorte que, dans l'état de repos, elle entre dessous, comme dans une sorte de gaîne ; en la retirant on voit sa surface héris- sée de petites dents en cardes: il y en a aussi sur l'os hyoïde et le long des râtelures des branchies. L'œil est tout à fait sous le haut de la joue; la conjonc- tive qui recouvre la cornée , s'épaissit en avant et en arrière et devient adipeuse; mais, comme elle ne se détache pas de la cornée transparente , on ne peut pas dire ici qu'il y ait une paupière semblable à celle que nous observons dans un grand nombre de pois- sons des familles suivantes, tels que les butirins, les mégalopes, et chez plusieurs autres poissons du groupe des clupéoides. Le sous-orbitaire se trouve composé de cinq pièces : le premier os, qui est au-dessous de la narine, est petit et placé sur le bord de l'intermaxillaire et du maxillaire réunis; le second sous-orbitaire est très-grand et forme une pièce mince comme une écaille , qui s'appuie sur le premier maxillaire supplémentaire. Le bord supérieur de cette seconde pièce sous-orbitaire est étroit et concave, il s'articule avec le sous-orbitaire précédent du côté de l'œil; l'angle est arrondi en une espèce de petite palette, de manière que ce bord postérieur CHAF. I. CHIROCENTRES. 4 57 a une profonde échancrure dans laquelle vient se pla- cer le troisième sous-orbitaire , qui est extrêmement petit ; le quatrième, au contraire, aussi mince que le second , forme une grande plaque triangulaire à bord supérieur concave, pour suivre le contour du cercle de l'orbite ; il s'e'tend sur le haut des muscles mo- teurs du préopercule, et il couvre ainsi la plus grande partie du haut de la joue; au-dessus de ce quatrième sous-orbitaire il en existe un cinquième, qui s'arti- cule avec la tubérosité postérieure du frontal. Le bord orbitaire de ces os est un peu caverneux au- dessous de l'œil ; nous voyons , comme dans les carpes et les brochets , un sourcillier qui s'élargit en avant en une petite palette à peu près quadrilatère, four- nissant de son angle postérieur un stylet osseux et courbe par lequel il s'attache au bord orbitaire du frontal. Le préopercule est haut et étroit , parce que le jugal et le lympanal sont ici assez larges; l'oper- cule est grand et mince; au-dessous de son articu- lation avec le mastoïdien l'on voit une profonde échancrure ; puis, en dessus l'os se prolonge en une languette coupée carrément, qui va rejoindre les surtemporaux. Le sous - opercule et l'interopercule sont minces et étroits ; la peau qui les réunit et qui passe par-deasus toutes ces pièces, est enduite d'un pigment argenté des plus brillant, ce qui ex- plique la couleur de toute cette partie de la tête. Les ouïes sont très-largement fendues , les deux branches de la mâchoire sont réunies sous l'isthme et embrassent ainsi la membrane branchiosiège et les rayons, qui restent entièrement cachés ; comme 158 LIVRE XX. MALÀCOPTÉRYGIENS. la membrane branchiale ne dépasse pas le sous-oper- cule, il n'existe pas de bord membraneux. Quant à la membrane elle-même, elle est remarquable dans ce poisson, attendu que la grosse branche hyoï- dienne qui les porte, a le bord inférieur sinueux; que trois rayons branchiostèges sont attachés en avant de la sinuosité rentrante ; qu'un quatrième vient s'insérer dans le fond de la sinuosité , et qu'ensuite, quatre rayons minces, comprimés, et semblables par leur forme à l'interopercule, vien- nent se coller les uns contre les autres ; il résulte de là, que les rayons sont disposés en deux paquets, et qu'une échancrure du bord de la membrane marque cette division. Les branchies ont des peignes assez longs ; la première branchie a des râtelures prolongées ; les suivantes n'en ont que de très - courtes ; les pha- ryngiens ont des dents en cardes. On voit derrière l'opercule une assez large ceinture osseuse , formée par un surscapulaire et par un scapulaire assez grêles, et par un humerai qui descend en formant une espèce de bouclier ou de large plaque en partie écailleuse. En dessous de la gorge, des muscles épais, logés dans la gouttière de la ceinture numérale, se réunis- sent en une sorte de carène allongée, qui se continue avec le bord tranchant du ventre, sous le talon de l'huméral, et très -peu en arrière de l'opercule on remarque l'insertion de la pectorale : elle se fait obli- quement, de sorte que, lorsque les deux nageoires s'écartent du corps, elles deviennent horizontales, CHAI'. I. CHIROCENTRES. 159 mais qu'elles peuvent se coller contre le corps, de manière à ce que leur bord vienne suivre la carène du ventre. Dans l'aisselle de la pectorale nous voyons une longue pièce osseuse triangulaire, très-pointue, re- couverte d'une peau épaisse , qui elle-même est un peu écailleuse en dessous; plusieurs écailles viennent former le bord externe d'une gouttière, à l'extrémité de laquelle s'attache une plaque osseuse et fibreuse triangulaire , mais plus courte et moins pointue que la supérieure : ces deux parties sont les analogues de ce que nous observons chez les mégalopes et les butirins. Mais dans ces poissons les appendices de la nageoire sont simplement écailleux, et n'ont pas les stylets osseux qui sont propres aux chirocentres; il n'y a d'ailleurs rien de semblable dans l'aisselle des ventrales, ou du moins, si cela existe, elle est très- réduite, à cause de l'extrême petitesse des ventrales. On ne peut pas comparer cet os au styléal de l'appareil humerai, car celui-ci existe à sa place ordi- naire; c'est un os tout particulier aux chirocentres, et une de ces infractions si fréquentes aux lois de l'unité de composition. Le premier rayon de la pectorale est large, aplati, simple, mais articulé; les autres rayons sont branchus; la dorsale est reculée au deLà de l'anus, et répond par conséquent au commencement de l'anale ou au dernier tiers du tronc , en n'y comprenant pas la caudale; elle est courte, basse; son dernier rayon est très-peu prolongé. L'anale est aussi une nageoire basse, mais allongée, et dont la base est cachée dans 160 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. une rainure à lame écailleuse ; la caudale est pro- fondément fourchue, ses deux lobes me paraissent égaux. B. 8; D. 16; A. 33; C. 35; P. 14; V. 7. Le corps est recouvert de très-petites écailles , fort minces, caduques ; la ligne latérale est très-peu mar- quée. La couleur du poisson, conservé dans l'eau- de-vie, est bleu sur le dos, et argenté sur tout le reste du corps ; sur le poisson frais on voit une bande dorée, séparant le bleu vert d'eau de la région dor- sale du blanc, légèrement bleuâtre, des flancs et du ventre : les nageoires sont grises. Les ressemblances extérieures que nous avons saisies entre le chirocentre et le stomias, sont encore confirmées par l'examen anato- miques des viscères de notre poisson. Nous lui trouvons , en effet , un vaste estomac conique, ouvert au pharynx, et continué jusqu'au delà de la moitié de la longueur de la cavité abdominale ; vers le haut de l'œsophage, ou vers le dixième antérieur de la longueur du sac stomacal, s'ouvre en dessous le pylore sans aucun appendice cœcal, et qui se continue en un intestin simple qui se rend droit à l'anus, sans faire aucun repli ni circonvolution. En ouvrant l'intestin , on trouve une muqueuse très-remarquable par les replis excessi- vement nombreux et rapprochés, qui forment dans toute l'étendue du canal une suite de valvules con- niventes, ou plutôt une lame interne enroulée sur une spirale très-serrée; la valvule du pylore est plus CHAP. I. CHIROCENTRES. 161 saillante que les lames de la muqueuse : dans l'œso- phage et l'estomac il n'y a que des rides longitudinales. Le foie a un seul lobe comprimé, plus épais à gauche qu'à droite, creusé en gouttière en dessus pour recevoir l'œsophage et une portion du com- mencement de l'intestin. Je ne vois pas de vésicule du fiel , mais un grand canal cystique qui débouche un peu au-dessous du pylore. La rate est mince et oblongue, attachée entre l'in- testin et l'estomac , son extrémité antérieure étant tout près du pylore. Les organes génitaux étaient étroits et oblongs ; des épiploons graisseux, assez abondants, remplissaient le bas de la cavité abdomi- nale; la partie supérieure de celte cavité contient, comme à l'ordinaire , la vessie aérienne , qui est étroite et en fuseau très -pointu à chaque extrémité, mais qui occupe en longueur presque toute la cavité ab- dominale; car son extrémité antérieure répond à la troisième vertèbre, et la postérieure tout à fait aux dernières vertèbres abdominales. Cette vessie commu- nique avec l'estomac par un conduit pneumatophore, naissant en dessous vers le milieu de sa longueur, et qui se dirige en avant pour pénétrer par un petit trou entouré de plis vers le milieu de la longueur du grand sac de l'estomac. A travers la transparence des téguments de ses parois argentées on aperçoit des lignes transversales, ayant l'air de diviser la vessie en nombreux anneaux. Ces lignes répondent h des brides, ou demi-cloisons transversales de grandeur inégale, et qui divisent la vessie en un nombre con- sidérable de petites cellules intérieures. J'en compte 19. 11 1(>2 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. une centaine au moins dans la longueur de l'indi- vidu que j'ai disséqué, et entre ces grandes brides il y en a six ou huit plus petites , adhérentes au fond de la loge. Il faut avoir bien soin de remarquer que ces cloisons sont, en quelque sorte, disposées par paires, les unes à droite et les autres à gauche; car en dessus et en dessous il y a une bandelette longi- tudinale dépourvue de ces brides. C'est bien certaine- ment une des plus curieuses et des plus singulières vessies aériennes du poisson. Les reins sont des petits rubans oblongs attachés de chaque côté sur la ves- sie, mais qui se réunissent un peu avant l'anus en un lobe plus épais, qui embrasse l'extrémité postérieure de la vessie aérienne. J'ai trouvé dans l'estomac d'un de ces poissons une sardine qui avait été engloutie tout entière. Si , par l'absence de cœcums et par la simplicité du canal intestinal le chirocentre s'éloigne des chipes, il est évident qu'il s'en rapproche par la structure de son crâne, quoi- que cependant il y ait des différences fort sensibles et fort importantes. Sur un interpariétal très -petit, nous retrouvons une crête interpariétale assez élevée , formant sur les côtés du crâne des fosses profondes et étendues avec la crête pariétale qui est aussi très -haute. On voit sous celle-ci un trou oblong qui com- munique dans l'intérieur du crâne, et derrière lui une cavité assez profonde qui s'étend jusque sous les occipitaux supérieurs, mais qui ne s'ouvre pas CHAP. I. CHIROCENTRES. 463 dans la fosse cérébrale. On observe cette ouverture et cette cavité dans les dupées. L'occipital et le basi- laire ressemblent aussi à ceux des clupes ; on trouve de même sous le mastoïdien un rudiment de cette callosité arrondie qui répond à l'oreille des Aloses; la colonne vertébrale a aussi , par le grand nombre de ses vertèbres, de ses côtes et par leur finesse, de très - grandes ressemblances avec les clupes : ainsi , je compte soixante -douze vertèbres, dont les vingt- sept dernières sont les caudales ; il y a quarante- cinq paires de côtes, longues et grêles, dont la tête donne, en s'articulant avec les vertèbres correspon- dantes, une assez longue et grêle apophyse hori- zontale dirigée en arrière ; disposition qui rappelle tout à fait les côtes des harengs ou des aloses ; mais dans ces genres le nombre de ces apophyses ho- rizontales est double: on voit, en outre, des arêtes articulées sur chaque vertèbre lorsque les côtes ces- sent d'exister ou de porter ces apophyses. En décrivant l'intérieur de la ceinture humérale, j'ai fait connaître ce que l'on voit de la forme exté- rieure de l'os de ce nom. Sur le squelette on aperçoit qu'il se prolonge en avant , et se plie en dépassant la lame mince, mais très-large et très-haute, qui forme le cubital, lequel donne une longue apophyse sty- loïde et forte, qui monte à la face interne de l'huméral et s'articule avec lui. Le radial n'est pas bien grand , mais il est plus épais; son trou ovale est large. Le chirocentre est un poisson répandu dans la mer des Indes, et il y occupe un assez grand espace. I 04 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. Il doit être très-commun sur la côte de Coromandel et sur celle de Malabar, à en juger par le grand nombre d'individus que MM. Sonnerat, Leschenault, Reynaud, Bélan- ger, et surtout M. Dussumier en ont rapporté au Jardin des plantes : ce même naturaliste s'en est procuré de beaux exemplaires de l'Ile- de-France , et MM. Lesson et Garnot l'ont pris à l'île Bourou, dans les Moluques : les Malais l'appelaient Ikan-Dentobou. MM. Quoy et Gaimard l'ont trouvé à la Nouvelle - Guinée ; M. Rousseau , l'un des aides -naturalistes du Muséum, l'a péché sur la côte de Zanzibar et à Mascate ; enfin, M. Botta l'a rapporté de la mer Rouge. Moi-même j'en ai obtenu un in- dividu en fort bon état du Musée royal de Leyde, qui l'avait reçu de Java par MM. Kuhl et Van Hasselt. Nos plus grands individus ont deux pieds de long. Ils ne paraissent pas devenir beau- coup plus grands à l'Ile-de-France et à la côte de Coromandel, d'après les notes que M. Dussumier nous à communiquées. Mais je trouve, dans les manuscrits de M. Quoy, que le chirocentre atteint à la Nouvelle -Guinée jusqu'à douze pieds de long. Il faut rapporter à Commerson la connais- sance du chirocentre; il en a laissé parmi ses CHAP. I. CHIROCENTRES. 465 manuscrits un beau et grand dessin à la mine de plomb, dont M. de Lacépède a fait graver une réduction, et sur lequel il a établi son espèce de l'Ésoce chirocentre. Commerson l'appelle le sabre ou sabran. Ces noms écrits de la main de cet auteur doivent nous faire supposer qu'il l'avait observé à l'Ile- de-France : ce document étant resté inédit jusqu'à l'époque de la publication de M. de Lacépède, il en résulte que Forskal est le premier auteur qui ait publié une description exacte et détaillée de cette espèce, sous le nom de Clupea dorab , cette épithète, étant la dénomination arabe que les pêcheurs de Mo- hila lui donnent ; à Djedda, suivant le même auteur, les pêcheurs l'appelaient Lysan; nom qui doit être remarqué, parce que c'est celui de plusieurs scombéroïdes du. genre des Cho- rinèmes ou des Cybium, qui ont quelques res- semblances extérieures avec le Chirocentre. Gmelin introduisit le clupea dorab de Fors- kal , que M. de Lacépède n'hésita pas à repro- duire parmi ses clupes, sans songer qu'il venait d'inscrire , sur quelques pages plus haut du même volume, le même poisson sous le nom d'Ésoce chirocentre. Nous en trouvons aussi une assez bonne représentation dans Russel 1 : 1. Russel, Corom. fish. , n." 199. 1 ()G LIVRE XX. MALACOl'TÉRYGIENS. il le nomme Wahlah. Il faut dire cependant que l'auteur a eu un individu un peu altéré, et dont l'extrémité des côtes faisait saillie le long du ventre à travers les téguments ramollis, ce qui se rapporte tout à fait à la description qu'en a donnée Forskal, mais ce qui n'a pas lieu chez les individus en bon état. Si l'on ne faisait attention à cela , on pourrait croire que le ventre est dentelé. Nous avons aussi retrouvé une grande et belle figure de ce chirocentre parmi les des- sins de poissons péchés dans le détroit de Malacca, et qui nous ont été communiqués par le major Farquar : il l'appelle, en malais, Ikon Parang-Parang. L'affinité de ce nom avec celui de Parring, que Renard 1 a donné à l'une de ses figures, semblerait justifier le rapprochement que M. Guvier a fait de celle- ci avec notre chirocentre; cependant il faut ajouter que la figure de ce parring ou chnees me paraît ressembler à notre poisson beaucoup moins que celle d'un grand nombre de ces grossières figures. M. Ruppell ne fait que men- tionner cette espèce, pour justifier quelques légères inexactitudes dont il s'est aperçu chez les auteurs précédents; enfin, M. Richardson 1. Renard, Col. 8. n." 55. CHAP. I. CHIP.OCENTRES. 467 vient tout récemment de l'inscrire dans son travail sur les poissons des mers de Chine et de l'Inde, page 3i 1. M. Ehrenberg, qui a lait à Massawah une très-belle peinture, qu'il a bien voulu nous communiquer, nous a appris que les Arabes l'appellent Aasa- Mâcha. M. Rousseau m'a rapporté qu'il voyait venir les chirocentres se jeter avec une grande rapidité au milieu des bandes nombreuses des sardines de la côte de Mascate, qu'ils les dispersaient en les ef- frayant, et qu'ils en attrapaient toujours quel- ques-unes qui étaient bientôt englouties dans leur large gueule si bien armée : ils annoncent aussi leur présence en faisant de grands sauts au-dessus de l'eau. Comme ils sont très-bons à manger, les Arabes se livrent à leur pêche avec ardeur et assiduité. Ils les prennent dans de grandes seines ; plusieurs pêcheurs s'en- tendent entre eux en se faisant des signaux mutuels, soit de la côte, soit de leurs barques, pour rapprocher avec assez de promptitude leurs filets. M. Dussumier vante aussi le bon goût de la chair de ces poissons; mais Russel dit que, quoique les Wahlahs soient très- estimés par les Indiens de la côte de Vizaga- patam, ils ne paraissent jamais sur la table des Européens. Les compagnons de M. le capitaine 108 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. Duperrey disent, dans leurs notes, que la chair des individus pris à Bourou, était sèche. Il ne faut pas attacher une grande importance à cette différence dans la saveur des poissons; car on sait quelle varie beaucoup , suivant les saisons et par les différentes natures de la côte. CHAP. II. ALÉPOCÉPHALES. 1 G9 CHAPITRE IL Des Alépocéphales, et en particulier de X Alepocephalus rostratus, Risso. On doit à M. Risso, que i'Ichthyologie vient de perdre, la connaissance de ce poisson et l'établissement de ce genre très-fondé. Il l'a établi dès 1820 dans un mémoire lu à TAcadémie des sciences de Turin, et imprimé la même année dans le tome xxv du Recueil des mémoires de cette société savante. Les caractères qu'il a assignés à ce genre, ainsi que la description de l'espèce , laissent beaucoup à désirer: il n'a présenté aucune des particularités anatomiques si curieuses de la seule espèce connue dans ce genre \ et comme j'ai compté sur les deux seuls exemplaires que possède le Cabinet du Roi, les nombres des rayons des branchies, je n'hésite pas à dire que l'ichthyologiste de Nice s'est trompé en les portant à huit; il n'y en a que six. Dans la seconde édition du Règne animal, M. Cuvier a placé ce genre dans sa famille des brochets, quoique M. Risso ait cru devoir, dans son His- toire naturelle de Nice , le considérer comme appartenant à la famille des dupées. Celui-ci \ 70 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. s'est sans doute déterminé, à cause des nom- breux ccecums qu'il a fort justement indiqués dans cet ouvrage : il me paraît étonnant que l'illustre auteur du Règne animal n'ait pas tenu compte de l'indication de ce caractère , et qu'il ait placé ce poisson dans une famille à laquelle il donne dans la diagnose un canal intestinal sans appendices pyloriques. La plupart des ichthyologistes me parais- sent partager aujourd'hui l'opinion de M. Risso. Or, je ne saurais admettre l'existence de semblables affinités : le genre des Alépocé- phales est séparé de tous les autres ; il forme , comme la plupart de ceux dont je traite dans ce livre, un type de famille distinct et sé- paré : les maxillaires et les rapports de ces os avec l'intermaxillaire sont ceux de notre brochet. Comme dans l'alépocéphale le maxil- laire n'a aucunes dents, cette disposition des os de la face justifie pleinement les rapports saisis par M. Cuvier; c'est une nouvelle preuve de la sagacité de ce grand zoologiste, qui a assis son jugement sur l'inspection d'un des- sin que lui a communiqué M. Risso; car il n'a jamais étudié l'alépocéphale sur la nature. Une autre affinité, qui lie encore ce poisson aux brochets, se trouve dans la position re- lative de la dorsale au-dessus de l'anale. Mais CHA1\ II. ALÉPOCÉPHALES. \7\ examinons les autres caractères, de manière à ne pas nous appuyer sur un seul exclusive- ment à tous les autres, et alors nous verrons que ce poisson a un canal digestif, voisin de celui des clupéoïdes, et aussi de celui des Amia, à cause de la valvule en spirale du rectum, ou des chirocentres, qui en ont une dans toute la longueur du canal intestinal. Ces deux derniers genres n'ont point de ccecums; l'alépocéphale s'en éloigne par la présence d'un grand nombre. L'Amia et le Chirocentre ont une vessie aérienne remarquable : l'un , par ses petites cloisons internes; l'autre, par ses nom- breuses cellules. L'alépocéphale manque de cet organe. Les clupéoïdes, tels que je les entends maintenant, ont la carène du ventre dentelée, formée par une série de pièces osseuses, dont l'alépocéphale n'a pas le moindre vestige. On peut juger par ces comparaisons de l'ensemble des caractères de ce genre : un corps com- primé, arrondi sur le dos et sous le ventre; une tête longue et sans écailles ; une bouche, formée par de petits intermaxillaires courts, dentés; l'insertion des maxillaires en arrière de ceux-ci; point de dents sur ces os; une rangée de très-petites aux palatins et sur la mâchoire inférieure; la dorsale reculée sur le dos de la queue et opposée à l'anale ; un 1 72 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. estomac sans cul -de -sac; douze appendices pyloriques; un canal intestinal long et replié plusieurs fois sur lui-même; un rectum muni d'une valvule en spirale: point de vessie aé- rienne constituent l'ensemble de la diagnose générique. J'hésite à parler dans ce résumé général de la division que j'ai trouvée dans les organes génitaux. Nous ne connaissons qu'une espèce de ce genre que M. Risso a nommée Alépocéphale a bec. (Alepocephalus rostratus , Risso.) Ce poisson est remarquable par son corps trapu et court, par la longueur relative de sa tête, et par la brièveté de la queue, au delà des nageoires du dos et de l'anus. La longueur de la tête est comprise trois fois et deux tiers dans la longueur totale. La hauteur est égale à la distance du bout du museau au bord montant du limbe du préopercule, et est contenue cinq fois et deux tiers dans la longueur totale; l'épaisseur fait le tiers de la hauteur. L'œil est remarquablement grand; le diamètre mesure le tiers de la tête; le bord antérieur est éloigné du bout du museau du tiers du diamètre, et le diamètre entier comprend jusqu'à l'extrémité postérieure du maxillaire. L'intervalle entre les yeux est étroit, plus sur le devant qu'en arrière; à cet endroit la dislance CHAP. II. ALÉPOCÉPIIALES. 173 du bord d'un orbite à celui du côté opposé égale la moitié de l'intervalle d'une tempe ; le devant ou travers des narines, l'intervalle est la moitié de la partie mesurée à l'arrière de l'œil, et le museau va en rétrécissant jusqu'aux mâchoires. Le museau est pointu. Le dessus du crâne d'un individu conservé depuis longtemps dans l'alcool est cannelé, et quel- ques carènes sur l'arrière sont rugueuses et tuber- culeuses. On observe de ces carènes sur le sous- orbilaire. La fosse triangulaire, entre les os supérieurs du crâne, les maxillaires et l'orbite, contient les deux ouvertures de la narine rapprochées, et dont la pos- térieure est très- grande et tout près de l'œil; les sous - orbitaires sont étroits et longs. Comme les maxillaires et les branches de la mâchoire inférieure se prolongent assez loin , la bouche s'ouvre large- ment, quoiqu'il n'y ait pas cependant une grande mobilité des os des mâchoires. Les deux intermaxil- laires forment l'arc médian de la bouche par leur réunion ; les maxillaires , le reste du bord supérieur de la bouche, sans contribuer beaucoup à la fente de la bouche. La symphyse de la mâchoire inférieure est assez haute, l'angulaire très-élevé, et l'articulaire est si allongé que la branche de la mâchoire entière mesure tout près de la longueur de la tête. Les dents sont très -fines, sur un seul rang aux deux inter- maxillaires, à la mâchoire inférieure et sur les pala- tins. Les maxillaires, le vomer et la langue n'en portent aucune. Le préopercule est mince, a l'angle arrondi, le bord montant oblique en arrière. L'oper- cule est en triangle, mince, comme foliacé, strié à 'I 7 A LIVIU-; XX. MÂLAGOPTÈRYGIENS. sa surface. Il adhère à la tempe par un large bord, continue avec le bord membraneux et la membrane branchiostège, qui ne se cache pas sous l'appareil operculaire, et qui est étroite, quoique longue, ce qui rend la fente des ouïes très-grande. Je ne trouve que six rayons branchiostèges. Je les ai comptés sur deux individus que j'ai sous les yeux. M. Risso dit cependant qu'il y en a huit, mais il s'est trompé. M. Cuvier a répété ce nombre dans la seconde édition de son Règne animal , mais d'après les Mémoires de l'Académie de Turin. Les peignes des branchies sont courts , et les râtelures internes sont presque aussi longues. Les dents pharyngiennes sont en cardes très-fines. Le surscapulaire et le scapulaire sont minces et striés. Le premier de ces deux os est articulé longitudinalement sur le crâne; le second fait un angle presque droit avec celui-ci, de sorte que sa partie supérieure est visible au-dessus de l'opercule, tandis que la portion inférieure et le reste de l'arcade numérale, formée par les os de l'avant- bras, sont cachés sous le bord membraneux de l'ap- pareil operculaire. La pectorale est cependant arti- culée en arrière de l'ouïe. Elle est petite et pointue. La ventrale est insérée au milieu de l'intervalle qui sépare le bout du museau de l'attache des rayons de la caudale. La dorsale, reculée au-dessus de l'anale, est arrondie, celle-ci est coupée plus carrément: la base de ces deux nageoires est pédiculée et comme écailleuse; la caudale est fourchue. B. 6; D. 14; A. 8; G. 27; P. 11; V. 7. Je compte quarante rangées d'écaillés entre l'ouïe CHAP. II. ALÉPOCÉPHALES. 1 75 el la caudale; elles sont minces, presque membra- neuses; leur surface nue n'a aucune strie. La portion radicale est un rectangle oblong; il n'y a aucun rayon pour constituer l'éventail de la base ; de nom- breuses stries d'accroissement concentriques à un point placé près du bord sont seules visibles. Le bord radical est droit, sans aucunes crénelures. La tête du poisson est d'un bleu indigo si foncé qu'elle paraît noire. Une teinte bleu -clair s'étend surtout le corps, mais dans les parties dénudées et où les écailles ont été enlevées, on trouve la peau aussi foncée que celle qui recouvre la tête. Le bord des écailles seul est plus foncé. Les nageoires sont bru- nes, très -foncées. Dans l'alcool le bleu de la tête devient chocolat, et le corps et les écailles du corps paraissent brunes, moins foncées au centre que sur leur bord. L'anatomie de ce poisson offre des particularités aussi notables que les parties externes : on lui trouve un œsophage assez large, continué en un estomac courbe, mais sans cul-de-sac; la portion réfléchie analogue et la branche montante a des parois char- nues ; le pylore est rétréci, l'intestin commence tout près du diaphragme; il s'engage le long du bord inférieur du lobe droit du foie : à cette partie on compte facilement douze longs cœcums, dont la couleur blanche tranche sur le brun chocolat de l'estomac; l'intestin qui suit fait des circonvolutions courtes et nombreuses : on le voit d'abord descendre dans le côté droit pour se plier et passer en faisant une sinuosité dans l'hypocondre gauche, là re- \ 76 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. monter jusqu'à la pointe de l'estomac, se plier et descendre dans l'anse précédente, se recourber et remonter jusqu'auprès de l'estomac, revenir dans le côté gauche, descendre, en faisant des sinuosités, jusque vers l'origine du rectum, passer de nouveau dans le côté droit, se replier, revenir par une anse courte dans le côté gauche, remonter en restant sur la ligne médiane pour se plier au-dessus du pli précédent et se dilater alors pour fournir le rectum; intestin remarquable par la lame en spirale qui des- cend le long de ses parois, à peu près jusqu'à la moitié de sa longueur; la valvule de Bauhin est d'une telle épaisseur et d'une telle longueur, qu'elle fait saillie dans l'intérieur du rectum comme s'il y avait une invagination intestinale; la muqueuse de l'in- testin grêle est plissée longitudinalement. Le foie de ce poisson est petit; il se compose d'un lobe placé dans l'hypocondre droit le long de l'œso- phage; il. est tendu, pointu et ne dépasse pas la moi- tié de la longueur de l'estomac. Je vois au-dessus du canal digestif, et dans chaque hypocondre, un organe génital double, c'est-à-dire, une laitance composée de chaque côté de deux lobes tout à fait distincts; les deux supérieurs s'étendent depuis le pylore jusque vers l'origine du rectum; les deux autres aussi larges, aussi gros, occupent le reste de la cavité abdominale; les deux antérieurs communiquent ensemble par un canal déférent et comme attaché à la face interne du bord supérieur. Ce canal unique se détache de cet organe et des- cend entre les deux pointes de la laitance posté- CHAP. II. ALÉPOCÉPHALES. 177 rieure, et après l'avoir dépassée, se bifurque pour fournir un canal transversal court , mais qui se pro- longe ensuite le long du bord supérieur de chaque organe, se détache de la laitance, et se rend derrière le rectum pour s'ouvrir dans le cloaque : comme j'ai insufflé ces conduits, j'ai pu les voir avec la plus grande netteté. Je n'ai pas encore rencontré, dans les poissons , une semblable disposition. Il n'y a point de vessie natatoire, les reins sont gros et occupent toute la longueur de la cavité abdominale. Le péritoine est d'un brun chocolat foncé. L'un de nos exemplaires est long d'un pied, l'autre n'a que dix pouces; c'est à peu près la grandeur de celui qui a été décrit par M. Risso. Ils viennent de Nice, d'où ils ont été rapportés par M. Laurillard. La première figure publiée dans les mé- moires de l'Académie de Turin, est petite et très -peu caractérisée. M. Risso en a donné une nouvelle dans la seconde édition de l'Ich- thyologie de Nice : elle est meilleure , quoi- que la forme des nageoires impaires ne soit pas représentée avec toute l'exactitude désirable. M. Risso ne sait rien des habitudes de ces poissons, si ce n'est qu'ils vivent à plus de deux mille pieds de profondeur dans les gouffres de la cote de Nice. Il remarque que les écailles sont très -peu adhérentes; ce qu'il croit, un 19. 12 \ 78 LIVBE XX. MALACOPTÉRYGIENS. peu à tort, être un caractère de tous les pois- sons de fond très-bas. Il signale aussi la gran- deur des organes de la vue ; il ajoute , par inadvertance sans doute, que leur vessie na- tatoire est très-vaste. CHAP. III. CHANOS. 179 CHAPITRE III. Des Chanos et des Gonorhynques. On peut réunir dans un même chapitre et pour en former une petite famille, que j'ap- pellerai les Lutodeires, les deux genres des Chanos et des Gonorhynques. Us se rap- prochent, en effet, par la grandeur de leur membrane branchiostège qui enveloppe le dessous du cou. Ces deux genres n'ont point de dents ; leurs caractères particuliers seront les suivants. DES CHANOS, Lacépède. M. de Lacépède a employé comme nom d'un genre qu'il n'a connu que par les tra- vaux de Forskal , une dénomination vulgaire , latinisée par le savant élève de Linné. La de- scription de Forskal, courte et incomplète sur beaucoup de points, a laissé pendant long- temps les naturalistes incertains sur les rap- ports et sur les affinités du poisson, très-sin- gulièrement placé dans le genre des Muges. Il était, en effet, difficile de reconnaître ce que pouvait être ce Chanos à dorsale unique, associé à des espèces qui en ont deux. Lorsque '180 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. l'on n'a pas vu le poisson, il est encore plus difficile de se rendre raison de la seconde partie de la diagnose du voyageur danois : Pinna caudee utrinque bialata. Aussi, les auteurs systématiques, comme Gmelin et Bloch, ont-ils inscrit ce Mugilcha- nos sous le nom que lui avait donne Forskal; ou, si M. de Lacépède en fait un genre particu- lier, il le place auprès des muges, contrairement à toute affinité naturelle. Lorsque M. Cuvier écrivit la première édition du Règne animal, j il ne porta aucun jugement sur ces nombreuses et diverses espèces décrites d'une manière vague, et sur lesquelles il ne pouvait présenter j une opinion fondée. Par cette raison le genre des Chanos ne parut pas dans cet ouvrage; une simple note fit connaître que le savant illustre ne pouvait pas se prononcer sur les différentes espèces inscrites par Forskal dans le genre des Muges. Une autorité plus ancienne avait aussi parlé d'un poisson du même genre; car J. B. Forster en avait observé près de File de Tanna, l'une des Nouvelles Hébrides; et à cause d'une légère ressemblance de la bouche avec celle des muges, il laissa une description manuscrite du poisson qui fera le sujet d'un de nos articles, sous le nom de Mugil salmoneus. Elle a été reproduite par Schneider dans l'édi- CHÀP. III. CHANOS. 181 tion posthume de l'Ichthyologie de Bloch ; non -seulement les nombres des rayons de la membrane branchiostège, mais les autres prin- cipaux traits de l'organisation, sont présentés avec assez d'exactitude pour qu'il soit facile, quand on a étudié la nature, de reconnaître notre poisson dans la description de Forster. C'est ce que ne put faire M. Cuvier, parce qu'il n'avait pas encore vu de chanos. Il rap- porta à l'Élops la description du Mugil sal- moneus, en l'interprétant mal, d'après le dessin de George Forster tiré de la bibliothèque de Banks, et dont il jugeait par un calque un peu incertain, qu'il recevait d'Angleterre. An- térieurement à Forster les naturalistes avaient une représentation reconnaissable , quoique moins bonne , d'un de nos chanos indiens dans le recueil de Pienard 1 ; celui-ci la tirait des dessins manuscrits de l'amiral Corneille de Vlaming 2 . Gronovius 3 , qui a cité cette figure, l'a rapportée mal à propos à son Albula co- norhynchus , qui est un de nos Butirins; il gâtait par conséquent dès l'origine l'indivi- dualité de cette espèce par une synonymie erronée. M. Buppell , qui a vu les chanos 1. Renard, Poiss. d'Àmb. , fol. 34 , n.° i84> 1 754- 2. Vlaming, mss. , 1715. 3. Gronovius, Zooph., p. 102 , n." 327. 182 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. vivants dans la mer Rouge , jugea bien ce mugil salmoneus de Forster, en le rappro- chant du chanos de Forskal; mais comme le savant voyageur de Francfort ne se doutait pas alors qu'il existât plusieurs espèces de ce genre, il se prononça trop vite sur l'identité spécifique du poisson de la mer Rouge et de celui de l'Océan pacifique. Cet habile zoolo- giste reconnut aussi que le poisson, observé dans les mers de Java par MM. Ruhl et Van Hasselt, et désigné par le premier de ces na- turalistes sous le nom de Lutodeira, était du même genre que le poisson de Forskal. M. Cuvier n'a pas profité de ce travail dans la seconde édition du Règne animal, et je dois avouer que moi-même j'ai négligé d'y donner toute l'attention que méritent les tra- vaux zoologiques de M. Ruppell, de sorte que j'ai reproduit les erreurs du Règne animal dans les généralités de la famille des mugi- loïdes. Je n'avais pas encore décrit avec détail, à l'époque où j'écrivais sur les muges, l'orga- nisation intérieure des Chanos, et préoccupé seulement des caractères de la forme exté- rieure et de l'absence de dents aux mâchoires, je croyais que ce poisson prendrait rang dans la grande famille des cyprins, que je ne limi- tais pas avec autant de rigueur que je le fais CHAP. III. CHANOS. 4 83 maintenant. M. Ruppell, en reconnaissant avec netteté le mugil chanos de Forskal, n'a pas voulu adopter comme nom générique celui consacré par M. de Lacépède, et il a préféré celui que M. Kuhl créait à Java , pour ex- primer la grandeur et la liberté de la fente branchiale étendue au-dessous du cou et paraissant laisser cette partie de l'animal plus libre qu'elle ne l'est ordinairement dans les autres poissons. Cette liberté n'est cependant qu'apparente ; car le haut de la membrane branchiostège adhère avec la peau qui passe sur l'extrémité postérieure de l'hyoïde. Rus- sel avait donné, peu de temps après Forskal, deux figures d'espèces de ce genre, dont l'une me paraît avoir été confondue à tort avec celle de la mer Rouge, et l'autre est certainement distincte de toutes les autres. Les ichthyologistes verront par cet exposé que le genre dont il s'agit ici, quoique mé- connu par la plupart des naturalistes systé- matiques , se compose d'espèces indiquées depuis longtemps dans différents ouvrages, et qu'elles n'ont été négligées que parce que ces auteurs avaient cru devoir les comparer toutes aux mugils. L'échancrure de la mâchoire supé- rieure et le petit tubercule de l'inférieure se rencontrent cependant fréquemment chez un 'I 84 LIVRE XX. MALACGPTÉRYGIENS. grand nombre de poissons de la famille des clupées. Les chanos ont, en effet, de l'affinité avec les clupéoïdes, mais sans leur appartenir* ils ont comme eux de nombreux cœcums autour du pylore; ils s'en distinguent d'une manière très-tranchée par leur abdomen arrondi, si nous ne réunissons dans la famille des clu- péoïdes que les genres dont les espèces ont le ventre dentelé et caréné. En étudiant leur forme générale, en tenant compte de leurs paupières épaisses et adipeuses, de leurs maxil- laires sans dents, des appendices écailleux de leurs pectorales et de leurs ventrales, on re- connaît qu'ils avoisinent les gonorhynques , et aussi les butirins. A la base de chaque lobe d'une caudale profondément fourchue, il existe une petite lamelle écailleuse qui se redresse horizontalement de chaque côté du corps en ces deux petites ailes signalées par Forskal et représentées par M. Ruppell. Aux caractères remarquables et saillants de la rondeur de leur ventre sans aucun os pour former une carène dentelée, ajoutons que le canal digestif, extrêmement allongé, replié nombre de fois sur lui-même, offre, dans son œsophage, un caractère qui a échappé à tous les naturalistes qui viennent de les étu- CHAP. III. CHANOS. 485 dier récemment : il consiste dans la présence d une lame en spirale garnissant l'intérieur de l'œsophage et dont l'insertion se fait remar- quer en dehors par une strie visible à l'ex- térieur des parois de l'intestin. L'anatomie fait aussi découvrir une cu- rieuse vessie aérienne double, comme celle des cyprins, communiquant aussi avec le canal digestif. Cette particularité semblerait justifier les premières analogies que j'avais cru devoir établir entre les chanos et la famille des cyprinoïdes, si nous ne voyions pas la nature reproduire cette organisation dans les érythrins et les macrodons. Les espèces de ce genre ont, d'après Russel et M. Dussumier , une chair délicate , ce qui les a fait nommer poissons de lait [MilkfisJi). MM. Quoy et Gaimard , qui ont observé une espèce de ce genre à Bourou, disent aussi que la chair est fort bonne, tendre et savoureuse. Les individus doivent devenir très-grands; car j'en ai vu au Musée de Leyde des exem- plaires longs de trois pieds quatre pouces. Il semblerait aussi, d'après une simple note que MM. Gray et Richardson ont insérée dans le catalogue des animaux rapportés de la Nou- velle-Zélande par Dieffenbach, que ce voya- geur aurait trouvé un poisson de cette espèce. I 80 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. II a été considéré comme appartenant à la famille des cyprinoïdes et nommé Leuciscus (Ptycholepis), Salmoneus. Ces naturalistes donnent, comme synonyme, le Mugil sal- moneus de George Forster, d'après la figure peinte de la bibliothèque de Banks, et auquel ils ajoutent, comme une synonymie douteuse, le Mugil lavaretoides de Solander. M. Lichtenstein, dans les notes dont il a enrichi la publication des descriptions de Jean Reinold Forster, fait observer que l'on ne connaît pas encore de cyprins dans le grand Océan , et que par conséquent les naturalistes anglais ont eu tort de citer ainsi le Mugil salmoneus de Forster. Mais cette objection perd toute sa force, puisque ces poissons sont d'une famille particulière et marine. Je crois d'ailleurs, d'après le peu de mots que je lis dans la description de Solander, que le mugil lavaretoides pourrait se rapporter tout aussi bien au butirin qu'au chanos, et, si je ne me trompe sur l'étymologie et la signi- fication que M. Richardson aura attachée au mot ptycholepis, je serais tenté de croire qu'il examinait les écailles d'un butirin et qu'il a comparé les rayons des écailles aux lamelles pliantes de l'éventail. x\près ces considérations générales, je vais passer à la description des espèces. CHAP. III. CHANOS. \ 87 Le Chanos arabique. (Chanos arabicas, Lacépède.) Je commence par l'espèce décrite par Fors- kal 1 , attendu que les explorations nombreuses que l'on fait maintenant avec tant de promp- titude sur la mer Rouge , la rendent une des plus faciles à se procurer. Les naturalistes peuvent aussi trouver un moyen de la recon- naître dans l'excellente figure qui en a été pu- bliée par M. Ruppell. 2 La forme générale du corps ressemble à celle d'un de nos ables; on peut la comparer par exemple à nos gardons. La queue, assez haute et courte, rend l'ensemble du corps un peu trapu : la hauteur du tronc, me- surée au devant de la dorsale, égale la longueur de la tête et est comprise quatre fois dans la distance du bout du museau à l'origine de la caudale; celle- ci prend le quart de la longueur totale. L'œil est couvert d'une espèce de paupière adi- peuse très-épaisse; son diamètre mesure à peu près le tiers de la longueur de la joue. Un assez grand sous-orbitaire, composé au moins de cinq pièces, cerne le cercle inférieur de l'orbite. Je trouve en- suite, sur les côtés de la joue, un préopercule 1. Forsk., Faun. arab., p. 74? ri- uo. 2. Ruppell,. Reise im nordl. Afr., p. 18, lab. V", fig. 1. 188 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. arrondi, un opercule convexe et formant une sorte de grande pièce trapézoïdale dont le bord posté- rieur est arqué; un sous -opercule en parallélo- gramme rectangulaire et allongé, borde et agrandit la surface operculaire; l'interopercule est étroit et oblong. Près de l'œil, et presque sur le front, sont les deux ouvertures de la narine; l'antérieure est très- petite, la postérieure est beaucoup plus visible. La bouche est fendue transversalement et à l'extrémité du museau comme celle des muges; le bord supé- rieur est formé des deux intermaxillaires, laissant entre eux une échancrure assez marquée, au point de leur réunion, puis les deux maxillaires complètent le bord de la bouche. Les branches de la mâchoire inférieure courtes, mais hautes vers l'angle, consti- tuent, vers la partie moyenne, deux espèces de petites palettes horizontales, au point de jonction desquelles se relève un petit tubercule correspondant à l'échancrure de la mâchoire supérieure : on ne voit à la bouche aucune espèce de dents. Elle rap- pelle sous tous les rapports la mâchoire des muges. Il n'y a pas non plus de dents, soit au palais, soit aux pharyngiens. L'isthme de la gorge est très- large. La membrane branchiostège qui s'y attache, comme dans les Butirins ou les Gonorhynques , est ici fort épaisse : elle forme une espèce de grande bourse qui embrasse en dessous tout l'appareil branchial ; mais qui laisse en arrière, le long des bords de l'opercule, une assez grande fente verticale. Les rayons bran- chiostèges sont larges, aplatis, et semblent placés CHAP. III. GHANOS. 189 à côté l'un de l'autre dans l'épaisseur de la membrane, mais sans se recouvrir mutuellement. Je compte quatre rayons branchiostèges. Toute la ceinture numérale se trouve aussi cachée par la membrane branchiostège ou par le bord mem- braneux de l'opercule, qui se continue avec elle. La pectorale, qui s'insère tout près du bord de l'oper- cule, est étroite et pointue: un appendice écailleux et très-pointu existe dans son aisselle, comme nous le verrons dans le gonorhynque. Les ventrales , in- sérées vers le milieu de la longueur du corps, la caudale non comprise, sont aussi petites et pointues; cependant le bord libre de la nageoire est coupé en croissant, parce que les rayons internes s'allongent un peu : il y a dans leur aisselle un très-long ap- pendice écailleux, et, un second en dessous, plus large, moins libre et moins pointu, forme une sorte de petit bassin triangulaire et écailleux, composé de deux pièces semblables attachées entre les deux na- geoires. La dorsale répond à peu près aux ventrales, cependant elle les dépasse un peu : la base est garnie de chaque côté de lames écailleuses, formant une espèce de coulisse, dans laquelle les rayons de la nageoire peuvent se cacher quand ils sont abaissés, les dernières écailles se détachent du tronc et s'élèvent le long du dernier rayon, qui est un peu prolongé. Il résulte de celte disposition et de l'allongement des rayons antérieurs, que le bord de la nageoire est profondément échancré ou concave. L'anale est courte, presque entièrement écailleuse. La caudale est très -profondément fourchue, car les rayons 190 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. mitoyens dépassent à peine les écailles du corps. A la base de chacun de ces lobes, il existe une petite lamelle cornée qui s'applique ou se redresse hori- zontalement sur les rayons de la nageoire ; les écailles qui s'avancent sur eux couvrent aussi un peu l'in- sertion de cette petite lame : il y a donc quatre lamelles disposées par paires de chaque côté de la queue. Forskal les avait déjà remarquées. B. 4; D. 13; A. 10; C. 31; P. 15; V. 11. La couleur est bleuâtre sur le dos, tout le reste du corps est brillant de reflets argentés et irisés très -vifs; les écailles sont de grandeur médiocre, striées longitudinalement à leur surface libre; la portion radicale n'offre que de très-fines stries con- centriques : je ne vois pas même de rayons à l'éven- tail. Nous en comptons soixante-quinze rangées entre l'ouïe et la caudale. La splanchnologie de ce poisson est curieuse à étudier; elle offre plusieurs particularités notables: en ouvrant l'abdomen, on est surtout frappé des replis nombreux de l'intestin. Pour les suivre, on détache un peu le mésentère, et après on trouve un peu vers la gauche de l'abdomen un œsophage à parois épaisses et charnues qui descend d'abord droit dans une longueur de quatorze lignes. On voit à l'extérieur des stries obliques et nombreuses qui correspondent à l'insertion d'une lame en spirale qui flotte dans l'intérieur. Je compte vingt tours de spire à cette valvule; les bords sont ciliés ou fran- gés de papilles libres dans l'intérieur de l'intestin; CHAP. III. CHANOS. 194 c'est une membrane spirale singulière, dont je n'ai vu aucun exemple dans l'économie des poissons; il ne faut pas la comparer à la valvule en spirale du gros intestin des raies ou des squales, car la simple inspection anatomique montre qu'elle n'est pas atta- chée de la même manière. Cet œsophage se dilate un peu en un canal cylindrique à parois plus minces que l'on peut considérer comme l'estomac. Il com- mence par se porter d'abord en travers pour gagner le côté droit, remonte vers le diaphragme en faisant quelques ondulations, puis redescend brusquement pour dépasser toujours en s'ondulant plus ou moins le premier pli de l'estomac; il se porte de nouveau vers le côté droit, ses parois s'épaississent et l'on trouve alors le pylore entouré d'une vingtaine au moins d'appendices cœcales souvent bifides, quel- quefois même trifîdes. L'intestin remonte dans le côté droit en passant au-dessus du foie jusqu'auprès du diaphragme; il redescend ensuite, repasse dans le côté gauche, dépasse le pylore, qui répond à peu près au tiers de la longueur de la cavité abdominale, l'intestin se replie ensuite et descend vers l'anus sans augmenter beaucoup de diamètre; dans toute son étendue il fait de fréquentes ondulations qui ex- pliquent comment il acquiert une longueur si con- sidérable, elle n'est pas moins de huit fois de la longueur totale. Le foie est très-petit , réduit à un seul lobe trian- gulaire et fort pointu , ayant une vésicule du fiel à parois blanches, fibreuses et solides, dont le canal cholédoque est assez long, puisqu'il va s'insérer en 492 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. arrière auprès du pylore. La rate est grosse et rem- plit l'anse formée par le premier pli de l'estomac contre l'œsophage. Les organes génitaux étaient tel- lement vides que je ne puis rien en dire. Ces viscères étaient enfermés dans une cavité tapissée d'un péri- toine mince et noir : un large repli de cette mem- brane sépare au-dessus une grande et curieuse vessie aérienne : ses parois sont des membranes excessi- vement minces. Elle est d'ailleurs divisée en deux parties par un étranglement tubulaire long de quel- ques lignes, l'antérieure ne mesure que le tiers de la seconde. Celle-ci est bilobée en avant ; chaque lobe est assez pointu et il est logé dans une cavité conique formée par un repli fibreux du péritoine; celte cavité est séparée de sa voisine par une cloi- son épaisse : elle s'avance jusque sous la base du crâne, de manière à s'étendre sous cette partie de la tête jusqu'auprès du chevron formé par la réunion des branchies supérieures ; mais j'ai plusieurs fois insufflé les lobes et je me suis assuré qu'ils ne sont point percés, et que la vessie ne peut avoir aucune communication avec quelque partie que ce soit de l'oreille. Le reste de l'extrémité postérieure de cette première vessie est arrondi. La seconde, plus étroite, se termine en une pointe conique vers l'anus. Elle donne de sa partie antérieure et inférieure un canal grêle qui va s'ouvrir dans l'estomac vers son premier pli. Les reins sont épais, d'un parenchyme noirâtre et paraissent réunis en un seul lobe; le péritoine, qui les enveloppe, est blanc, fibreux et devient par conséquent plus épais entre eux et la vessie aérienne. CHAP. III. CHAlVOS. 11)3 Je regrette de n'avoir pas pu faire l'ostéo- logie d'un poisson aussi curieux. Nous en avons de beaux individus longs de treize pouces, qui nous ont été apportés de la mer Rouge par M. Botta. Forskal l'a observé à Djeddah, où les Arabes le lui ont donné sous le nom de dnged, dé- nomination qui signifie raisin ou vin. Il est à remarquer que le nom grec de Chanos (%ôcvos), ou turc de Chani, employé pour épithète spé- cifique, est celui de la variété B, qui différait par la seule grandeur de V/inged. Je crains qu'il n'y ait eu, dans les manuscrits de Fors- kal , quelque confusion , dont son éditeur , Niebuhr, n'aura pas pu se rendre raison ; car le nom de Chani est celui de la plupart de nos percoïdes de la Méditerranée. M. Ruppell a inscrit notre poisson sous le nom de Lutodeira chanos avec des syno- nymes tirés de Forster, de Russel ou de Van Hasselt, qui se rapportent à d'autres espèces : il en a observé des individus à Mohilah ou à Djeddah qui avaient jusqu'à deux pieds et demi de longueur : il a écrit pour nom arabe Anged. M. Ehrenberg a aussi, de son côté, observé le Chanos à Djeddah , il nous en a communiqué un fort élégant dessin, et c'est lui qui m'a fait voir à Berlin les premiers chanos 19. i3 104 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGDENS. de la mer Rouge. Il en a donné un exem- plaire au Cabinet du Roi. Je les ai reconnus de suite pour être du genre des lutodeira de Kuhl que j'avais observés, quelques années auparavant, au Musée de Leyde. Le Chanos a menton noir. {Chanos mento , nob.) Nous avons reçu de l'Ile-de-France cinq exemplaires d'un Chanos, qui a le corps un peu plus raccourci et un peu plus haut que celui de la mer Rouge : la tête semblerait être un peu moins longue : ce sont d'ailleurs les mêmes nombres de rayons aux nageoires, les mêmes écailles, d'où il résulte que les espèces sont extrême- ment voisines. D. 13; A. 10, etc. La couleur est un peu plus plombée; les nageoires sont plus brunes ; et il y a une tache noire assez large sous la mâchoire inférieure. Je l'observe sur tous les cinq individus, ce qui me montre la constance de ce caractère et les différences avec l'espèce précédente. Je trouve en outre des distinctions anatomiques plus appréciables; car le foie est quadrilatère : l'intestin est beaucoup moins long, ses ondulations sont moins fréquentes , les ccecums paraissent plus courts : les épiploons de cette espèce contenaient une grande masse de graisse. Nos exemplaires ont six pouces de long; ils ont été envoyés par M. Julien Desjardins. CHAP. III. CHANOS. 195 Le Chanos a nageoires vertes. {Chanos chloropterus , nob.) C'est auprès de cette espèce qu'il faut placer celle dont Russel nous a laissé une bonne description et une figure caractérisée. Il met- tait avec doute ce poisson dans les cyprins : il lui donne un corps lancéolé, comprimé, couvert de petites écailles arrondies, ciliées et adhérentes ; une tête ovale, nue, à museau court, obtus, à bouche petite, à lèvres simples, à mâchoires sans dents et échan- gées; le palais et la langue sont lisses; la dorsale est falciforme; les pectorales, insérées au bas de la poitrine, sont pointues; l'anale est très-petite, coupée en croissant comme la dorsale; la caudale est pro- fondément fourchue. B. 4; D. 15; A. 9; C. 24; P. 15; V. 11. La couleur de la tête et celle des nageoires est un vert jaunâtre; les opercules et le tronc sont dorés. Ce poisson, long de neuf pouces, se nomme Tooleloo. Russel l'a reçu de Madepolam, où on le connaît sous le nom de Muge des mon- tagnes. On ne le trouve que dans la partie de la rivière où les eaux sont tout à fait douces 5 on ne le prend jamais dans l'eau saumâtre , ni par conséquent dans la mer. Cette observation se rapporte à celle faite aux 1% LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. Séchelles sur une autre espèce donnée par M. Dusumier. Les chanos sont donc des pois- sons habitant à la fois les eaux douces et marines. Celui-ci passe pour avoir une chair excellente , mais trop remplie d'arêtes. Russe! remarque d'ailleurs que la couleur a pu être altérée par l'action de l'esprit de vin dans le- quel on avait conservé l'individu sujet de sa description. Il observe déjà qu'il se distingue du caractère générique des cyprins par la pré- sence de ses quatre rayons branchiostèges. Le Chanos nuchal. (Chanos nuchalis , nob.) Russel donne aussi la figure d'un autre grand Chanos , qui me paraît se distinguer de tous les précédents par les grandes écailles qui couvrent sa nuque : elles sont disposées par lignes obliques et on en compte huit à neuf rangées : elles ne descendent pas au-dessous de la ligne latérale, puis viennent les écailles des flancs du dos et du ventre, imbriquées et rangées comme dans tous les autres poissons. Le corps est d'ailleurs lancéolé, comprimé et bril- lant; la tête, plus étroite que le tronc, est conique et nue; la bouche est petite, à lèvres minces, a mâchoire supérieure échancrée , avec une carène ou un tubercule correspondant sur l'inférieure; les CHAP. III. CHANOS. 497 membranes branchiales réunies sous la gorge , soute- nues par quatre rayons ; les pectorales et les ventrales ont de longues écailles pointues dans leur aisselle; la dorsale et l'anale sont coupées en croissant; la caudale est profondément fourchue. B. 4; D. 14; A. 9; C. 28; P. 16; V. 11. La couleur du dessus de la tête est verte, celle de la face et des opercules est nacrée ; le dos changeant en vert foncé glacé de bleu; la dorsale et la caudale sont de la même couleur que le dos ; les autres na- geoires sont blanchâtres : tout le dessous du corps est blanc et nacré. L'individu décrit par Russel avait dix-huit pouces. Les naturels le nomment Palah Bon- tah. On sert ce poisson fréquemment sur les tables des Anglais établis à Vizagapatam sous le nom de Milk-Mullet, quoique le docteur Russel le regarde comme infiniment inférieur pour le goût, au muge ordinaire de ces con- trées. M. Ruppell a cru que ces Palah Bontah sont de la même espèce que les Chanos de la mer Rouge. Le Chanos oriental. {Chanos orientalis , Lutodeira orientalis , Kuhl). M. Temminck a bien voulu donner pour le Cabinet du Roi un des exemplaires de l'espèce du Lutodeira orientalis, envoyée au Musée 198 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. de Leyde par MM. Kuhl et Van Hasselt. L'es- pèce se distingue de celle de la mer Rouge, parce qu'elle a le crâne un peu plus large et un peu plus creux entre les yeux; que le corps est aussi un peu plus ovale; les écailles me paraissent plus petites et plus lisses. Les nombres sont : D. 15; A. 10, eic. L'individu est long d'un pied; je pense qu'il faut rapporter à cette espèce la figure de l'amiral Corneille de Vlamming, publiée sous le nom de Dramdram ou Bantam. Le dos est bleu verdâtre; le ventre jaunâtre, ainsi que les nageoires. Nous voyons cette figure repro- duite dans Renard 1 . Nous avons déjà dit que Gronovius l'avait citée mal à propos sous son Albula conorhjnchus. Le Chanos cyprinelle. (Chanos cyprinella, nob.) Nous avons reçu des îles Sandwich une espèce voisine de la précédente ; elle s'en distingue parce que son corps est plus élevé, la hauteur n'étant que quatre fois et quelque chose dans la longueur totale; la tête paraît un peu plus courte; le dessus du crâne est aussi large et aussi concave; les écailles, un peu plus grandes, sont plus profon- dément striées. 1. Rcn. fol. 34, n.° i84- CHAP. III. GHANOS. 199 D. 15; A. 10, etc. La couleur est un argenté opalin , brillant comme de superbes perles. Ce poisson a tout à fait la forme d'un de nos gardons. Il a été pris par M. Eydoux au port d'Onorourou pendant l'expédition de la Bonite. L'individu est long de quatorze pouces. Le Chanos lubine. (Chanos luhina, nob.) Une nouvelle espèce, beaucoup plus dis- tincte de la première que la seconde, a été rapportée des environs de l'île Bourou par MM. Quoy et Gaimard lors de la première expédition de l'Astrolabe. Elle est surtout reconnaissable à la largeur de la tête : elle a d'ailleurs le corps trapu et semblable à celui de l'espèce de l'Ile-de-France. Après avoir signalé cette différence remarquable de la largeur du crâne , j'en trouve quelques-unes dans la forme des nageoires, mais elles sont moins sensibles. La dorsale me paraît plus pointue; elle est plus basse de l'arrière et son dernier rayon n'est pas prolongé; l'anale est plus longue, un peu plus haute, sa carène écailleuse plus arrondie; l'écaillé inférieure de l'ais- selle de la pectorale est plus large et plus pointue. Les nombres des rayons des nageoires sont diffé- rents. D. 19; A. 15: C 30; P. 15; V. 11. 200 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. Les écailles sont plus peliles et surtout à la région pectorale j'en compte environ quatre-vingt-dix dans la longueur. La couleur est argentée et à reflets plombés. Des différences anatomiques concourent avec les distinctions externes : ainsi, l'estomac est beaucoup plus long, très-étroit; la branche pylorique, plus grêle, mais beaucoup plus longue , est entourée de cœcums plus longs et plus nombreux. Il me paraît au contraire que la lame spirale de l'œsophage fait moins de tours , car je n'en trouve que treize. Les replis de l'intestin sont aussi multipliés ; le diamètre du canal digestif est d'ailleurs plus étroit; le foie pointu de l'arrière est large et presque quadrilatère en avant. La rate est beaucoup plus grosse. M. Quoy, qui a observé ce poisson à Bou- rou, en a vu des individus de deux pieds de long : celui qu'il a rapporté, et qui a servi à cette description , n'a pas tout à fait quinze pouces. Cette espèce est commune à Bourou : la chair du poisson est blanche, délicate et de bon goût. Depuis les recherches de ces naturalistes, M. Dussumier a trouvé notre poisson aux Séchelles et à l'Ile de France ; on l'y nomme dans les deux endroits Lubine^ on le prend à l'embouchure des rivières et dans les mares d'eau saumâtre. Les pêcheurs des Séchelles CHAP. III. CHÀNOS. 201 prétendent même qu'il ne quitte jamais les eaux douces. M. Dussumier en a vu des in- dividus longs de deux pieds. La couleur, quand ils étaient frais , était verdâtre sur le dos et sur les deux nageoires, dorsale et caudale. Le Chainos salmoné. (Chanos salmoneus , nob.; Mugil salmoneus, Forst.) Il faut certainement distinguer des espèces précédentes le poisson décrit par Forster, at- tendu que, d'après le dessin, le corps me paraît plus allongé et la tête plus courte que dans toutes les autres espèces; c'est d'ailleurs aussi ce que rne paraissent confirmer les paroles de Forster. Il dit de son poisson : que le corps est oblong, couvert d'écaillés rhomboïdales de gran- deur médiocre, peu adhérentes {facile deciduœ), que la tête est petite, un peu pointue, triangulaire, et sans écailles ; ce qu'il ajoute sur le museau , les mâchoires, leur échancrure, les lèvres et la pau- pière adipeuse, etc., convient à toutes les espèces de ce genre. Il décrit aussi d'une manière très -nette la membrane branchiostège, qui apparaît sous la gorge avec ses quatre rayons (membrana bran- chiostega quadriradiata , apparens, gularis). Les nombres sont un peu différents des espèces précé- dentes. B. 4; D. 15; A. 8; C. 28; P. 16; V. 10. La couleur est un argenté brillant avec le dos bleu 202 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. Forster prit ce poisson sur les bords de 1 ile de Tanna pendant la traversée , entre la Nouvelle-Calédonie et Norfolk; les indivi- dus étaient assez nombreux pour qu'on puisse les pêcher au filet, et ils cherchaient à s'évader, comme nos muges, par des sauts répétés et fréquents. DES GONORHYNQUES (Gonorhjnchus , Gronovius). On doit à Gronovius l'établissement du genre curieux et singulier dont nous possé- dons maintenant deux espèces. Le célèbre na- turaliste hollandais, n'ayant eu à sa disposition qu'un individu desséché, n'a pu en observer les caractères avec autant de soin qu'il l'aurait lui-même désiré : la figure publiée dans le Zoophylacion offre plusieurs inexactitudes ; et entre autres, le dessinateur n'a pas vu l'appendice attaché sous le bout du museau conique. Gmelin eut la malheureuse idée d'in- troduire ce poisson dans le Systema naturœ, en le plaçant parmi les cyprins sous le nom de Cjprinus gonorhjnchus. Bloch, dans son édition posthume, ne changea rien aux erreurs de Gmelin; il donna, tab. 78, fig. 1, une assez mauvaise copie de la figure peu exacte du Zoophylacion. Schneider fit observer que CHAP. III. GONORHYNQUES. 205 cette espèce ne lui paraissait pas bien placée parmi les cyprins, et qu'il la croyait appartenir plutôt au genre des Pcecilies, tel qu'il pouvait le concevoir d'après les matériaux fournis par le mauvais compilateur dont ce célèbre savant éditait l'ouvrage. M. Cuvier a rétabli, dès la première édi- tion du Règne animal, l'existence du genre Gonorhynque , d'après l'examen d'un petit individu qu'il ne disséqua pas. Se fondant uniquement sur l'absence de dents aux deux mâchoires, il en fît un genre de la famille des Cyprins. Si cet illustre zoologiste avait étudié avec plus d'attention les intestins de ce pois- son, il aurait vu les ccecums assez nombreux qui entourent le pylore, et alors il l'eût placé, sans aucun doute, dans une autre fa- mille de ses malacoptérygiens. Un autre carac- tère aurait dû aussi l'empêcher de mettre les Gonorhynques parmi les cyprinoïdes : en effet, le maxillaire concourt avec les interma- xillaires à former le bord supérieur de la bouche. Depuis la mort de M. Cuvier, les collec- tions ichthyologiques du Jardin du Roi ont reçu deux nouveaux gonorhynques; l'un, de l'espèce du Cap, l'autre, d'une espèce diffé- rente et originaire de la Nouvelle-Zélande. 204 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. Lorsque l'anatoniie de ces poissons m'a fail connaître la présence des cœcums, je n'ai pas hésité à retirer les gonorhynques du groupe des Cyprins; et à cause de l'absence de leurs dents, de la grandeur de la membrane bran- chiostège, des appendices écailleux des na- geoires paires et de leur forme générale, je ne doute pas de leurs affinités avec les Chanos et avec les Butirins. Les Gonorhynques ont la tète conique, terminée par un museau avancé au delà de la bouche et soutenu par un ethmoïde pro- longé en avant, ainsi que cela a lieu dans les Mormyres et les Butirins. La dorsale est insérée au-dessus des ventrales, un peu avant l'anale : sous ce rapport les Gonorhynques sembleraient se rapprocher des Cyprins; mais les Butirins, qui ont la dorsale encore plus avancée, peuvent très-bien retenir auprès d'eux les espèces du genre dont nous traitons main- tenant. En général, on doit très-aisément con- clure de cette discussion , que les genres dont nous nous occupons sont de ceux qui ne peu- vent entrer, ni dans la famille des Cyprins, ni dans celle des Brochets, ni dans celle des Clupes, quoique quelques-uns de leurs ca- ractères avoisinent séparément ceux des trois familles que je viens de citer. CHAI'. 01. G0N0RHYNQUES. 205 Le caractère des Gonorhynques consiste dans la forme allongée de leur corps, cou- vert d'écaillés depuis l'extrémité du museau jusque sur les nageoires impaires; la tête est prolongée en un museau conique, pointu, au-dessous duquel pend un barbillon charnu; la bouche, petite, ouverte en dessous, est gar- nie de lèvres épaisses, comme membraneuses, et ciliées : on peut croire qu'elle est destinée à sucer; les mâchoires, et toute la surface du palais, n'ont aucunes dents : il y en a de petites, rondes et en pavés à chaque pharyn- gien. La membrane branchiostège, formant sous la gorge un isthme très -large, ne laisse le long de l'opercule qu'une petite fente ver- ticale pour l'ouverture des ouïes : elle est soutenue par quatre rayons branchiostèges, je les ai comptés plusieurs fois. La dorsale est reculée sur le dos et au-dessus des ventrales; l'anale est petite , un long appendice écailleux se montre dans l'aisselle de la pectorale et de la ventrale ; les écailles sont très-petites, rudes au toucher, parce qu'elles sont hérissées chacune de neuf petites épines cornées. J'ai compté neuf appendices ccecales au pylore ; ils sont, comme tout le canal digestif, d'une couleur noire foncée très - remarquable : il n'y a pas de vessie aérienne. 20G LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. Tels sont les caractères génériques d'un genre de poissons établi, avec raison, dès 1^63 par Gronovius; mais que lui et ses successeurs ne rirent pas bien connaître, à cause du mauvais état de conservation des individus soumis à leur examen. Tout récemment, un des plus habiles ichthyologistes de notre époque, M. Richardson, qui a été chargé de publier les matériaux des observations et des collections ichthyologiques faites à bord des vaisseaux de S. M. britannique, XErebus et le Terror, sous les ordres du célèbre capitaine sir James Clark Ross, vient de donner, dans la septième livrai- son de cet ouvrage , la description et la figure de l'espèce de la Nouvelle - Zélande , mais sans y reconnaître le genre dont il s'agit ici. Cet ichthyologiste, croyant qu'il devait faire entrer ces poissons parmi les Cyprins , les considéra comme d'un genre nouveau, qu'il nomma Rynchœna, à cause de la saillie du museau. Ce nom ne sera point conservé; mais j'ai eu soin de garder la dédicace qu'il a faite de l'espèce de la Nouvelle-Zélande à Son Excellence le capitaine George Grey, gouver- neur de l'Australie occidentale, et qui a mé- rité la reconnaissance des naturalistes, a cause des facilités d'exploration qu'il leur a fournies dans ces pays. CHAP. III. G0N0RHYNQUES. 207 Il faut toutefois faire remarquer que Forster, ce savant naturaliste de la célèbre expédition de Cook, avait connu le gonorhynque de la Nouvelle-Zélande au détroit de la princesse Charlotte ; il en a laissé un dessin, auquel ne se rapporte cependant aucune description dans ses manuscrits. Le Gonorhynque de Gronovius. {Gonorhynchiis Gronovii, nob.) est un poisson à corps cylindrique et allongé, un peu comprime vers la queue au delà de l'anale. L'épaisseur est égale à la hauteur du tronc et comprise quatorze fois dans la longueur totale : la tête est étroite et conique; elle est longue, et n'est contenue que cinq fois dans la distance entre le bout du museau et la base de la caudale, ou cinq fois et demie dans la longueur totale. Elle a le museau très -pointu, on peut le considérer comme le sommet d'une pyramide à quatre pans , car les arêtes qui les séparent , quoique mousses et arrondies, sont cependant très-visibles, et les quatre côtés de la tête, à peu près égaux, sont légèrement convexes. L'œil est placé sur le haut de la joue, de manière à ce que le cercle de l'orbite touche à la ligne du profil plutôt qu'il ne l'entame; le diamètre est compris cinq fois dans la longueur de la tête, et il y a deux diamètres entre le bout du museau et le bord de l'orbite. L'extrémité de la lèvre supérieure répond à la moitié de la longueur 208 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. de cet intervalle : celte bouche est petite, fendue en dessous : le bord supérieur est formé dans la partie mitoyenne par de très-courts intermaxillaires et sur les côtés par le talon des maxillaires. La mâchoire inférieure a des branches assez longues : l'articula- tion répond au milieu de l'œil; la lèvre supérieure est assez épaisse et ses bords sont frangés ; l'infé- rieure est beaucoup plus large, bilobée, et sa surface est couverte de papilles assez fortes : il n'y a d'ail- leurs aucunes dents, soit aux mâchoires, soit au palais, soit à la langue. Toute la muqueuse de l'in- térieur de la bouche est très -fine, d'une couleur brune assez prononcée : cette muqueuse est d'ailleurs très -remarquable par les larges replis membraneux que l'on voit flotter sur sa surface au-devant des pharyngiens. Je trouve aussi au chevron du vomer un long appendice, en forme de tentacule, flottant dans l'intérieur de la bouche. Les pharyngiens su- périeurs se montrent comme deux petites plaques elliptiques qui se dessinent d'une manière tranchée par leur couleur jaunâtre sur le fond rembruni du palais. Ces pharyngiens sont garnis de petites dents rondes et grenues, serrées les unes contre les autres. Tout près de l'extrémité du museau il y a un barbillon conique dont la pointe atteint au bord de la lèvre supérieure. Sur les côtés du museau et entre l'insertion du barbillon et l'ouverture de la bouche, on trouve les deux ouvertures rapprochées de la narine, l'antérieure est une fente longitudinale et l'inférieure est un simple petit trou rond. Sous la peau très-épaisse et écailleuse qui recouvre toute CHAP. III. GONORHYNQUES. 209 la tête on ne peut apercevoir ni le sous-orbitaire , ni les pièces de l'appareil operculaire : la fente des ouïes est petite et verticale. En dessous, l'isthme de la gorge est assez large et la membrane branchios- tège est épaisse et écailleuse. On y trouve, avec l'aide du scalpel, quatre rayons grêles. Je me suis assuré plusieurs fois de ce nombre sur les différents exem- plaires de l'espèce du Cap et sur celui de la Nou- velle-Zélande. J'ai répété ces vérifications, parce que Gronovius, puis M. Cuvier, qui n'a peut-être fait que le copier, et tout récemment M. le docteur Richardson, n'en ont compté que trois. Les bran- chies ont leurs peignes courts et serrés; les deux externes sont plus petits et reculés vers le fond de la gorge. Il faut un peu d'attention pour s'assurer de l'existence des quatre feuillets; les râtelures sont si courtes, que c'est à peine s'il y en existe. La pec- torale est étroite et pointue; on trouve dans son aisselle un appendice écailleux assez long, car il égale presque la moitié de la longueur de la na- geoire. Les ventrales sont reculées vers les deux tiers du corps; elles sont un peu plus courtes que les pectorales, et elles ont, comme celles-ci, un appendice écailleux qui a la même longueur pro- portionnelle ; la dorsale répond aux nageoires ab- dominales. L'anale est au milieu de l'intervalle entre les ventrales et l'extrémité de la queue, la caudale est légèrement échancrée. B. 4; D. 11; A. 10; C. 19; P. 11; V. 9. Ces nombres s'accordent à peu près avec ceux de Gronovius. Nous sommes très -sûrs de l'exactitude 19. i4 210 LIVRE III. MALÀCOPTÉRYGIENS. de ceux que nous indiquons. Les écailles sont ex- cessivement petites et très- nombreuses, car nous en comptons cent quatre-vingts rangées entre l'ouie et la caudale; mais, comme nous l'avons déjà dit, il y en a jusque sur le bout du museau, et il y en a aussi sur la base des rayons des nageoires paires ; ces écailles sont âpres et rudes au toucher. Une d'elles, isolée, se montre oblongue ; le sommet de l'éventail est très-rapproché du bord libre et par conséquent très-excentrique, et je compte dix rayons très-longs à l'éventail. Vue à un fort grossissement , on aperçoit sur la base de la portion libre neuf épines assez grosses, une impaire sur la ligne mi- toyenne et quatre de chaque côté, qui vont en dé- croissant à mesure qu'elles s'approchent du bord. La ligne latérale est fine, mais bien marquée et va, comme à l'ordinaire, de l'angle supérieur de l'ouïe à l'extrémité, par le milieu du tronçon de la queue. La couleur est un brun roussâtre, plus foncé au-dessus de la ligne latérale et devenant argenté au- dessous. Je vois une tache noire sur la dorsale, l'anale, les deux lobes de la caudale et sur les ventrales; mais il n'y en a point de traces sur les pectorales. La couleur noire de la muqueuse de la bouche se continue d'une manière très -remarquable dans toute la longueur du canal digestif; ainsi l'estomac, sa branche montante, les neuf appendices ccecales et tout l'intestin sont d'un noir profond. Des neuf cœcums, l'externe et l'interne sont beaucoup plus longs que les mitoyens. L'intestin se rend droit à l'anus sans aucune circonvolution. Le foie esb cylin- CHAP. III. GONORHYiXQUES. 214 drique, réduit à un seul lobe dans le côté droit; les organes génitaux sont très - courts , car ils dé- passent à peine la pointe de l'estomac; leurs con- duits excréteurs sont donc très-prolongés. Il n'y a point de vessie natatoire. Le péritoine est très-mince, rosé, avec des reflets argentés. En soulevant la peau de la joue, j'ai trouvé un préopercule assez large, arrondi ; un opercule uni à un sous-opercule mem- braneux et formant aussi une assez large pièce mince comme une écaille; l'interopercule est allongé, ar- qué, mince : on doit faire attention, en comptant les quatre rayons branchiostèges, de ne pas le confondre avec eux. Je n'ai pas d'ailleurs de squelette de cette espèce, mais je compte qu'il y a au moins quarante- quatre vertèbres abdominales. Le Cabinet du Roi possède trois exem- plaires de cette espèce : l'un d'eux vient positi- vement de la rade du cap de Bonne-Espérance; car il y a été péché par feu M. Delalande. Cet individu , bien conservé , est long de huit pouces. Un autre, plus petit, car il n'a guère que quatre pouces et demi, est en moins bon état. Il a été acheté en Hollande par M. Cuvier, qui l'a donné à la collection du Mu- séum d'histoire naturelle. Enfin , le troisième, long de sept pouces, a été déposé au Muséum par M. Nivoy, à son retour de l'île Bourbon. Il y a tout lieu de présumer que ces deux derniers exemplaires viennent aussi du Cap. 242 LIVRE III. MALAC0PTÉUYG1ENS. Il n'y a pas à douter que ce ne soit ici le Gonorhynque de Gronovius , à cause de la longueur du museau, et aussi à cause de son origine. Nous avons donc dû commencer par décrire la première et la plus ancienne espèce connue de ce genre ; puisque la suivante, dont nous allons parler, n'a été observée par Forster que dans l'expédition de 1769. Le Gonorhynque de Grey. (fionorhynchus Greyi; Rjnchœna Greyi, Richards.) En avançant vers le pôle austral, nous trou- vons une seconde espèce de ce genre. La forme générale du corps est la même, la hau- teur n'est cependant contenue que treize fois dans la longueur totale. Ce gonorhynque est donc un peu plus trapu. La tête est plus courte, car elle est cinq fois et deux tiers dans la longueur totale du poisson. L'œil est plus grand, il n'est compris que quatre fois et quelque chose dans la longueur de la tête; le museau est plus court. Les nageoires paires, et surtout les pectorales, sont plus longues. A l'excep- tion des nombres des rayons de l'anale, ceux des autres nageoires sont les mêmes que dans l'espèce précédente. B. 4; D. 11; A. 8; C. 19; P. 11; V. 9. Je compte à peu près le même nombre de ran- gées d'écaillés entre l'ouïe et la caudale : il y en a cent quatre-vingt-dix, et les écailles étudiées isolé- ment se montrent tout à fait semblables. Ses cou- CHAP. ni. GONORHYNQUES. 213 leurs sont aussi les mêmes sur le corps et sur les nageoires; la pectorale seule offre une différence, sa lace interne est tout à fait noire. L'individu est long d'un pied : il a été rap- porté de la Nouvelle-Zélande par les officiers de santé de la marine de service pendant l'expédition de M. le contre-amiral Dumont d'Urville. L'espèce est donc très-voisine de la précédente; on ne doit pas cependant hésiter à la distinguer, à cause des différences de proportions faciles à observer. Elle vient d'être représentée avec beaucoup d'exactitude, et décrite avec non moins de soins par M. le docteur Richardson , quoique nous différions de lui en quelques points : ainsi , cet habile zoologiste ne compte que trois rayons à la membrane branchiostège ; il dit qu'il y a environ cinq appendices ccecales : il laisse en doute l'existence de la vessie natatoire ; mais , malgré ces petites différences, il est impos- sible de douter de l'identité de son Rynchœna Greyi, qui n'est certainement autre qu'une seconde espèce du genre de Gronovius. Les individus ont la même taille que le nôtre: ils viennent de l'Australie occidentale, et ont été pris au Port-Nicholson du détroit de Cook a la Nouvelle-Zélande. 214 LIVRE XX. M\LAC0PTÊRYG1ENS. CHAPITRE IV. De la famille et du genre des Mormyres (Mormyrus, Linn.). La lecture de différents passages des œuvres de Linné, me fait croire que ce grand natu- raliste a eu connaissance des poissons dont il a fait le genre Mormyre, par les recherches de son élève, Frédéric Hasselquist : celui-ci publia, dans son Voyage en Palestine, une description très-détaillée de lune des espèces de mormyres à museau allongé , confondue avec d'autres plus tard sous le nom de Mor- myrus oxyrhynchus. Dans cette description , si détaillée et si exacte à tant d'égards, le voyageur parle de l'opercule comme étant composé d'une seule feuille irrégulière, ter- minée en dessous par un bord membraneux. Il mentionne aussi la membrane branchiostège nue , adhérente d'un côté à l'isthme de la gorge , et de l'autre au bord de l'opercule , et il la dit soutenue par un seul rayon : voilà ce que Hasselquist nous apprenait en 17^7. Mais ce voyageur avait probablement re- cueilli des notes sur deux autres espèces, qu'il avait communiquées à son célèbre maître, CHAP. IV. MORMYRES. 215 en lui envoyant peut-être aussi les poissons en nature : ces mormyres ont paru dans la dixième édition du Sjstema naturœ en 1758 sous le nom de Morm. cyprinoides pt Morm. anguilloides. En les publiant, Linr . commit plusieurs fautes; car en plaçant les Mormyres dans ses branchiostegi, il les considéra comme des poissons privés d'opercules , faute que le texte positif d'Hasselquist aurait dû lui éviter; secondement, il confondit avec une espèce, dont la dorsale n'a que vingt-six rayons, le Caschive d'Hasselquist , qui en a quatre-vingts. Linné ajouta encore à ces inexactitudes, dans le prodrome du second volume de la descrip- tion du Musée du prince Adolphe-Frédéric. Il refusa, dans cet ouvrage, à ces deux Mor- myres toute espèce de membrane branchio- stège. Dans la douzième édition, l'illustre auteur du Sjstema naturœ retira les Mormyres du groupe de ses poissons branchiostèges , pour les placer parmi les abdominaux à côté des dupées. Tout en continuant à méconnaître leur opercule, il leur accorde une membrane branchiostège soutenue par un seul rayon. Ces erreurs de Linné restèrent longtemps en ichthyologie : ainsi on les voit reproduites dans le Tableau élémentaire du Règne animal 21 (î LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. de Cuvier et dans l'Histoire naturelle des pois- sons de Lacépède. Ce n'est qu'après le retour de l'expédition d'Egypte que M. Geoffroy Saint- Hilaire rapporta un nombre assez considérable de mormyres pour qu'il pût s'assurer par la dissection, et de la composition de l'opercule, semblable à celui des autres poissons , et du nombre des rayons de la membrane bran- chiostège , et qu'il fit représenter ces organes dans les grandes et belles planches de l'ou- vrage d'Egypte. Sept à huit ans après Hasselquist, Forskal observait des mormyres dans le Nil; mais on n'a de lui qu'une simple note , qui se rapporte certainement à l'un des oxyrhynques, et sans aucune observation tendant à relever les er- reurs de Linné. Un peu avant M. Geoffroy, Sonnini avait visité l'Egypte. On trouve dans son ouvrage deux figures assez mauvaises, cependant re- connaissables de deux mormyres $ mais dans son texte aucune observation* pour rétablir ce que Linné avait laissé d'incomplet sur ces poissons. C'est donc à M. Geoffroy d'abord, et ensuite aux publications de M. Cuvier, dans la première édition du Règne animal, que l'on doit l'expression vraie des caractères de ces poissons. L'on verra cependant dans la suite CHAP. IV. MORMYRES. 24 7 de cette monographie que, si M. Geoffroy a contribué à en rétablir les caractères gé- nériques, il n'a pas déterminé avec une cri- tique assez judicieuse les espèces qu'il aurait pu trouver au moins indiquées d'une ma- nière reconnaissable dans les travaux de ses prédécesseurs. Ces observations s'appliquent aussi à la publication que M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a faite des riches matériaux que lui confiait son père , et qui étaient encore augmentés de ceux accumulés dans la collec- tion du Muséum d'histoire naturelle. Depuis que l'ichthyologie a fixé d'une manière plus spéciale l'attention des voyageurs et des na- turalistes, des hommes instruits et zélés ont rapporté en Europe une assez grande quantité de mormyres. M. Ruppell, entre autres, a com- mencé à les étudier avec soin. Il me paraît résulter de toutes ces re- cherches et de celles que je viens de faire, que les espèces de mormyres sont peut-être encore plus nombreuses dans le Nil et dans les autres fleuves de l'Afrique, que nous ne le croyons aujourd'hui; mais il en sera d'elles comme des différentes sortes de cyprins. Elles seront très-difficiles à distinguer les unes des autres ; elles se fondront entre elles par des nuances si difficiles à apprécier, que , pour 218 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. les déterminer, il faudra toujours un travail attentif et minutieux. Lorsque dans le genre des Ables, parmi les cyprinoïdes, on est parvenu à reconnaître les caractères, en apparence légers et de petite valeur assignés à chacun d'eux dans l'ordre de la nature, on ne tarde pas à reconnaître que cette haute et infinie puissance a cepen- dant tout combiné pour maintenir ces espèces en éloignant, soit l'époque du frai, soit en limitant le séjour des petits après leur nais- sance, et en leur donnant à tous une très- grande activité de développement pendant les premiers temps de leur vie. Les voyageurs qui étudieront les mormyres, découvriront, sans aucun doute , des caractères de détail sem- blables , mais que nous sommes dans l'impos- sibilité d'énumérer aujourd'hui. Nous pourrons encore faire un autre rappro- chement entre les mormyres et les différentes espèces d'ables : malgré que je sois en dis- sentiment avec plusieurs ichthyologistes dis- tingués de l'Europe, je n'ai pas hésité à con- sidérer les ables comme un genre unique , depuis les Brèmes jusqu'au Cyprinus cultratus. On pourrait aussi subdiviser les mormyres, si on les étudiait avec les idées de ces sa- vants naturalistes. En effet, rien ne paraîtrait CHAP. IV. MORMYRES. 219 plus naturel et plus nécessaire que de séparer génériquement le Mormyrus oxyrhynchus du Mormyrus bane. J'avoue que cela a été une des grandes préoccupations de mon esprit pendant que je faisais ce travail; mais la difficulté consiste à trouver, des caractères distinctifs. Nous voyons bien, en effet, plu- sieurs espèces de la forme des oxyrhynques remarquables par la dorsale étendue sur toute la longueur du dos et par le prolonge- ment de son museau , que je me garderai toujours de comparer à celui des mammi- fères fourmiliers, malgré l'autorité des noms illustres qui ont pensé à faire cette compa- raison. Si on en faisait un genre opposé à celui du Bané et des espèces voisines , qui ont toutes la bouche aussi reculée en arrière , que les oxyrhynques l'ont projetée en avant, on ne pourrait trouver de caractère générique que dans ces différences de forme. Entre ces deux extrêmes la nature reproduit tant de com- binaisons diverses avec les mêmes éléments, que l'on ne saurait où placer les espèces inter- médiaires : ainsi, nous voyons à côté des oxy- rhynques à longue dorsale le mormyre d'Has- selquist conserver sa dorsale étendue sur tout le dos, en prenant un museau qui se grossit et se raccourcit un peu. Cette structure de la tête 220 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. se conserve dans le morm. anguilloides , dont la dorsale se raccourcit. Cette espèce nous con- duit aux variétés de forme du morm. cypri- noides , et celle-ci nous amène vers le morm. bane. L'étude ostéologique du crâne de ces divers mormyres ne peut que confirmer dans cette opinion. Cet article était entièrement composé, lors- que j'ai eu connaissance du travail de M. Muller, sur la classe des poissons, dans son beau mémoire sur les ganoïdes. Il sépare les mormyres en deux genres : 1 .° les mormyres proprement dits, dans lequel il place le morm. cyprinoides, le morm. oxyrhynchus, le morm. dor salis et le morm. longipinnis, et qu'il ca- ractérise par une rangée de dents comprimées et écliancrées, tandis qu'il sépare, sous le nom de Mormyrops, les morm. anguilloides et morm. labiatus, qui ont les dents coniques. L'on verra que ces deux formes de dents se retrouvent à côté l'une de l'autre sur les mâ- choires d'un même individu. Je suis entré dans ce détail pour prouver à mes lecteurs que je me suis adressé la question de la division du genre des Mormyres, et que l'étude des es- pèces m'a démontré l'impossibilité d'y arriver. Il résulte donc de ces observations que les espèces de mormyres, malgré la variété de leur CHAP. IV. MORMYRES. 221 forme, ne constituent qu'un seul et même genre , dont les caractères sont les suivants : un corps plus ou moins allongé, couvert d'écaillés oblongues , qui méritent une attention toute particulière; elles sont en général plus petites sur le dos et sur la poitrine que sur la queue ; la tète entière , c'est-à-dire , non-seulement tous les os du crâne et de la face, mais encore les opercules et la membrane branchiostège, en- veloppée dans une peau épaisse muqueuse sans aucunes écailles et criblée d'un nombre consi- dérable de cryptes et de pores; une bouche petite, percée le plus souvent à l'extrémité du museau, mais quelquefois en dessous; les deux intermaxillaires réunis en une arcade com- mune, à pédicule fort court, se mouvant par un mouvement de bascule dans l'échancrure de l'ethmoïde; une mâchoire inférieure à bran- ches assez longues , mais presque entièrement cachées sous l'épaisseur de la peau; les inter- maxillaires et la mâchoire inférieure portant des dents; les maxillaires, peu mobiles, en- tièrement retirés sous la peau et tout à fait lisses : d'ailleurs la bouche, malgré sa petitesse, est assez bien armée, car les dents ont la couronne comprimée et échancrée et elles sont sur un seul rang; une plaque oblongue de dents pointues sur l'os lingual, correspondante 222 LIVRE XX. MâLACOPTÉRYGIENS. à une autre plaque de même forme attachée le long du vomer; les palatins et les pharyn- giens n'en ont d'aucune espèce; la langue est assez longue, charnue sur le devant, creusée en gouttière : c'est un des genres de poissons qui me paraît avoir la langue la plus libre. La peau, très - épaisse , étendue sur la tête et sur toutes ses parties, ne laisse derrière l'opercule et au-dessus de la pectorale qu'une fente linéaire presque verticale, peu longue, pour la sortie de l'eau qui a traversé les quatre feuillets branchiaux, absolument semblables à ceux des autres poissons. En soulevant cette peau on trouve un appareil operculaire com- posé comme celui des autres malacoptérygiens, c'est-à-dire, qu'un opercule et un préoper- cule assez grand cache un interopercule et un sous- opercule, petit et adhérent au bord interne : l'épaisseur de la langue est proba- blement cause de la largeur de l'isthme de la gorge. La membrane branchiostège, confon- due, comme cela a lieu dans tous les poissons à isthme large , avec la peau de la gorge , est soutenue par six rayons, dont les quatre pre- miers sont grêles et styloïdes , et les deux externes sont plus larges et comprimés en une lame un peu courbe, qui suit le contour de l'opercule. A ces caractères extérieurs nous CHAP. IV. MORMYRES. 223 ajouterons, que le canal alimentaire se com- pose d'un estomac court et globuleux, d'un intestin peu replié; qu'auprès du pylore il y a, du côté gauche, deux appendices cœcales; que le foie, réduit à une seule masse, située en travers au-dessous de l'œsophage , est mince et échancré du côté gauche, tandis qu'il est épais et presque quadrilatère au côté droit; la vésicule du fiel est petite et globuleuse au-dessus et vers la pointe de l'estomac, et entre elle et les appendices ccecales , j'ai vu très -distinctement dans le morm. caschive, une rate oblongue; mais je n'en ai vu qu'une seule. Les organes génitaux sont allongés et occupent presque toute la longueur de la partie supérieure de la cavité abdominale; ils sont pairs, comme dans tous les autres poissons ; mais il m'a paru que le plus sou- vent l'organe du côté gauche se développe et grossit beaucoup plus que celui de droite; au-dessus du repli d'un péritoine très-mince, on trouve une longue vessie natatoire pointue aux deux extrémités , et qui communique avec le canal digestif par un petit conduit pneumatique étroit et court , ouvert dans le haut de l'œsophage. Les reins sont oblongs et étendus tout le long des vertèbres abdo- minales. 224 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. Tous les mormyres sont remarquables par l'extrême abondance de graisse qui remplit leurs épiploons; il y en a quelquefois une telle quantité, qua l'ouverture de l'abdomen on n'aperçoit rien autre chose. J'ai essayé l'injection des artères de ces mor- myres; je n'ai rien trouvé de remarquable dans la disposition de ces vaisseaux, aucune ano- malie qui puisse m'expliquer ce que M. de Lacépède aurait extrait des notes envoyées d'Egypte relatives à un vaisseau sanguin régnant de chaque côté de la colonne vertébrale, ren- fermé entre deux muscles rouges et dont les contractions produiraient des pulsations dans le vaisseau sanguin. Il n'y a rien chez ces pois- sons qui m'ait paru différent de ce qu'on ob- serve généralement, quant à la couleur des muscles de la ligne latérale. En comparant l'ensemble de ces caractères à ceux des genres qui composent la famille des brochets, il n'est pas difficile de se con- vaincre que les mormyres constituent un genre qui ne peut entrer dans cette famille telle que nous l'avons considérée; la forme de leur crâne et la présence de leurs ccecums les en éloignent certainement. Ces organes semble- raient devoir les rapprocher de la famille des dupées; mais comme ils n'ont pas de dents CHAP. IV. MORMYRES. 225 aux maxillaires, ils ne peuvent non plus ap- partenir à ce groupe. Les plaques de dents observées par moi sur le vomer, et avant moi sur la langue, m'ont fait sentir l'affinité qui existe entre les mormyres que M. Cuvier laissait en dehors de ses clupéoïdes , et les butirins que cet illustre zoologiste y pla- çait, quoique ceux-ci n'aient pas de dents aux maxillaires : cette affinité reconnue, j'ai dû compléter ce que l'auteur du Règne ani- mal avait déjà indiqué dans son ouvrage, en disant qu'il plaçait à la suite de la famille des ésoces un genre qui en diffère peu, et qui donnera lieu probablement à une famille par- ticulière. En plaçant les Mormyres dans un groupe distinct et voisin des Butirins, on re- connaîtra que je ne suis pas ici copiste des naturalistes qui ont fait une famille sous le nom de Mormyridœ , ou une sous -famille sous celui de Mormyrii , qui se trouve pla- cée, par des affinités que je suis inhabile à saisir, entre les Echénéis et les Epinoches. M. Muller, dans ses Essais sur la classification des poissons, les établit entre les cyprinodons, qui ne sont pour moi que des cyprins, et les ésoces. Je ne fais aucune observation sur le rang que cet habile anatomiste leur assigne ; car ils sont bien dans le voisinage de leur 19. i5 22G LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. affinité naturelle. Ce sont des physostomes abdominaux, puisqu'ils ont une vessie nata- toire pourvue d'un canal aérien. J'ai dit plus haut, que les espèces de mor- myres étaient probablement plus abondantes dans le Nil que les descriptions des naturalistes ne sembleraient le faire croire. Nous savons maintenant que ce genre se trouve représenté par des espèces distinctes dans les grands fleuves de l'Afrique; nous en connaissons dans le Sénégal et dans la rivière Zaïre au Congo. Nous n'avons encore aucun exemple que les espèces de ce genre africain aient été obser- vées dans d'autres parties du monde. Tous les voyageurs s'accordent à regarder leur chair comme délicate. M. Geoffroy, qui a étudié avec beaucoup d'attention ces poissons , dit qu'ils se tiennent dans le fond du fleuve sur les fonds rocail- leux 5 ce qui rend leur pêche au filet assez difficile : il ajoute qu'ils sont nocturnes et très - craintifs ; ce n'est donc qu'avec grande peine que l'industrie de l'homme parvient à les attirer et à s'en emparer , et sans le prix assez élevé auquel ils se vendent en Egypte à cause de l'excellent goût de leur chair, per- sonne, dit-il, ne voudrait se livrer à une pêche qui donne toujours de faibles résultats et CHAP. IV. M0RMYRES. 227 qui exige à la fois beaucoup de précaution, d'adresse et de patience. M. Geoffroy assure qu'elle est faite au moyen de lignes armées de plusieurs hameçons amorcés avec des vers. Cette sorte de pêche paraît assez singulière; car on ne peut nier, que la petitesse de la bouche des mormyres et la forme de leurs dents, ne semblent s'opposer à mordre à l'hameçon; la pêche d'ailleurs est si peu profitable, que douze pêcheurs ne prennent communément dans une nuit qu'une trentaine d'individus. Le nom de Mormyrus, que Linné a assigné à ce genre, n'est certainement pas celui sous lequel les anciens désignaient ces poissons, bien qu'il soit incontestable qu'ils aient connu ces poissons du Nil. Ce que l'on retrouve dans Oppien ou dans Ovide , montre que le mormyrus était un poisson de mer, peint de couleurs assez variées. ' Après ces observations prélimimaires , pas- sons à la description détaillée des nombreuses espèces que j'ai sous les yeux. Le MORMYRE CASCHIVE. {Mormyrus caschwe, Hasselq.) Je commence la description des nombreuses 1. Voy. Cuv. et Val., Hisl. nat. des poiss. , t. VI, p. .">oo. 228 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. espèces de mormyres par celle qui a été dé- crite la première par Hasselquist. Ce savant élève de Linné en a laissé une description détaillée sous le nom de Caschwe : ce mot arabe est celui que les pécheurs du Nil don- nent à presque toutes les espèces. Ce poisson a le corps comprimé, plus aminci vers le dos que près du ventre, qui est un peu arrondi; l'épaisseur fait un peu moins du tiers de la plus grande hauteur du tronc, qu'il faut mesurer sous l'insertion du premier rayon de la dorsale. Cette hauteur est du quart de la longueur du corps , sans y comprendre la caudale. La ligne du profil supé- rieur descend par une courbe régulière et convexe depuis la dorsale jusqu'à l'extrémité du museau; il n'y a pas, sur le front et au-devant de l'œil, de dé- pression appréciable. A partir de la dorsale, la ligne du profil se porte vers l'extrémité du corps par une courbure convexe, très-peu sensible; une légère si- nuosité concave marque la queue; la ligne se redresse au delà, en suivant le bord de la caudale. La ligne du profil inférieur est légèrement convexe sous la mâchoire inférieure; elle s'abaisse au delà de la tête pour devenir concave jusqu'à l'anale, où cette ligne se redresse très -légèrement jusqu'à la caudale. Le museau est, par suite de cette disposition, incliné vers le bas; il forme une sorte de bec arrondi, un peu moins prolongé que dans les espèces suivantes; la lèvre inférieure dépasse un peu la supérieure. L'œil est petit, sur le haut de la joue, mais étant CHAP. IV. MORMYRES. 229 encore loin d'entamer la ligne du profil; car il y a encore au-dessus du bord de l'orbite une fois le diamètre de l'œil. Je compte au moins sept de ces diamètres dans la longueur de la joue. Le bord postérieur de l'or- bite répond à la moitié de cette longueur; au-devant de l'œil, à peu près à un diamètre de distance, se trouvent les narines; les deux ouvertures sont fort petites; l'antérieure est au-dessus de la postérieure, qui est en même temps reculée un peu obliquement. Le front et la nuque sont convexes ; la plus grande largeur entre les deux tempes surpasse de très -peu l'épaisseur du tronc. Sous la peau, épaisse et sans écailles, qui recouvre toute la tête, on n'aperçoit point de sous-orbitaire; mais on peut suivre le bord du préopercule et l'os du nez. Le dessous de la gorge ou l'isthme branchial est assez large, arrondi, mais tellement épais et uni à la peau, qui passe sur les opercules, que l'on ne peut distinguer la membrane branchiostège confondue avec les autres téguments généraux, et que l'on ne voit rien de rayons. Ces organes, ainsi que tout ce qui dépend de l'appareil operculaire, ne peuvent être vus et décrits qu'après une dissection. Quant à la fente de l'ouïe, elle est linéaire et en partie cachée sur le poisson frais par le bord membraneux de l'opercule. La bouche est très- petite, parce que l'ouverture est bordée supérieurement par de très -petits in- termaxillaires, seuls dentés; les maxillaires, cachés dans l'épaisseur du museau, sont sur les côtés de la joue et près de l'angle de la commissure; ces os ne 230 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. portent aucunes dents. La peau embrasse aussi les branches de la mâchoire inférieure, de manière à les cacher et à rendre l'ouverture de la bouche fort étroite; mais les branches s'articulent sur le préoper- cule à la hauteur de la narine ; elles sont , par con- séquent, assez longues pour que la bouche fût large et bien fendue, sans l'obstacle de la peau adipeuse qui les embrasse. La lèvre, et surtout l'inférieure, est assez épaisse. Les dents sont petites, peu nombreuses, mobiles sur la mâchoire; ces dents, comprimées, ont la couronne entaillée, de sorte que chaque dent porte deux petites pointes latérales : c'est la structure que nous avons déjà observée dans plusieurs autres poissons, et entre autres, dans le Spams crenidens, un des poissons les plus abondants à Suez. Les pala- tins n'ont aucunes dents; le vomer seul en porte un groupe, disposé sur une bandelette ovoïde, étroite et pointue en avant, se terminant un peu en pointe en arrière et n'occupant guère que la moitié de la longueur du palais. L'os lingual en porte aussi une bandelette plus étroite, et les dents me paraissent un peu plus pointues; elle répond à la plaque vo- mérienne. La muqueuse, qui recouvre toutes les parties, est garnie de nombreuses papilles; elle s'é- tend jusque sur les pharyngiens, entièrement éden- tés. La langue est assez libre en avant, charnue, creusée en gouttière et semblable à celle de plu- sieurs oiseaux palmipèdes. La ceinture numérale, entièrement cachée par le bord membraneux de l'opercule et par la peau qui passe au-dessus d'elle, ne se voit pas non plus assez à l'extérieur pour être CHAP. IV. MORMYRES. 251 décrite sans le secours du scalpel. La pectorale qui y est attachée s'écarte horizontalement de chaque côté du corps; l'aisselle est grande et sans écailles. Cette nageoire, d'ailleurs, peu pointue, est comprise huit fois dans la longueur totale; les ventrales sont attachées en avant de la moitié du corps ; elles sont petites : la dorsale commence au tiers de la longueur totale, et son étendue fait la moitié de cette même longueur; elle est basse et diminue très- peu à ses derniers rayons; l'anale, qui est courte, trapézoïdale, commence à la moitié de l'intervalle, entre le bord du préopercule et l'extrémité de la caudale. B. 6; D. 85; A. 19; C. 33; P. 14; V. 6. Le corps est couvert de petites écailles très-forte- ment enfoncées dans la peau. Nous en comptons cent soixante à cent «soixante-dix rangées entre l'ouïe et la caudale. La ligne latérale est assez fine, un peu concave; elle commence sur le haut du scapulaire et se rend à la caudale en suivant un tracé un peu concave. La couleur des poissons conservés dans l'eau-de-vie, est roussâtre sur le dos et argenté sous le ventre. D'après Hasselquist, on doit dire que le poisson frais a le dos glauque et le ventre d'une couleur de chair pâle. Le sommet de sa tête est d'une belle couleur dorée. Suivant M. Geoffroy, la base des nageoires est rouge. L'examen des viscères de ce poisson m'a montré un foie peu volumineux , composé d'un grand lobe plié sur lui-même, embrassant, comme à l'ordinaire, l'œsophage et même l'estomac dans sa gouttière 252 LIVI'.F. XX. MALACOPTÉRYGIENS. supérieure. La portion gauche du foie esl étroite et donne en arrière, et de sa partie supérieure, une pointe trièdre qui recouvre l'extrémité de la vessie natatoire. Vers le bas, le foie se porte un peu au- dessous de l'estomac, de manière à former une grande échancrure entre la pointe supérieure dont je viens de parler et le bord inférieur de l'estomac, et dans laquelle nous verrons tout à l'heure le pylore et ses dépendances. Le foie, dans l'hypocondre droit, est beaucoup plus large et recouvre presque en entier l'estomac. Ce viscère est arrondi et petit j sa pointe se porte peu au delà du foie et n'atteint guère qu'un quart de la longueur de la cavité abdominale. Deux gros faisceaux musculaires , revêtus d'une aponévrose , assez semblable par son épaisseur à un petit liga- ment, vont s'insérer sur la seconde ou la troisième vertèbre, et donnent un puissant soutien à l'estomac. Le pylore est vers le haut et du côté gauche. On trouve au commencement de l'intestin deux appen- dices cœcales, réunies par un épiploon graisseux, très-épais, qui les recouvre presque entièrement. Ces deux cœcums sont droits et se portent au delà de l'estomac. L'intestin, placé au-dessus des deux ap- pendices, descend le long de la vessie natatoire, sans atteindre tout à fait la moitié de la longueur de la cavité abdominale; là il se plie de manière à s'appuyer sur les parois inférieures, et à former une anse dans laquelle sont arrêtées les deux extrémités des cœcums. Avant d'avoir atteint l'estomac, l'in- testin se plie de nouveau pour descendre droit jusqu'à l'anus. La rate est étroite, assez longue, repliée sur CHAP. IV. IMORMYRES. 235 elle-même autour du second pli de l'intestin, et placée entre lui et l'estomac. Dans l'individu que j'ai dissé- qué , j'ai trouvé l'ovaire du côté gauche formant un tube assez long, rempli de très -petits œufs. Cette portion de l'organe génital était très -facile à ob- server; mais je ne puis mettre en doute qu'il n'y ait dans l'hypocondre droit un second sac ovarien, à la vérité moins développé. Je ne saurais dire si c'est une disposition organique, ou s'il ne pourrait pas arriver que cet ovaire droit ne vînt à une autre saison du frai se développer de préférence à celui du côté gauche. Quoi qu'il en soit, j'ai cru devoir insister sur cette duplicité de l'ovaire parce qu'on lit dans l'ouvrage de M. de Lacépède que les mormyres n'auraient qu'un seul ovaire. La vessie natatoire est simple, grande et étendue dans toule la longueur de la cavité abdominale. Ses deux extrémités sont pointues. Les reins, placés au- dessus d'elle, comme c'est l'ordinaire dans tous les poissons, forment deux bandelettes étroites. L'aorte m'a paru rester plus longtemps libre dans la partie antérieure de la cavité abdominale que dans les autres poissons; cependant, je ne présente cette observation qu'avec doute, parce qu'il faudrait la répéter sur des poissons frais. Quant au squelette, ce que j'en ai pu étudier sur ces individus m'a montré des frontaux se por- tant en avant de l'orbite et contribuant à former la base du cône, qui caractérise l'extrémité pointue de la face de ces animaux. Au-devant d'eux est un ethmo'ide long et étroit, constituant l'extrémité 234 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. antérieure du museau- il est échancré en avant pour recevoir les deux petits tubercules des intermaxil- laires , qui n'ont que très - peu de mouvements. Sur les côtés on voit les deux maxillaires placés en arc de cercle, et dont l'extrémité est élargie en une petite palette oblongue, à bord arrondi. La mâchoire inférieure est remarquable par l'allonge- ment des apophyses de l'angulaire; c'est à cela que cet os doit sa longueur, et par conséquent la mo- bilité nécessaire pour l'ouverture de la bouche ; ou- verture qui reste toujours fort étroite, puisque tous ces os sont enveloppés dans une peau épaisse. En arrière des frontaux nous voyons deux petits parié- taux se toucher comme dans les carpes et comme dans les aloses, pour former une espèce de plaque impaire sur la voûte du crâne; en arrière, on trouve l'interpariétal surmonté de sa petite crête impaire. Il n'y a pas au-devant de la base de cette crête le trou que nous avons décrit dans les carpes; mais, comme dans celles-ci, l'interpariétal commence à former la face postérieure et verticale de l'occiput. De chaque côté je vois les occipitaux supérieurs qui viennent se placer aux angles de cette face occipitale ; ils donnent en arrière une petite saillie, au-dessous de laquelle l'os se plie pour descendre verticalement et pour s'articuler avec les occipitaux latéraux; ceux-ci sont très-grands dans le mormyre; ils se réunissent par une suture verticale au-dessus du trou occipital; puis une suture oblique les unit à l'interpariétal, et une autre aux occipitaux supérieurs; mais une seconde portion de ces occipitaux latéraux part du basilaire CHAP. IV. MORMYRES. 255 ei s'étend sur les côtés pour former le plancher in- férieur du crâne, et va se réunir au mastoïdien. La face postérieure des occipitaux latéraux est percée d'un petit trou qui correspond au grand que nous avons signalé dans les carpes. Le mastoïdien est également assez grand dans les mormyres; il s'avance, comme à l'ordinaire, vers le frontal postérieur; mais au-dessus de la seconde crête du crâne il se porte en avant pour s'articuler avec le frontal principal, et en dessus, pour aller rejoindre le petit pariétal, d'où il résulte que cette lame du mastoïdien occupe une assez large surface sur les côtés du crâne à la suite des frontaux. Nous venons de voir que les grands trous des occipitaux latéraux de la carpe sont devenus très-petits dans les mormyres. Dans ces poissons nous trouvons des trous latéraux extrêmement grands, formés par l'échancrure du mastoïdien en avant, en dessous et en arrière par l'occipital latéral. Ces trous laissent donc sur les côtés du crâne deux très-larges ouvertures , proportionnellement beaucoup plus grandes que les trous de la carpe. Nous verrons, dans les aloses, des trous latéraux; mais qui ne sont pas cernés par les mêmes os. Les trous latéraux des mormyres sont fermés par une petite plaque osseuse, fournie par le surtemporal, et dont nous parlerons tout à l'heure. Le basilaire est petit dans ce poisson. Un sphénoïde court donne sur les côtés deux ailes assez larges, ou les grandes ailes sphénoïdales. Le vomer est étroit; les palatins sont petits; ils sont sans dents, ainsi que les ptérygoïdiens et les deux autres os de la face qui 256 LIVRK XX. MALACOPTÉRYGIENS. complètent les systèmes palatin, ptérygoidien et tem- poral des poissons. La ceinture numérale se compose, comme à l'or- dinaire, d'un scapulaire et d'un surscapulaire; celui-ci fournissant une apophyse styloide grêle qui remonte sur l'occiput pour se perdre dans les muscles de cette région du cou, le long de la crête pariétale et mastoïdienne. Au-devant de ce surscapulaire il existe, dans tous les mormyres, un surtemporal, qui est ici très-remarquable par son grand développement : c'est un os mince, comme une membrane ou comme une très-fine écaille , triangulaire et appliqué sur les côtés du crâne, immédiatement sous la peau, pour fermer le grand trou latéral. En le soulevant, on trouve dans ce grand trou latéral le sac membraneux de l'oreille interne, le- quel est divisé en deux parties : l'une, plus grande et antérieure; l'autre, petite et profonde, et qui contient un petit osselet de l'oreille. Au-devant du sac il y a, comme à l'ordinaire, les trois canaux semi- circulaires de l'oreille interne des poissons. Dans le mormyre caschive l'otolilhe est ovoïde, pointu en avant et mousse en arrière. Cette dispo- sition de l'oreille des mormyres est une des plus remarquables que je connaisse dans les poissons ; elle est toutefois très -différente de ce que l'on ob- serve dans le lepidohprus ; aussi je trouve que M. Mûller n'a pas assez nettement distingué, dans sa physiologie, l'observation de M. Otto de celle de M. Heusinger. Les autres parties de la ceinture numérale, ainsi CHAP. IV. MORMYRES. 237 que les os pelviens, ne m'ont offert aucune autre particularité importante à signaler. La colonne ver- tébrale est composée de cinquante-deux vertèbres, dont les vingt et une premières portent des côtes. Les interépineux de la dorsale répondent à la hui- tième vertèbre, et les deux dernières n'en ont pas. Il y a donc, à cause du grand nombre des rayons, un certain nombre de ces interépineux qui ne tou- chent pas aux vertèbres. Les deux premières vertèbres caudales soutiennent seules les interépineux et l'anale. Je ne possède que trois individus de cette espèce , longs de sept pouces. Ils se rap- portent parfaitement à la description d'Has- selquist. Ils ont été pris dans le Nil par M. Geoffroy Saint-Hilaire. Je les regarde comme le mormyrus caschive du voyageur suédois , à cause des quatre-vingts rayons de la dorsale. La forme de leur museau a été convenable- ment exprimée dans la phrase suivante : Ros- trum admodum déclive ante verticem capitis acutiusculum cylindricum. On ne peut s'ex- pliquer la singulière association que Linné a faite de la description de son élève avec le morm. anguilloides décrit dans le Musée du prince Adolphe-Frédéric, qu'en admettant une erreur typographique de la dixième édition ; faute qui a été reproduite dans les éditions suivantes, et qui n'a pas manqué d'être ensuite copiée par tous les successeurs de ce grand 238 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. homme. Il indique, en effet, vingt rayons à la dorsale, au lieu de quatre-vingts. Quoique le premier de ces nombres se rapprochât un peu de celui de la dorsale de son anguilloïde , qui en a vingt-six, ceux de l'anale de chacun de ces poissons sont trop éloignés l'un de l'autre pour que je ne me demande pas encore comment ils n'ont pas frappé l'attention de Linné, et comment ils ne lui ont pas fait éviter le rapprochement de deux espèces si distinctes; car l'une n'a que dix -neuf rayons à l'anale, tandis que l'autre en a quarante et un. Il n'en est pas moins vrai que , faute de remonter aux sources originales , c'est-à-dire à la description d'Hasselquist, le mormyrus cascïiwe a été tout à fait méconnu. Ainsi, M. Geoffroy la donné comme synonyme d'une espèce nou- velle qu'il découvrit dans le Nil. Elle n'a que soixante-dix rayons à la dorsale, et elle en diffère par plusieurs autres caractères. Si dans une note du Règne animal M. Cuvier fait observer que la description d'Hasselquist ne se rapporte pas au poisson figuré par M. Geoffroy sous le nom de mormyre d'Hassel- quist, mon illustre maître ne détermine pas l'espèce anciennement décrite. Je ne saurais admettre avec M. Geoffroy, que les expressions caractéristiques d'Hassel- CHAP. IV. MORMYRES. 259 quist puissent être appliquées à l'espèce que ce savant naturaliste a dédiée au disciple de Linné, et qu'il a figurée sous ce nom dans le grand ouvrage d'Egypte. C'est une espèce nou- velle, certainement différente de celle dont nous traitons ici. M. Isidore Geoffroy Saint- Hilaire a paru croire 1 que le morm. kannume de Forskal était de la même espèce; mais on verra dans la description suivante, que non- seulement le nombre des rayons de la dorsale diffère beaucoup trop pour admettre une iden- tité spécifique, mais les différences que j'y re- connais sont encore fondées sur des propor- tions et des formes assez distinctes. Dans ces derniers temps M. Ruppell 2 a re- trouvé l'espèce décrite dans cet article, et il l'a appelée Mormyrus longipinnis, parce qu'il l'a tout simplement comparée à l'oxyrhynque de M. Geoffroy, dont la dorsale est, en effet, beau- coup plus courte. Cet habile zoologiste a ob- servé ce poisson sur les marchés du Caire pendant le mois de mars. Il en a vu des indi- vidus de trente pouces. Il écrit leur nom arabe un peu autrement et de la manière suivante : Kisch-Oue. Il ne regarde pas leur chair comme très-délicate. 1. Descript. des poiss. du Nil, p. 110, noie. 2. Beschr. und Abbild. neuer Fische im Nil, p. 7, pi. 1 , fig. 2. 240 LIVRE XX. UALACOPTÉRYGIENS. Le MORMYRE DE GEOFFROY. (Mormjrus Geoffroy i , nob.) Je trouve parmi les individus de M. Geoffroy un second mormyre, qui diffère du précédent par plusieurs traits qui me paraissent en jus- tifier la séparation spécifique. Le plus apparent consiste dans une saillie plus considérable du museau, qui, au lieu de s'abaisser comme celui du précédent, s'avance plus horizontalement dans la direction de l'axe du corps. La ligne du profil descend de la dorsale par une ligne à petite courbure, jusqu'à une saillie assez forte de l'occiput; de là le profil devient concave pour atteindre jusqu'à l'extrémité du museau. Il résulte de cette disposition que la courbure entre la dorsale et le devant du front est beaucoup moins convexe que dans l'espèce précé- dente; que la nuque paraît plus saillante au-dessus de l'œil et que le museau est plus étroit. La hauteur du tronc, mesurée sous le premier rayon de la dor- sale, est contenue quatre fois et plus qu'une demie dans la longueur du corps, en n'y comprenant pas la caudale. Cette hauteur est plus courte que la tête, tandis que dans la précédente la hauteur du tronc est plus longue. La saillie du crâne est plus arrondie, de sorte que l'intervalle entre les deux yeux est plus large. La mâchoire inférieure dépasse un peu la supérieure. Les dents sont semblables à celles de l'espèce précédente, soit aux mâchoires, CHAP. IV. M0RMYRES. 241 soit sur le vomer et sur l'os lingual. Cependant la bandelette qui porte ces dernières dents est plus longue et moins étroite en arrière. La pectorale est un peu plus allongée; les ventrales répondent au quinzième rayon de la dorsale; la caudale, fourchue, a les deux lobes assez sensiblement séparés; l'anale est un peu plus courte, car elle a deux rayons de moins. D. 84; A. 17. Les écailles me paraissent un peu plus petites. Quant à la couleur, je n'ai sous les yeux que des in- dividus décolorés par l'alcool; mais ils ne montrent rien qui soit différent de notre Caschive. J'ai deux individus très- semblables de cette espèce ou variété ; l'un est long d'un pied , l'autre , qui a servi à faire un squelette , est un peu plus petit. Les différences que nous offre ce squelette tiennent à celles que nous avons signalées dans la description extérieure. Cette espèce me parait se rapporter parfai- tement à la figure que Bloch 1 nous a donnée d'un mormyre , qu'il plaçait dans un genre avec lequel ces poissons n'ont aucune affinité, celui des Centriscus, et sous le nom spécifique de C. niloticus. La saillie de la nuque, la direction du museau, ne peuvent laisser de doute sur l'exactitude de ce rapprochement. 1. Bloch, edit. Schn. , pi. 3o, fig. i , p. n5. 1 9 . l6 242 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. Ainsi, je ne partage pas l'opinion émise par M. Cuvier dans sa note dn Règne animal, et qui consiste à regarder la citation de Bloch comme synonyme du mormyre oxyrhynque de M. Geoffroy. Le Mormyre rannume. (Mormyrus oxyrhynchus , Geoffr.) Cette troisième espèce, dont M. Geoffroy a donné une figure parfaitement reconnaissable dans le grand ouvrage d'Egypte, est le mor- myrus oxyrhynchus, différent des deux précé- dentes par les nombres des rayons; et, ce qui est plus important encore , par les formes du museau. Dans cette espèce le museau se dirige vers le bas, comme dans notre premier mormyre; mais il est aussi long que celui de la seconde espèce. La ligne du profil descend depuis la dorsale jusqu'à l'extré- mité du museau par une courbe régulière. C'est à peine s'il y a une légère sinuosité vers l'extrémité du bec. La hauteur est contenue quatre fois et demie dans la longueur du corps, la caudale non comprise. La longueur de la tête égale, à très -peu de chose près, la hauteur du tronc. Les dents ressemblent à celles des deux autres es- pèces; toutefois, il faut remarquer que la bandelette CHAP. IV. MORMYRES. 245 vomérienne, plus étroite que celle du précédent, ressemble davantage à celle du Caschive. La dorsale commence plus en arrière sur le tronc, car elle s'élève ici à la fin du premier tiers du corps. Les ventrales, qui sont placées dans le mormyre de Geoffroy et dans le M. Caschive, à la même dis- tance du museau, répondent ici au cinquième rayon de la dorsale. La pectorale me paraît aussi un peu plus longue; car elle approche davantage de l'inser- tion de la nageoire du ventre. La caudale est divisée en deux • lobes profondément séparés. L'anale est plus longue que celle de l'espèce précédente, et elle a le même nombre de rayons que celle du Caschive. D. 60 à 64; A. 19, etc. Les écailles sont petites sur la partie antérieure du tronc; mais elles grandissent au delà de l'anale, de sorte que celles de la queue sont à peu près quatre fois aussi grandes que celles de la poitrine; elles sont un peu plus grandes que celles des espèces pré- cédentes. Nous en comptons cent quatre-vingt-cinq rangées entre l'ouïe et la caudale. M. Redouté a rapporté d'Egypte une fort belle peinture de ce poisson faite d'après le vivant; il l'a représenté d'un brun verdâtre uniforme. Je trouve dans l'opuscule de M. de Joannis, inséré dans le Magasin de zoologie de M. Guérin, une figure coloriée qui diffère très-peu de celle de M. Geoffroy ; le verdâtre du corps est rembruni sur le dos par du bleu 244 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. foncé et irisé de violet au-dessous de la ligne latérale ; le dessous de la tète est tacheté de points rouges; il y a du jaune sur la ceinture de l'épaule, et la caudale est orangée. Cette figure est d'ailleurs peu soignée; la grandeur des écailles sur le tronc en avant de l'anale et des ventrales, montre avec quelle négligence elle a été faite; et dans son texte M. Joannis n'ajoute rien à ce que M. Geoffroy nous avait appris sur ce poisson. Ce voyageur a donné à la collection du Jardin du Roi un exemplaire fort bien con- servé, long de treize pouces et demi. Depuis, M. Darnaud en a rapporté de beaucoup plus grands de son expédition au Nil blanc; car les individus ont dix-huit à dix-neuf pouces de longueur. Je regarde cette espèce comme celle décrite par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire sous le nom de Monnyre oxyrhynque, parce qu'elle n'a que soixante-trois rayons à la dorsale. Si j'examine la figure du grand ouvrage d'Egypte, je trouve le dessin de la tête, et surtout du museau, d'une telle exactitude, que je n'aurais eu à faire aucune observation , si M. Redouté n'avait porté le nombre des rayons de la dor- sale à soixante-quatorze; nombre qui n'existe pas dans aucun des dix mormyres à museau CHAP. IV. MORMYRES. 245 pointu réunis dans la collection du Jardin du Roi. Il est évident que nous décrivons ici le véri- table Mormjrus kannume de Forskal; nous avons trouvé les mêmes nombres que lui à la dorsale et à l'anale. Il faut faire attention à cette détermination; car M. de Lacépède, en mettant à profit, dans son chapitre sur les Mormyres, les notes que M. Geoffroy lui envoyait du Caire , a établi un mormyrus kannume d'après M. Forskal, et une seconde espèce de mor- myre oxyrhjnque d'après M. Geoffroy. Cette détermination détruit donc les doutes qui restaient à M. Cuvier sur la courte notice de Forskal, quand il disait, dans la note de son Règne animal, que la description de la Faune d'Arabie ne lui paraissait pas pouvoir s'accorder avec aucun des mormyres qu'il citait précédemment. Il me paraît que M. Riffault a aussi dessiné cette espèce que j'ai trouvée dans ses manu- scrits sous le nom âiAmeie Zeraj. Les trois descriptions qui précèdent et celles qui vont suivre, prouvent qu'il y a plusieurs mormyres remarquables par le prolongement de leur museau. M. Geoffroy, qui a cherché dans un mémoire resté manuscrit, mais dont il a donné lecture a l'Institut en 1802, à 24G LIVRE XX. MÀLACOPTÉRYGIENS. déterminer les poissons du Nil nommés par Élien, Strabon ou Hérodote, a cru que l'on pouvait retrouver dans l'une de ces espèces Xoxyrhynclius du Nil, révéré des Égyptiens. Je ferai observer que , sans qu'il y ait d'ob- jection très-forte à faire à cette manière de voir, je suis obligé de répéter ici les mêmes doutes que j'ai exprimés relativement à XAlabes : on voit , en effet , par plusieurs pas- sages d'Élien, que le nom d'Oxyrhynque était appliqué par eux à tous les poissons à museau pointu. Ainsi, dans le livre xi, page 24? ce naturaliste parle d'un Oxyrbynque de la mer Rouge, qui me paraît être, autant qu'on en peut juger par une description aussi vague que celles de cet ancien naturaliste , une espèce de Gomphose. Ce même auteur, livre xvn, page 32, parle des Oxyrhynques de la Cas- pienne, que Gessner a déjà reconnus pour des esturgeons. Tous les poissons qui avaient le le museau pointu, étaient donc pour eux des Oxyrhynques. Maintenant, doit-on appliquer ce nom au Cascbive et aux autres mormyres à museau prolongé? On ne sera guidé dans cette détermination que par la seule signification du mot; car aucun trait caractéristique ne vient asseoir le jugement des naturalistes, et je dirai plus, la facilité avec laquelle leur Oxyrbynque CHAP. IV. MORMYRES. 247 mordait à l'hameçon, me semble contraire à ce que M. Geoffroy a observé lui-même sur la pèche de ces poissons, et encore plus con- traire à la conformation et à l'extrême petitesse de la bouche de ces animaux. Si toutefois nous admettons, avec réserve, que ces espèces de mormyres aient été dési- gnées par les anciens Grecs en Egypte sous le nom d'oxyrhynque, nous ne pouvons douter par les sculptures conservées dans nos collec- tions archéologiques, que les mormyres à mu- seau pointu n'aient été connus des anciens Égyptiens : ils en ont laissé des figures parfai- tement reconnaissables. Il existe dans le Musée égyptien de Paris, sous le n.° 434 de la collec- tion de Sait, un petit bronze, représentant avec une telle exactitude un de nos mormyres oxyrhynques, que l'on ne peut douter qu'il ait été fait d'après nature ; il est d'ailleurs sur- monté de l'emblème mythique du disque cornu. Outre ces figurines d'une ressemblance parfaite, on voit que le mormyre oxyrhynque était chez eux l'emblème d'une forme toute vulgaire; car ils la donnaient grossièrement aux petites momies qu'ils composaient souvent de plusieurs poissons différents, même des mormyres. Je retrouve avec grand plaisir la confirmation 248 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. de mes opinions dans le bel ouvrage de sir John Gardner Wilkinson ■ qui a donné la figure de deux représentations en bronze de nos mormyres oxyrhynques. La figure i. re n'est pas aussi exacte que la figure 2 ; celle-ci se rapporte parfaitement au bronze du Musée du Louvre dont j'ai parlé tout à l'heure. M. Wilkinson croit que cet oxyrhynque est le Mizdeh de l'Egypte moderne. Le MORMYRE BACHIQUE. (Mormyrus bachiqua, nob.) M. Riffault avait aussi le dessin d'un autre mormyre, voisin du kannume (Morm. oxy- rhynchus), mais qui me paraît en différer par une coloration qu'aucun de ceux que j'ai observés jusqu'à présent ne nous a offert. Ce poisson, à en juger par le dessin, a le museau parfaitement semblable à celui de notre oxyrhynque. Sa dorsale, étendue le long du dos, est courte, comme celle de cette dernière espèce, et n'est sou- tenue que par une soixantaine de rayons. Les ventrales et l'anale paraîtraient plus grandes. La couleur est verdàtre sur le dos, jaunâtre au-dessous de la ligne 1. J. Gardn. Wilk., Mann, of anc. Egypt., vol. II, p. 25o, seconde série. CHAP. IV. MOKMYRES. 249 latérale; tout le corps est teinté de larges marbrures fauves; le rouge domine vers la queue; la dorsale porte, à travers son milieu, une bande longitudi- nale fauve; la caudale, fauve, est mêlée de rougeâtre. Toutes les nageoires inférieures, c'est-à-dire, les pec- torales, les ventrales et l'anale, sont également fauves et traversées par trois ou quatre lignes de taches rouges; la bouche est entourée de fauve. Ces cou- leurs sont tellement différentes de celles indiquées par tous les auteurs qui ont écrit sur les mormyres, que j'ai cru devoir signaler cette espèce. Le dessin représente un poisson de quinze pouces, et portait pour dénomination arabe le nom d'Améie bachiqua. Le Mormyre Roumé. (Mormyrus Rume, nob.) M. Jubelin, gouverneur du Sénégal, que nous avons cité déjà plusieurs fois dans cet ouvrage, a envoyé au Cabinet du Roi une grande et belle espèce de mormyre, voisine du Caschive par le nombre de ses rayons, mais que la forme du museau et la petitesse des dents font distinguer des précédentes. Le corps est comprimé , elliptique , et plus haut qu'aucun des précédents. Sa plus grande hauteur mesure, à très -peu de chose près, le quart de la 250 LIVRE XX. MALACOPTÊRYGIENS. longueur totale. La ligne du profil est courte et saillante entre la dorsale et la nuque. Depuis cette région de la tête jusqu'à l'extrémité du museau le profil est presque droit et incliné vers le bas; il n'y a pas de bosse sur la nuque. La ligne du profil infé- rieur est très-convexe sous la mâchoire, au-devant de l'œil; puis elle descend par une grande courbe con- cave et régulière sous la poitrine et jusqu'à l'anale. La hauteur de la queue est un peu plus du sixième de celle du tronc. L'œil est petit, et sur le haut de la joue, sans entamer cependant la ligne du profil, il est au milieu de la longueur de la tête. Les deux ouver- tures de la narine sont petites, rapprochées, et plus près de l'œil que du bout du museau. La bouche, très- petite, est fendue transversalement. La mâchoire in- férieure est plus avancée que la supérieure , et terminée par une lèvre épaisse, papilleuse et un peu arrondie en bouton. Leurs dents sont d'une excessive petitesse; celles implantées sur les bandes vomériennes ou lin- guales sont aussi petites, et la bande est plus étroite que celle des précédentes espèces. La dorsale com- mence au tiers du corps; son étendue surpasse la moitié de la longueur totale; les ventrales répon- dent au douzième rayon de la nageoire du dos. L'insertion de la pectorale est au milieu de la dis- tance, entre le bout du museau et l'attache de la nageoire du ventre. La nageoire de la poitrine est large, arrondie, et n'atteint guère qu'à la moitié de l'intervalle, qui sépare son origine de celle de la ventrale. L'anale est courte; la caudale est fourchue et bilobée, comme celle des autres mormyres. CHAP. IV. MORMYRES. 254 D. 83; A. 18, etc. Les écailles sont petites sur le dos, et sous le ventre un peu plus grandes; sur les côtés elles vont en grandissant, à mesure qu'elles s'approchent de la queue; mais je ne les trouve pas proportionnelle- ment aussi grandes sur cette partie du corps que dans les mormyres du Nil. J'en compte cent douze rangées entre l'ouïe et la caudale. La couleur paraît avoir été un plombé verdâtre uniforme sur tout le corps. Je ne vois aucun vestige de taches sur les nageoires. L'examen des viscères de ce poisson montre que les mormyres s'engraissent dans le Sénégal comme dans le Nil; car les épiploons de cet individu sont remarquables par la quantité de graisse qu'ils ren- ferment. Je trouve, d'ailleurs, que ces viscères res- semblent beaucoup à ceux des espèces précédentes ; ainsi, c'est toujours un estomac globuleux ayant l'ouverture du pylore du côté gauche ; deux très- longues appendices cœcales à l'orifice pylorique; un intestin faisant très-peu de replis. J'ai vu les ovaires doubles; mais le gauche infiniment plus développé que le droit; une vessie natatoire oblongue, à parois fibreuses et argentées. L 'individu qui sert à ma description est long de près de vingt pouces. M. le contre-amiral Jubelin nous a transmis le nom sous lequel les pêcheurs du Sénégal le lui ont apporté : c'est celui de Roumé que nous avons conservé comme dénomination spécifique de l'espèce. 252 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. En la comparant à celle du Nil, on trouve que la longueur du museau la rapprocherait du mormyrus oxyrhynchus ; ce serait aussi, à très-peu de chose près, la forme générale du corps; mais elle a le museau moins abaissé et le nombre des rayons de la dorsale beaucoup plus considérable. Elle ressemble sous ce rap- port, comme je l'ai dit plus haut, au marra. caschive. Le MORMYRE DE JuBELIN. {Mormyrus Jubelini, nob.) Nous dédierons au contre-amiral de ce nom, qui a eu la complaisance de nous faire re- cueillir tant de curieux poissons du Sénégal, cette seconde espèce de mormyre, envoyée de cette colonie par ses soins. Elle a le museau plus incliné vers le bas et plus court que celui de ce dernier, et plus long que celui du caschive. La nuque est arrondie, saillante, et proportionnellement aussi grosse que celle de notre seconde espèce (M. Geoffroyi); mais son bec est beaucoup plus court et plus incliné. Le corps est, en général, plus étroit; la ligne du profil des- cend plus obliquement de la tête à la nuque que dans le caschive. La queue est plus grêle ; elle l'est aussi davantage que celle du M. Rume. Les lobes de CHAP. IV. MORMYRES. 253 la caudale sont plus étroits ; les ventrales répondent au douzième rayon de la dorsale; la pectorale, pointue, touche presque à l'insertion des nageoires abdomi- nales; elle est donc plus longue que celle de l'espèce précédente. Les nombres des rayons de la dorsale et de l'anale diffèrent très-peu des rayons de celle- ci; par conséquent, l'espèce actuelle avoisine aussi, sous ce rapport, le M. caschive et le M. Geoffroy i. D. 85; A. 19, etc. Les écailles du tronc sont petites. Nous en comp- tons cent quarante -cinq entre l'ouïe et la caudale, par conséquent, plus que dans le M. Bume, mais moins que dans le M. caschive; celles de la queue sont certainement plus grandes que celles de celui- ci, j'en compare deux individus de même grandeur. La ligne latérale est tout à fait droite. La couleur est un plombé plus ou moins noirâtre sur tout le corps. La grandeur de l'individu est de sept pouces et demi. Le Mormyre d'Hasselquist. {Monnyrus Hasselquistii , Geoffr.) Après ces espèces d'oxyrhynques , j'arrive à un mormyre dont la dorsale est encore longue et étendue sur tout le dos. Il a le museau gros et obtus. La mâchoire su- périeure dépasse un peu l'inférieure. La ligne du 251 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. profil est convexe et soutenue depuis l'extrémité du museau jusqu'à la dorsale. L'œil, placé sur le haut de la joue, est au tiers antérieur de la longueur de la tête, laquelle surpasse un peu la hauteur du tronc, et est comprise quatre fois dans la longueur du corps, en ne comptant pas la caudale. Les dents sont petites, à couronne écbancrée, et mobiles dans l'espèce de gencive épaisse qui les porte. Cette muqueuse de la bouche, renflée derrière les dents, est couverte de papilles molles et tuberculeuses que l'on confondrait très -aisément avec une bande étroite de dents, différentesdes véritables. Les palatines et les linguales paraissent un peu plus saillantes que celles des autres espèces. Les narines sont très-petites; les deux ouvertures sont situées obliquement. Toute la peau de la tête est criblée de petits pores. La dor- sale commence vers le tiers antérieur du corps; elle est plus haute que celle des oxyrhynques. L'anale est courte; la pectorale atteint à peu près à la moitié de l'espace qui la sépare de l'insertion des ventrales; celles- ci répondent au quatorzième rayon de la dorsale. D. 70; A. 18; etc. Les écailles sont plus grandes le long des flancs, au-dessous de la ligne latérale que sur le dos ou sous le ventre. Nous en comptons cent quinze rangées entre l'ouïe et la caudale. La couleur est un plombé uniforme sur le corps, prenant quelques teintes verdàtres sur la nageoire et sur la tête. La dorsale est rayée obliquement de petits traits plombés. Les joues sont chatoyantes et irisées de jaune et de bleu avec des reflets dorés. CHAP. IV. MORMYRES. 255 Dans ce mormyre je trouve encore des viscères semblables à ceux du précédent, en ce qui concerne la forme du foie, celle de l'estomac; mais les deux cœcums sont proportionnellement beaucoup plus longs. La vessie natatoire est grande, résistante et à parois fibreuses. Quant au squelette, c'est encore la même com- position du crâne. L'allongement du museau , de forme cylindrique, est dû à l'ethmoïde saillant au- devant des angles antérieurs des frontaux. Les os du nez, plies en cornet, sont, comme les sous- orbitaires, un peu plus larges. Ils rendent le museau plus gros. Les surtemporaux forment ici un feuillet squamiforme plus allongé. Le nombre des vertèbres n'est pas très-différent de ceux des espèces précé- dentes; car j'ai compté cinquante vertèbres, dont vingt et une sont abdominales. Nous avons plusieurs individus qui ont de douze à quatorze pouces de longueur. Cette espèce a été parfaitement gravée dans le grand ouvrage d'Egypte, d'après une belle peinture que Redouté en avait faite en Egypte. M. Geoffroy eut avec raison le sentiment que ce mormyre était nouveau, et il eut la géné- reuse pensée de le dédier à Hasselquist. S'il s'en était tenu là, cette espèce nouvelle, très- facile à caractériser, eût été parfaitement éta- blie; mais il a cru pouvoir retrouver en elle le mormjrus caschive de cet auteur, qui a, 250 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. comme nous l'avons détermine, quatre-vingts rayons au moins à la dorsale : celui-ci n'en ayant que soixante -huit ou soixante -dix; M. Isidore Geoffroy les compte comme nous. Il avait d'abord pensé en Egypte que ce pouvait être le hersé de Sonnini; mais il a reconnu depuis que le poisson décrit par son prédécesseur était différent. On en ac- quiert la preuve par la lecture de l'article rédigé par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. Cependant M. de Lacépède, employant sans critique les notes que son confrère lui envoyait du Caire, a introduit parmi ses espèces un morm. hersé, qui n'est autre que celui décrit dans cet article, et un M. Hasselquistii, in- diqué comme n'ayant que vingt rayons à la dorsale et dix-neuf à l'anale et qui est un être tout à fait imaginaire, car il a pour synonyme le M. caschive d'Hasselquist : pour compléter la confusion, les nombres sont copiés de Linné, et sont le résultat de cette faute d'im- pression échappée à ce grand homme dès la dixième édition du Systema naturœ, et qui s'est retrouvée copiée dans la douzième, et ensuite dans celle de Gmelin. M. Isidore Geoffroy a donné, sous les dé- nominations que lui transmettait son père, la description de cette espèce; mais il est juste CHAP. IV. MORMYRES. 257 de dire qu'il cite Hasselquist avec des doutes qu'il puise dans les notes du Règne animal. M. Cuvier dit, en effet, que le mormyrus cascliive d'Hasselquist lui paraît différer du précédent par plusieurs points essentiels. Je trouve un dessin de cette espèce dans les collections de M. Riffault : c'est au n.° 27, sous le nom de Caschive; il avait coloré le tronc par de grandes et larges membranes verdâtres et rosées; la tète, un peu plus verte, portait sur le bas des joues quelques taches roses. Il ne serait pas impossible que ces légères dif- férences dans la coloration ne fussent une conséquence d'une diversité spécifique ; mais il faut attendre que Ton ait étudié le pois- son sur nature pour asseoir un jugement plus certain. Le MORMYRE NACRA. {Mormyrus nacra, nob.) Le même M. Riffault a rapporté le dessin d'une espèce remarquable , en ce qu'elle est intermédiaire entre le mormyrus Hasselquistii et le M- denderah Geoffroy. Cette espèce a le museau prolongé et cylindrique, mais sans être, à beaucoup près, aussi étroit que celui de nos oxyrhynques. La dorsale est étendue 19- l l 258 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. sur tout le dos, et les ventrales, un peu plus rappro- chées de la tête que dans le précédent, répondent au quatrième ou au cinquième rayon de cette dorsale. La pectorale, large et courte, atteint à l'insertion des nageoires paires abdominales. On voit donc ici une répétition des proportions que nous avons déjà ob- servées entre le M. caschive et le M. kannumè. La couleur de cette espèce est jaune verdâtre, marbré ou teinté de fauve. La tête est pointillée de noirâtre; ses lèvres sont roses; les nageoires, grises, sont lavées de nuances rosées; les lobes de la caudale me paraissent plus pointus que ceux des espèces précé- dentes. Ce poisson porte pour nom vulgaire Mese- Nacra. Le MORMYRE DE DENDERAH. (Mormjrus anguilloides , Linn.) Voici l'une des deux espèces connue de Linné, et dont il a laissé une description fort abrégée dans le Muséum Adolphi-Frederici : toute courte quelle est , on la reconnaît à plusieurs traits que Linné a saisis avec une grande sagacité; c'est bien certainement la seule espèce dont on puisse comparer le museau à celui de l'anguille ; et comme les nombres des rayons de la dorsale et de l'anale sont aussi indiqués d'une manière très-précise, CHAP. IV. MORMYRES. 259 il ne peut rester de doutes sur la détermina- tion de cette espèce ; c'est bien elle qui a été la première conception du mormyrus anguilloides. Outre la forme particulière du museau, celui-ci se distingue de tous les pré- cédents par la brièveté de sa dorsale. Le corps de ce poisson est allongé. La plus grande hauteur se mesure aux ventrales et est comprise cinq fois et trois quarts dans la longueur totale. La tête est longue; le museau est arrondi; la mâchoire su- périeure plus longue que l'inférieure; l'œil est placé à la fin du premier tiers de la longueur de la joue; le bord de l'orbite n'entame pas la ligne du profil; l'organe, couvert d'une peau épaisse, est petit; les deux ouvertures de la narine sont rapprochées l'une de l'autre et du bout du museau, et répondent au- dessus au maxillaire, lequel est sur les côtés de la bouche, et ne porte aucunes dents, comme tous ses congénères; celles qui bordent les deux mâchoires sont aplaties , et ont leur couronne échancrée. Quand elles ne sont pas usées, on remarque surtout l'échan- crure de la couronne sur les dents latérales. Je la vois aussi sur quelques-unes des dents mitoyennes dans les différents exemplaires que je puis étudier; mais il faut y regarder avec soin ; car , après un premier examen rapide, il arriverait très-aisément de dire que les dents de cette espèce sont coniques. La plaque des dents vomériennes est petite, ainsi que celle de la langue. La nuque est légèrement soutenue et se redresse tout doucement vers la ligne du dos, de 2G0 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. sorte que ce profil est concave dans la région supra- oculaire. La peau qui recouvre la tète est épaisse, criblée de pores, et va s'attacher sur la ceinture humérale, de manière à ne laisser qu'une fente oblique, étroite pour l'ouverture de l'ouïe, que Linné aurait mieux fait, suivant moi, de comparer à celle des anguilles qu'à l'ouverture branchiale des ostraciens. La dor- sale est non-seulement reculée sur l'arrière du dos, mais même au-dessus de la ventrale, de manière à à ce que son premier rayon ne corresponde qu'au quatorzième de cette nageoire. La nageoire du dos se termine aussi avant la fin de celle de l'anus, de manière que ce dernier rayon correspond au trente- quatrième ou au trente-sixième de celle-ci. La caudale a les deux lobes fourchues et assez nettement séparés ; les ventrales sont insérées en avant de la moitié du corps; elles sont petites; les pectorales courtes, ar- rondies et loin de les atteindre. B. 6; D. 26 à 28; A. 39 à 42, etc. Les écailles sont plus grandes que celles des espèces précédentes; il n'y en a que quatre-vingt-dix rangées entre l'ouïe et la caudale. La ligne latérale, tracée par le milieu du côté , est un peu convexe. Les couleurs sont plombées, verdâtre sur le dos, en passant au bleu sur la queue et sur le dessous du corps. La tête est irisée de verdâtre, de bleu, de rose et de jaune. Les nageoires sont vertes et d'une teinte uniforme. Suivant Sonnini, les teintes seraient plus noires. Nous jugeons de ces couleurs par une belle peinture, faite en Egypte par M. Redouté, et C1IAP. IV. MORMYRES. 201 qui se rapporte tout à fait aux notes conservées par M. Geoffroy, et publiées par son fils. Les plus longs exemplaires de cette espèce ont un pied dix pouces de longueur. Outre ceux rapportés par M. Geoffroy , nous en avons encore d'autres, dus aux recherches de M. Joannis et aux expéditions dans le haut Nil de M. Darnaud. La description détaillée que je viens de donner, prouve que nous retrouvons ici le mormyrus anguilloides du Musée d'Adolphe- Fréderic. L'on voit que Linné, dès la dixième édition du Systema naturce, l'a confondu à tort avec le morm. caschive de Hasselquist. Cette erreur a été copiée par Gmelin, et aussi par Bonnaterre dans l'Encyclopédie métho- dique : c'est là ce qui explique comment on trouve dans M. de Lacépède un mormyrus caschive de Daubenton et de l'Encyclopédie parmi les synonymies du morm. denderah de M. Geoffroy, en même temps que l'on voit plus bas dans cette même ichthyologie le mormyrus caschive de Hasselquist comme sy- nonyme du mormyrus Hasselquistii. Sonnini nous a fait connaître le mormyrus anguilloides sous le nom de Hersé', la figure , quoique médiocre, est encore reconnaissable, et la description vient confirmer ce que la 2G2 LIVRE XX. MALAC0PTÉR1GIENS. faiblesse du trait pourrait laisser d'incertain. Il dit que le nom de Hersé signifie belette, nom qui lui est donné par les Arabes à cause du prolongement de son museau. M. Ehren- berg a observé et dessiné cette même espèce de mormyre à Dongola. Il m'en a communi- qué un dessin parfaitement reconnaissable. Je trouve aussi dans les dessins de M. Rif- fault une figure que je rapporte à notre pois- son , quoique les couleurs soient indiquées d'une manière assez différente de celles que nous ont assignées jusqu'à présent les autres naturalistes : le dos est peint en vert olivâtre assez foncé, éclairé par des teintes rougeâtres disposées par bandes ; les flancs et le ventre, blanchâtres , portent de grandes marbrures rougeâtres; la dorsale et l'anale, toutes deux grises mêlées de verdâtre, ont l'une le bord rougeâtre, l'autre, c'est-à-dire la dorsale, le bord rosé ; les nageoires paires sont rougeâtres, et le dessus de la tête est vert olive avec de petites taches brunes; le dessous est rougeâtre. Le nom arabe est Gamour ou Maus. Je ne m'étonnerais pas que le poisson de M. Riffault ne devînt un jour le type d'une espèce par- ticulière. Si l'on se rappelle maintenant ce que nous avons dit du morm. nacra, d'après le dessin fait par M. Riffault, on verra comment CHAP. VI. MORMYRES. 265 cette dernière espèce à dorsale étendue sur toute la longueur du dos et à museau gros et court, concave sur la tête, lie les groupes des morm. oxyrhynques à celui de l'anguilloïde, et comment nous arrivons par ce dernier aux espèces à dorsale courte. Le MORMYRE DE TuCKEY. (Mormjrus Tuckeji, nob.) Le docteur Leach a indiqué dans l'appen- dice de la relation de la malheureuse expédi- tion anglaise sur le Zaïre, désigné plus com- munément sous le nom de fleuve du Congo, un mormyre très -voisin de l'anguilloïde, et que j'ai eu occasion d'examiner et de dessiner dans le Musée britannique , grâce aux libé- rales communications que m'en a faites M. Grayj je ne pourrais sans cela parler d'une espèce, dont le docteur Leach n'a laissé qu'une notice beaucoup trop courte, sans caractères, et sous le nom 9- l8 274 LIVRK XX. (4ALAC0PTÉRYGIENS. Ce mormyre a le corps allongé et comprimé. La hauteur est comprise quatre fois et demie clans la lon- gueur totale. Le museau est gros , obtus et arrondi ; le dessus de la tête, entre les yeux, est bombé et comme bossu. La ligne du profil du dos se continue ensuite par une ligne courbe, mais très -surbaissée, jusqu'à la caudale; celle du ventre est beaucoup plus concave jusqu'à l'anus, d'où cette ligne se redresse par une ligne droite, servant de base à l'anale jus- qu'au tronçon de la queue, dont la hauteur n'est guère que le quart de celle du tronc. L'oeil est petit, près du bout du museau, au quart antérieur de la longueur de la joue, contenue cinq fois et demie dans celle du corps entier. Tout près de l'extrémité du museau on trouve les deux ouvertures de la na- rine. La bouche est petite, avec des lèvres épaisses, arrondies, égales entre elles et chargées de papilles assez grosses. Les dents, semblables à celles des autres mormyres, sont comprimées et échancrées. La dor- sale, qui est ici très-courte, est rejetée sur l'arrière, au commencement du dernier tiers du corps; l'anale, devenue très -longue, commence a peu près à la moitié du corps, et son étendue égale à peu près le tiers de la longueur totale. A ne considérer que ces deux nageoires, on pourrait presque dire que la nature a ici renversé un oxyrhynque. La ventrale est petite et insérée au tiers de la distance, mesurée entre le bout du museau et l'origine de la caudale ; elle est très-petite; la pectorale, étroite et pointue, atteint beaucoup au delà de l'insertion de la nageoire du ventre. CHAP. IV. MORMYRES. 275 Les nombres des rayons de la dorsale et de l'anale varient un peu dans cette espèce. J'ai examiné les différents individus de la collection, et je ne crois pas que ces légères variations dans les nombres dé- pendent de différences spécifiques. D. 14 à 16; A. 56 à 60, etc. 1 Les écailles sont petites, assez régulières le long des flancs. J'en compte cent huit rangées entre l'ouie et la caudale. La ligne latérale est tracée par les deux cinquièmes de la hauteur du tronc. La cou- leur est un plombé varié de reflets rosés, prenant une teinte noirâtre sur le dos, qui est couvert de petites taches noires irrégulières. Les nageoires sont d'un vert jaunâtre. M. Geoffroy, qui a nommé cette espèce sous le nom de Mormyre de Behbeyt, en avait donné communication à M. de Lacépède qui a altéré cette dénomination dans son ouvrage en la publiant sous le nom de Bébé. La figure gravée dans l'ouvrage d'Egypte est, à cause de sa belle exécution , très-facile à reconnaître. Peu d'années avant, Sonnini 2 avait représenté cette même espèce sous le nom de Kaschoué. La figure, petite et dune cliétive exécution à 1. M. Isidore Geoffroy a compté jusqu'à soixante-trois rayons à l'anale d'un de ses exemplaires; mais j'avoue n'avoir pas retrouvé ce nombre, quoique je les ai comptés dans cinq individus. 2. Sonnini, Voyage en Egypte, pi. 21, fig. 3. 276 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. côté de celle de l'ouvrage d'Egypte, n'en est pas moins très-reconnaissable. M. Riffault a aussi rapporté une peinture de ce poisson faite pendant son voyage en Egypte; elle porte le nom de Çava. Le fond du dos est verdâtre avec des taches noires, et celui du ventre jaunâtre mêlé de rous- sâtre : la tête et les nageoires sont rousses. Outre les individus que le Cabinet tient de M. Geoffroy, on en a encore d'autres, qui proviennent des collections faites par M. de Joannis. Le MORMYRE BANÉ. (Mormyrus bone; Mormons cjprinoides , Geoffroy, mais non de Linné). En examinant les nombreux individus rap- portés d'Egypte par M. Geoffroy sous le nom de Bané, et en les comparant avec ceux que les différents voyageurs nous ont procurés depuis l'expédition d'Egypte, nous avons re- marqué six espèces ou variétés bien tranchées, que l'on a réunies sous le nom de Mormyre bané. Nos observations présentent un carac- tère de certitude; car nous n'avions pas moins de vingt- cinq exemplaires réunis et placés à coté les uns des autres pour les comparer. CHAP. IV. MORMYRES. 277 Le trait le plus saillant de la conformation de tous ces Bané est d'avoir le museau saillant au delà de la bouche; mais l'avance du museau, l'éloignement de l'œil et la forme générale du corps, offrent des caractères différentiels que l'on peut assez facilement saisir pour en con- server le souvenir de manière à reconnaître ces différentes espèces. Pour mettre les naturalistes à même d'ap- précier les observations que nous avons faites sur nos différents exemplaires, nous allons commencer par donner la description détaillée de l'espèce que M. Geoffroy a observée et qu'il a parfaitement bien représentée dans l'ouvrage d'Egypte. Ce poisson a le corps ovalaire. La hauteur , me- surée entre le commencement de la dorsale et de l'anale, est contenue quatre fois dans la longueur totale. A partir de la saillie du museau, le profil monte un peu obliquement jusque sur la crête occi- pitale, qui est élevée et qui rend la nuque un peu saillante; puis la ligne du profil monte droite, mais un peu obliquement, jusqu'au pied de la dorsale; à partir de là elle descend jusqu'à la queue. La ligne du profil du ventre est plus régulièrement concave, depuis la bouche jusqu'à la queue, au delà de l'anale. La hauteur de cette portion du corps est le cinquième de la hauteur précédente; la longueur de la tête, mesurée depuis la saillie du museau jusqu'au bord 278 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. de l'opercule, est à très-peu de chose près, le cin- quième de la longueur totale. Le profil inférieur qui se dessine depuis le museau jusqu'à l'ouverture de la bouche, est une ligne droite 5 elle est plus longue que dans aucune autre espèce. L'œil, dont le bord antérieur répond à l'ouverture de la bouche, est éloigné de la tubérosité terminale, d'une lon- gueur égale au cinquième de celle de la tête. Cet œil est petit, car son diamètre n'est guère que du sixième de cette même longueur. Un peu au-dessous de l'œil et près du bord du museau existe la cavité nasale, dont les deux orifices sont très-petits et rap- prochés l'un de l'autre. La bouche est une fente presque linéaire et transversale; les lèvres sont moins épaisses et moins garnies de papilles que celles des autres mormyres. Les dents sont d'ailleurs comprimées et à couronne échancrée comme celles de toutes les espèces précédentes. La dorsale de cette espèce est de moyenne grandeur, et, à très-peu de chose près, aussi étendue que l'anale. La hauteur des premiers rayons de la nageoire du dos est un peu plus consi- dérable que les correspondants de la nageoire de l'anus. Les ventrales sont petites; les pectorales tou- chent à leur insertion. D. 31; A. 34, etc. Je suis parfaitement d'accord avec M. Isidore Geoffroy pour cette énumération. Les écailles de celte espèce sont assez égales et plus grandes que dans aucune autre espèce. Je n'en compte que soixante- huit entre l'ouïe et la caudale. La ligne latérale est droite et tracée à peu près par le tiers de la hauteur CHAP. IV. MORMYRES. 279 du tronc. Quant aux couleurs, le fond est un plombé à reflets bleuâtres, sans aucunes taches sur le corps ou sur les nageoires. Les viscères du Bané sont semblables à ceux des autres mormyres. Je trouve seulement leurs cœcums plus longs et courbés autour de l'estomac. Quant au squelette, s'il ne présente pas de diffé- rences génériques, on ne peut nier que le crâne ne soit en apparence fort différent de celui des autres mormyres. En effet , dans cette espèce la saillie du museau n'est plus faite par l'ethmoïde; cet os , donnant au contraire la hauteur de cette partie de la face au-dessus de l'ouverture de la bouche. Les os du crâne paraissent , d'ailleurs , comme caverneux. Si j'osais me permettre des com- paraisons que je regarde comme forcées, je dirais que les Banés sont en quelque sorte aux autres mormyres ce que les sciènes sont aux perches. Nous avons pour frontaux des os courts, étroits, surmontés d'une crête mitoyenne, donnant naissance, au-dessus de l'orbite, à une petite arcade osseuse qui va se perdre sur les crêtes sourcilières, ce qui laisse un trou ou une sorte de petite caverne au-dessus de l'orbite. Le frontal antérieur s'avance ensuite en un os étroit, ayant une crête moyenne et deux petites latérales. L'ethmoïde s'articule presque à angle droit sous cet os , et vient recevoir dans son échancrure les branches de l'intermaxillaire. De chaque côté de l'ethmoïde sont d'abord les os du nez ; os assez longs, arqués, plies sur eux-mêmes en demi-cornets, et formant ainsi une sorte de goullière , qui se 280 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. continue avec celle des frontaux. Les sous-orbitaires sont de même plies en gouttière, de sorte que tous les os de cette partie de la face ont l'apparence ca- verneuse de plusieurs de nos sciènes. En arrière et au-dessus des frontaux sont deux très -petits parié- taux, dont la ligne moyenne est relevée en une petite crête qui va se continuer avec la grande crête impaire de l'interpariétal, de chaque côté de laquelle on voit s'élever les petites crêtes mastoïdiennes, qui portent vers les bases externes de la région occi- pitale. Le trou mastoïdien latéral est très -grand, triangulaire et recouvert par un surtemporal oblong, qui est proportionnellement le plus grand de toutes les espèces de mormyres. Je trouve ici les deux trous des occipitaux latéraux de nos autres espèces. Nous n'avons plus que quarante-deux vertèbres, dont onze sont abdominales. Telle est la description détaillée du mor- myre Bané, faite sur un individu long de neuf pouces, qui a également servi au travail de M. Geoffroy. Il s'est trompé, quand il a cru que ce pouvait être le mormyrus cjprinoides de Linné ; car, l'auteur du Systema naturœ compte a la dorsale vingt-six rayons et à l'anale quarante et un 5 nombres que nous avons re- trouvés dans une des espèces précédentes. Nous devons regretter aussi que M. Cuvier ait adopté, sans vérification préalable, la déter- mination de M. Geoffroy. CHAP. IV. MORMYRES. 281 Le Mormyre Dequesné. (Mormjrus Dequesné, nob.) Nous avons un second Bané, dont la hauteur entre la dorsale et l'anale est trois fois et demie dans la longueur totale. Il a donc le corps plus trapu que le précédent. L'extrémité du museau est plus grosse et plus arrondie parce que le profil inférieur de ce museau est plus courbe. Le dos paraît plus régulièrement convexe, et le ventre est plus droit jusqu'à l'anus. L'œil paraît un peu plus grand; la tête est un peu plus courte; la pec- torale paraît plus pointue; les écailles un peu plus grandes, car je n'en compte que soixante rangées le long du côté. Les nombres sont un peu différents de ceux du précédent. D. 32 j A. 36, etc. Les couleurs sont un plombé uniforme sur le dos, rembruni sur les nageoires, qui sont beaucoup plus foncées que le tronc. Le museau est presque noi- râtre, avec des reflets dorés; ces teintes rembrunies s'étendent sous la gorge. Je possède de cette espèce un exemplaire rapporté par M. Geoffroy : il est long de sept pouces. Un autre, de même taille et très-bien conservé, d'après lequel j'ai fait ma descrip- tion , provient des collections de M. de Joannis; enfin, j'en ai un troisième, long d'un pied, qui a été pris dans le Nil pendant l'expédition de 282 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. M. Daraaud. Je rapporte à cette espèce un dessin fait par M. Rifïault , qui a bien , comme le nôtre, le museau saillant et arrondi; le corps est d'un gris teinté de brun sur le dos et de rose sous le ventre. Il porte le nom que j'ai donné à notre espèce. Le MORMYRE DE JOANNIS. (Mormjrus Joannisii, nob.) Cette troisième espèce de Bané a le corps beaucoup plus haut que toutes les précé- dentes; car la hauteur, entre les deux nageoires impaires, est le tiers de la longueur totale. Le mu- seau est gros et arrondi; le dessous est plus large que dans les précédentes. L'œil est plus grand que dans aucune autre espèce. D. 30; A. 34, etc. Les écailles sont plus petites, car j'en compte soixante-sept rangées sur un corps beaucoup moins long. La couleur est plombée sur le dos, argentée sous le ventre et sous le museau. Les nageoires sont grises, à reflets verdâlres très-pâles. La longueur de l'individu est de sept pouces; il nous vient aussi de M. de Joannis. CHAP. IV. M0RMYRES. 285 Le Mormyre d'Ehrenberg. (Mormyrus Ehrenbergii, nob.) Celui-ci a le corps plus étroit que les pré- cédents ; la hauteur est comprise quatre fois dans la lon- gueur totale ; sous ce rapport il ressemblerait à notre première espèce; mais il en diffère parce qu'il a le museau plus arrondi, surtout en dessous ; que l'œil est un peu plus avancé, de telle façon que la bouche paraît plus reculée par rapport à cet organe; il est aussi plus grand que dans le Bané de M. Geoffroy. D. 30 ou 32; A. 33 ou 35, etc. Les couleurs sont plus argentées que dans aucun des précédents. Les nageoires sont pâles. La dorsale seule est teintée de noirâtre sur les premiers rayons. L'individu que j'ai reçu de M. Ehrenberg a cinq pouces de long. J'en ai un second , un peu plus grand et long de six pouces et demi , qui nous vient de M. Darnaud. Enfin, je trouve encore un individu, semblable par ses formes et les nombres de rayons, mais défectueux à cause de son ancienneté, dans les collections de l'expédition d'Egypte. Le Mormyre de Bové. (Mormyrus Bovei, nob.) Dans toutes les espèces dont j'ai parlé 284 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. jusqu'à présent, les nombres des rayons de la dorsale et de l'anale différaient très-peu; dans celle que je vais décrire je trouve une dorsale courte , ayant de vingt à vingt- trois rayons, tandis que l'anale reste longue comme dans les précédentes, car je lui compte de trente et un à trente-trois rayons, avec ces différences de nageoires impaires, je trouve un corps étroit et allongé. La hauteur entre les deux nageoires verticales est un peu au-dessous du quart de la longueur totale. La saillie du museau est très-courte, ce qui le rend plus arrondi que chez aucun autre. La fente de la bouche répond au milieu de l'orbite, parce que l'œil est encore plus avancé que dans les précédents. D. 23; A. 31 ou 33. Les couleurs sont argentées, un peu plombées sur le dos. Les nageoires sont blanches ; la caudale a cependant quelques teintes grises, ainsi que les pre- miers rayons de la dorsale. J'ai examiné un grand nombre d'individus de cette espèce rapportés du Nil par M. Geof- froy , qui sont tous de même taille et qui n'ont que quatre pouces et demi. M. Bové en a procuré au Muséum deux exemplaires parfai- tement bien conservés et de même taille, qui ont servi à ma description. CHAP. IV. MORMYRES. 285 Le Mormyre d'Isidore. (Mormyrus Isidori, nob.) Je vois dans cette espèce l'anale se raccour- cir, ainsi que la dorsale, comme dans l'espèce précédente ; elle n'a plus que vingt-quatre rayons. Le corps est d'ailleurs plus court, car la hauteur est trois fois et quelque chose dans la longueur totale. La circon- scription du corps forme un ovale plus régulier, et le museau, arrondi en dessus comme en dessous, confond son profil dans celui de l'ovale général. La bouche est petite, sa fente répond au bord antérieur de l'œil; celui-ci est donc plus reculé sur la joue que dans les espèces précédentes. La pectorale est pointue, et elle atteint presqu'à la fin de la nageoire ventrale. D. 20; A. 24, etc. Ce poisson, de couleur plombée, a le ventre plus gris et moins brillant que les deux ou trois précé- dentes espèces. La dorsale et la caudale sont un peu noirâtres; les autres nageoires restent grises. Ce petit poisson, long de près de quatre pouces , faisait partie des collections de M. Geoffroy, et était considéré comme un jeune du Bané; mais les nombres sont tellement différents, que les deux espèces ne peuvent pas même être rapprochées. Son profil , sa pectorale, sont tout à fait différents de ceux 286 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. du petit individu qui a été figuré sur la plan- che de l'ouvrage d'Egypte, et qui représente effectivement un jeune Bané. Je n'ai pas besoin de dire par quel souvenir j'ai donné à l'espèce le nom qu'elle porte. CHAP. V. HYODONTES. 287 CHAPITRE Y. De la famille des HYODONTES et des genres Ostéoglosse, Ischnosome et Hyo- DON. Je réunis dans un même groupe les ostéo- glosses, les ischnosomes et les hyodons, qui ont tous trois le corps comprimé , le ventre comprimé sans dentelures, et des cœcums au pylore. Sans la présence de ces organes ces genres iraient avec les chirocentres ; car ceux-ci ont la joue cuirassée, quoique les sous-orbitaires soient moins gros. Le développement de ces os chez les Osteoglossum a fait penser à quel- ques naturalistes que ces poissons devaient être réunis aux genres Erythrinus et Suais; mais ceux-ci, comme on le verra à leur article, s'en éloignent par la forme arrondie de leur corps et par d'autres détails anatomiques. Les deux genres dont je traite ont de l'affinité avec les autres familles que je forme pour ar- river à les caractériser. De tous ces poissons, ceux dont le canal intestinal ressemble le plus aux Ostéoglosses, sont les mormyres. Les formes extérieures ne m'auraient pas fait songer à ce rapprochement. En joignant à cette similitude 288 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. celle qu'ils ont avec les Chirocentres par la forme du corps, on comprend pourquoi je place les Hyodontes à la suite des Mormyres, et que je les éloigne par conséquent des Érythrins. DES OSTÉOGLOSSES (Osteoglossum). On doit à un voyageur portugais, M. Fe- reira, les premières indications de l'existence d'un poisson de l'Amazone, brillant des plus belles couleurs, aussi remarquable par ses formes que par ses caractères; il a été décrit et dessiné avec beaucoup de soins au com- mencement de ce siècle par ce naturaliste, disciple du professeur Vandelli de Lisbonne. Ce voyageur l'avait observé dans le Rio-Négro du Para, et il avait envoyé ses observations à son maître; celui-ci les publia dans un Re- cueil scientifique portugais vers 1808, et la gravure qui accompagne cette notice, est cer- tainement une des représentations les plus fidèles qu'un naturaliste puisse demander d'une espèce de poisson. M. Fereira avait joint à l'envoi de ses notes manuscrites la langue osseuse et dentée d'un autre grand poisson, vivant aussi dans les affluents de l'Amazone. Cet os provient d'un Vastrès; mais j'ai tout lieu de penser que le naturaliste CHAP. V. OSTÉOGLOSSES. 289 portugais a cru que la langue osseuse apparte- nait à l'espèce qu'il avait dessinée. C'est ce qui lui a fait imaginer le nom générique d'Osteo- glossum. Il a aussi observé dans sa note que le poisson est appelé Pyrarucû, parce que la langue est employée à l'extraction de la fécule d'une plante connue des Indiens sous le nom à'urucû. Nous avons déjà remarqué, depuis longtemps, que dans les idiomes de ces peu- plades américaines un poisson est appelé Pyra. Nous verrons plus loin que M. Spix et tous les autres voyageurs ont appliqué le nom de Pjrarucû au grand poisson de l'Amazone , dé- signé par M. Cuvier sous la dénomination de Vastrès géant. Nous avons eu connaissance des travaux de M. Fereira par la correspondance de M. Van- delli, retrouvée dans les papiers de M. de La- cépède. La planche envoyée à ce savant re- présente parfaitement le poisson que je vais décrire; elle porte le nom d'Osteoglossum mi- nus. Cela indique-t-il que ce professeur avait distingué, dans son mémoire, une espèce plus grande ? Je n'ai pas pu malheureusement me procurer ce travail. Les naturalistes de France et d'Allemagne connaissaient à peine ces documents, et n'a- vaient jamais observé le poisson, lorsque 19. 19 290 LIVRÉ XX. MALACOPTÉRYGIENS. MM. Spix et Martius, de retour de leur grande et savante exploration de l'Amazone, rapportè- rent un exemplaire bien conservé d'une espèce très-voisine de YOsteoglossum de M. Fereira : il est conservé dans le cabinet d'histoire natu- relle de Munich. M. Spix, qui avait préparé les planches ich- thyologiques de son voyage, en a laissé une grande figure élégamment coloriée. Ne connais- sant pas le travail sur ce poisson du professeur de Lisbonne, il avait eu l'idée de faire un genre particulier de ce poisson, que l'on trouve in- diqué sur la planche par le nom de Ischnosoma. Après la mort de Spix, M. Martius nous avait envoyé toutes les épreuves de cette belle collection ichthyologique, et nous avons pu lui communiquer nos observations sur leur nomenclature. Ce travail a été fort habilement employé par le célèbre ichthyologiste , à qui M. Martius eut le bonheur de confier la pu- blication de ce travail, quoiqu'il fût encore, pour ainsi dire, élève de l'université de Mu- nich. Tous les naturalistes ont déjà nommé mon ami M. Agassiz. Ce savant a rétabli dans son texte le nom (XOsteoglossum, et a donné à la fin de l'ouvrage , parmi les planches ana- tomiques, des figures détaillées de la tête et de l'intérieur de la bouche de ce curieux CHAP. V. OSTÉOGLOSSES. 21M poisson. Ce travail date de 1829. Toutefois, l'on va voir, par les détails dans lesquels je vais entrer, que le genre Ischnosoma de MM. Spix et Martius peut être conservé, parce qu'il n'est pas parfaitement identique au véritable Os- teoglossiwi que j'ai sous les yeux. Ce genre, découvert en Amérique, vient d'être, dans ces derniers temps, augmenté d'une seconde espèce des eaux douces de Bornéo. La description en a paru dans le grand ouvrage descriptif de l'Histoire natu- relle des possessions hollandaises dans l'Inde, publié par ordre du gouvernement des Pays- Bas en i836, par l'influence et sous la direc- tion du célèbre directeur du Musée de Leyde , M. Temmink. MM. Mùller et Schlegel ont donné une description très-détaillée de cette acquisition, aussi nouvelle qu'inattendue. Tels sont les matériaux que nous ont fournis nos prédécesseurs pour traiter d'un genre rare dans les collections, curieux par les détails de l'organisation des espèces que nous avons pu étudier nous-mêmes d'après nature sur des individus conservés dans le Cabinet du Roi. Les caractères consistent dans la forme comprimée et en lame de sabre du corps; la tête, qui partage aussi cette compression 292 LIVP.K XX. MALACOPTÉRYGIENS. générale , a le dessus du crâne osseux et les joues cuirassées par la grandeur des dernières pièces sous-orbitaires et par celle des pièces de l'appareil operculaire ; la gueule, très-fendue, a de petites dents coniques sur de courts intermaxillaires et sur des maxillaires grêles , étroits, peu mobiles et cachées en partie par les sous-orbitaires; des dents semblables sont à la mâchoire inférieure, qui porte sous la symphyse deux barbillons charnus. Le vomer, les palatins, les ptérygoïdiens,la base du sphé- noïde, l'os lingual et le corps de l'hyoïde, sont couverts de petites dents serrées; une rangée de dents coniques, plus longues, suit le bord interne des ptérygoïdiens ; les ouïes, très-lar- gement fendues, sont protégées par un large bord membraneux de l'opercule; la membrane branchiostège est soutenue par dix rayons; la dorsale plus ou moins étendue sur le dos; l'anale longue et séparée d'une petite caudale; les pectorales pointues; les ventrales prolon- gées en filet; les écailles grandes, minces, ré- ticulées; le ventre, par suite de la compression du corps, est tranchant, mais sans aucunes dentelures. A ces caractères extérieurs nous joignons ceux d'un canal intestinal simple, dont l'estomac arrondi n'a point de cul-de- sac; il y a deux ccecums au pylore; la vessie CHAP. V. OSTÉOGLOSSES. 295 aérienne est grande , simple , sans aucunes divisions ni cornes ; les parois sont très- minces. Elle communique avec le haut de l'œsophage par un canal court dont l'orifice est excessivement étroit. Les caractères génériques que nous venons d'exposer établissent les rapports nombreux qui lient YOsteoglossum aux différents genres de poissons traités dans ce livre. Il n'est pas sans avoir une ressemblance générale avec le Chirocentre, cauYOsteoglossum de l'Inde con- firme cette affinité par la brièveté de sa dor- sale. Nous trouvons ces ressemblances dans la forme comprimée du ventre sans dentelures, dans l'insertion des pectorales, dans la lon- gueur de l'anale, et même dans la saillie de la mâchoire inférieure au-devant d'une bouche fendue presque verticalement. D'un autre côté, la grandeur et la solidité des sous-orbitaires lient ce poisson à presque tous les genres de ces diverses familles, et surtout aux Ërythrins et aux V astres; enfin, il n'est pas jusque dans la simplicité du canal intestinal, dans le nombre des cœcums, dans leurs rapports de longueur et d'insertion avec l'intestin , que nous ne trou- vions une ressemblance fort notable entre nos ostéoglosses et les mormyres, malgré qu'ici Les différences extérieures soient très-grandes. Il 294 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. m'a paru important de signaler les nombreux rapports, qui font mieux apprécier l'ensemble de ces diverses familles. Z/OSTÉOGLOSSE DE VaNDELLI. {Osteoglossum Vandellii , Agassiz). Nous commencerons par traiter de l'espèce américaine , puisque c'est elle qui a été décou- verte la première; je la trouve indiquée sur la planche de M. Vandelli 1 sous un nom que j'ai peine à m'expliquer : il l'a appelée Osteo- glossum minus; et je trouve dans le manus- crit de M. Fereira que le poisson atteint à une longueur de six pieds. Lorsque M. Agassiz eut étudié les notes que nous avions mises sur les planches de Spix , il fit paraître YIscluiosoma bicirrho- sum* y en lui conservant l'épithète de son pré- décesseur, avec une description détaillée sous le nom d' Osteoglossum bicirrhoswn 5 , qu'il changea lui-même, dans les explications des planches anatomiques, où il fit connaître les détails ostéologiques de la tète. Cette déno- 1. Ment. act. Lisb. 2. Spix, Pisc. Bras., pi. z5. 3. Agassiz apud Spix et Martius, Pisc. Bras., p. 47? et p. 5, tab. anat. expl. , tab. A. fig. 8. CHAP. V. OSTÉOGLOSSES. 295 mination d'Osteoglossum Vandelli est peut- être impropre, parce que, s'il avait pu com- parer la figure de Vandelli au poisson de Munich, il eût trouve, dans la séparation de l'anale avec la caudale, un caractère qui s'op- posait à cette identité spécifique. J'ai douté longtemps de l'exactitude des planches de M. Spix, et malgré les expressions formelles de M. Agassiz, pinna analis latis- sima cuni pinna caudali conjuncta, je n'ai pu croire à l'exactitude de ce caractère, qu'a- près l'avoir fait vérifier de nouveau sur l'ori- ginal du Musée de Munich. M. Martius et son gendre, M. le professeur Erld, ont eu la com- plaisance de faire cette vérification à ma prière, et m'ont confirmé cette disposition. Dans ce cas l'on ne doit plus confondre le poisson de M. Spix et celui de Vandelli : c'est celui-ci que nous avons reçu de la rivière de l'Amazone, le seul que je possède, et d'après lequel je vais donner la description suivante. Il est le seul qui mérite le nom d Osteoglossum de Vandelli, à cause de sa parfaite ressemblance avec la figure donnée par ce savant, je n'hésite pas à le lui laisser, quoique MM. Schlegel et Mùller aient, dans leur description, appliqué cette dénomination à l'espèce de Spix, parce qu'une simple citation dans un article destiné 296 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. à faire connaître avec beaucoup de détails l'es- pèce de Bornéo , ne peut servir de règle aux ichthyologistes. Il faut aussi se souvenir qu'elle a été empruntée à une note presque inaperçue de M. Agassiz, qui a fait sa description com- plète et détaillée sous le nom d'Osteoglossum bicirrhosum. Il demeure bien entendu que mon Osteoglossum Vandelli n'est pas le même que le sien. Ce poisson a le corps comprimé. L'épaisseur est trois fois et demie dans la hauteur. Le profil supérieur est rectiligne, tandis que l'inférieur suit une courbe qui remonte fortement vers la queue, laquelle a très -peu de hauteur; car elle est comprise quatre fois et demie ou cinq fois dans toute la hauteur du corps, laquelle n'est que le sixième de la longueur totale. La tête, mesurée depuis la saillie de la mâ- choire inférieure jusqu'à l'extrémité du bord mem- braneux de l'opercule, est quatre fois et demie dans la longueur totale. Le dessus du crâne est aplati ; la portion nue de la nuque ne correspond pas même au bord postérieur des sous-orbitaires. L'œil est d'un diamètre médiocre, car il ne mesure que le sixième de la longueur de la tête ; il est tout à fait sur le haut et sur le devant de la joue, ce qui rend la face très -courte; il est séparé de son con- génère par un intervalle qui égale une fois et demie son diamètre. Le museau est cependant un peu allongé par la saillie de la mâchoire inférieure , qui dépasse de toute son épaisseur la supérieure; la gueule est CHAP. V. OSTÉOGLOSSES. 297 grande et très-largement fendue. Les intermaxillaires sont très-courts; ils ne dépassent pas, sur les côtés, les ouvertures de la narine; le maxillaire est long, grêle, étroit, caché presque en entier sous le bord des sous-orbitaires : il a très-peu de mobilité. Ces deux os ne portent qu'une seule rangée de dents courtes, qui sont en partie cachées dans l'espèce de gencive qui embrasse l'os ; car on ne peut pas dire qu'il y ait de lèvres. Les dents de la mâchoire infé- rieure ne sont pas beaucoup plus longues; elles sont sur un seul rang le long des branches, et sur deux, derrière la symphyse : c'est à la mobilité seule de cette pièce et à la longueur de ses branches, restées libres jusqu'à l'articulation, qu'est due l'amplitude de la gueule. Il existe une petite plaque de dents pointues sur le chevron du vomer, sur les palatins, sur les deux ptérygoïdiens ; mais ici, le long du bord interne de la grande aile ptérygoidienne, l'on voit une carène sur laquelle les dents sont plus longues que celles du reste de la plaque. Ces deux carènes, rapprochées l'une de l'autre, forment une gouttière renversée tout le long du palais, dont la voûte est formée par le sphénoïde; lequel, lisse et sans dents sur presque toute son étendue, en porte un petit groupe auprès de l'attache des arceaux des branchies. La langue est libre, large, ovale, assez charnue en avant; elle est longue et remplit l'inter- valle assez grand que laissent entre elles les deux branches de la mâchoire. Son os lingual , prolongé en arrière jusqu'entre les branchies, se confond avec le corps de l'hyoïde. Il est un peu concave et couvert 298 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. de dents excessivement petites, ressemblant tout à fait, par leur disposition en quinconce, aux àpretés d'une râpe fine. Les râtelures des branchies ne sont pas très-longues ; elles sont aussi couvertes d apretés. Il ne me paraît pas que les pharyngiens supérieurs aient des dents. A cause de la mobilité de toutes les pièces de l'ouïe et des deux branches de la mâchoire inférieure, la membrane qui forme l'isthme de la gorge et qui se réunit à la membrane branchiostège, est assez large; mais, dans l'état de repos, elle reste antérieurement cachée entre les branches de la mâ- choire qui se rapprochent assez pour se toucher à la hauteur de leur articulation. On voit pendre sous la symphyse deux barbillons charnus, coniques, à pointe fine et déliée. Leur longueur égale celle de la moitié des branches. La joue est osseuse, parce qu'elle est presque entièrement recouverte par les sous-orbitaires postérieurs et par les pièces de l'ap- pareil operculaire. Toutes ces pièces sont finement ciselées et grenues; le préopercule seul et la mâchoire inférieure sont plus rugueux. Nous comptons cinq osselets sous-orbitaires : le premier est situé entre l'œil et la narine; aussi est-il profondément échancré en avant pour laisser la place à l'organe olfactif Cet os est petit; mais cependant il l'est beaucoup moins que le second et le troisième sous-orbitaire, qui sont réduits a de simples arceaux osseux, tout à fait styliformes; le quatrième sous-orbitaire est une très-large plaque irrégulièrement quadrilatère, dont le bord postérieur offre une sinuosité en S : son angle descend jusqu'à l'extrémité du maxillaire et CHAP. V. OSTÉOGLOSSES. 299 sur l'articulation de la mâchoire inférieure; le cin- quième sous-orbitaire a une forme plus régulière et presque rectangulaire; il va du bord postérieur de l'orbite à l'extrémité supérieure du bord montant du préopercule. Cet os se montre comme une pièce triangulaire, élargie en arrière et en bas par une sorte de bord membraneux. L'opercule est très- grand; son bord postérieur est largement arrondi, et il couvre à lui seul toute cette dernière partie de la joue; carie sous-opercule ne contribue en rien à augmenter la surface de l'os précédent, parce qu'é- tant très -petit, il est caché sous l'angle postérieur du préopercule. On peut en dire à peu près autant de l'interopercule, qui est recouvert par une peau épaisse. La membrane branchiostège est assez libre, assez large, et elle se continue en un bord mem- braneux operculaire, qui est un des plus épais et des plus développés que l'on puisse trouver dans les poissons. Il cache toute la ceinture numérale et s'étend jusque sur la seconde ou la troisième ran- gée d'écaillés, qui sont elles-mêmes très- grandes. Le dessous de celte ceinture humérale est comprimé en une carène, qui se continue avec celle du ventre, en passant entre les ventrales jusqu'à l'anus. Cette carène n'offre, comme le chirocentre, aucunes den- telures ni aucunes de ces écailles osseuses qui con- stituent le caractère général de toutes nos vraies clupéoïdes. Les pectorales sont longues et pointues, insérées tout à fait sous le bas de la poitrine, s'éten- dant et se cachant en quelque sorte le long des flancs lorsqu'elles sont fermées, mais s'écartant du 500 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. corps à angle droit. Malgré leur petit nombre de rayons elles ont assez de largeur, parce que l'éventail de ceux-ci a de l'étendue. On trouve dans leur aisselle une écaille libre et plus large que les au- tres, sans qu'elle soit cependant pointue. On voit donc que la pectorale ressemble aussi, sous pres- que tous les rapports , à celle des chirocentres. J'en dirai de même des ventrales , bien qu'elles soient beaucoup plus petites. L'anale, qui est très-étendue et qui suit le contour en lame de sabre, caractéri- sant la forme générale du corps, commence beau- rps coup en avant du milieu de la longueur totale; elle se continue jusque tout auprès de la caudale, sans cependant y toucher et se confondre avec elle. Il faut, pour observer cette distinction, y regarder avec soin, et écarter légèrement les deux nageoires, en mettant le poisson sur un plan lisse; rien n'est plus facile que de croire à la réunion des deux na- geoires. J'ai examiné les trois individus de la collec- tion sous ce point de vue, pour m'assurer de la sé- paration de l'anale et de la caudale. La dorsale est basse, un peu plus courte que l'anale, quoiqu'elle finisse aussi tout près de la caudale. Il résulte de cette disposition des deux nageoires verticales que le tronçon de la queue est excessivement court; la caudale elle-même, qui est arrondie, est petite. B. 10; D. 43; A. 50; C. 12; P. 1 ; V. 6. La ligne latérale part, comme à l'ordinaire, de l'écaillé mastoïdienne, et s'infléchit vers le ventre en suivant à peu près la courbure du profil; elle CHAP. V. OSTÉOGLOSSES. 501 est formée d'une suite de tubulures simples, qui deviennent, après le dessèchement, de petits sillons ou enfoncements sur toutes les écailles de la ligne latérale. Les écailles sont grandes- j'en compte trente- cinq rangées entre l'ouïe et la caudale; une d'elles, examinée avec soin et à la loupe, montre que toute sa surface est couverte d'un réseau à mailles ordi- nairement quadrangulaires et que toute la surface est finement granuleuse. On sait que les couleurs de ces poissons sont très-brillantes; mais les individus que j'ai sous les yeux sont entièrement décolorés. Nous pouvons en juger par le beau dessin de Spix, qui représente toutes les écailles du corps d'un bel orangé rougeâtre et bordé d'une large bande d'un beau bleu. Les nageoires sont d'un brun plus ou moins jaunâtre. L'étude anatomique des viscères m'a montré un œsophage extrêmement large , sans plis , donnant dans un grand estomac, arrondi en arrière et sans cul- de -sac; deux longs ccecums auprès du pylore; l'intestin se continue en un tube simple et étroit, ne faisant point de circonvolutions, se dilatant au rectum. La vessie aérienne est très-grande, à parois minces et membraneuses ; elle me paraît simple et arrondie vers le haut, et elle communique avec l'œsophage par un canal court, dont l'entrée me paraît excessivement étroite. Le foie est de longueur médiocre, étroit et réduit à un seul lobe, situé entièrement dans l'hypocondre droit. Un individu a été envoyé de l'un des 302 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. affluents de l'Amazone de l'intérieur du Brésil par M. le comte de Castelnau : il a près de deux pieds. Le Cabinet du Roi en possède deux autres exemplaires, qui ont été pris dans la rivière de l'Amazone par l'un des officiers distingués de la marine, M. Tardy de Mon- travel , connu par son beau travail hydrogra- phique sur le cours de ce grand fleuve. Il me paraît évident que YOsteoglossum arowana de M. Schomburgk appartient à notre espèce; on trouve, en effet, dans sa description de trop nombreux détails parfai- tement semblables avec nos individus, pour ne pas croire à une identité spécifique. 11 dit que ce poisson n'est pas rare dans le Rupu- nuni; qu'on le trouve aussi dans le Essequibo. Il l'a vu aussi en abondance dans le Rio Branco, un des affluents du Rio Négro; mais ce poisson est plus rare dans ce fleuve. Il aime les eaux vaseuses, et se nourrit, suivant M. Schomburgk, de substances végétales. On le voit souvent nager près de la surface de l'eau, ce qui permet aux Indiens de le tuer à coups de flèche. Les noms vulgaires que l'on trouve cités dans cet ouvrage, sont ceux de Macusi et & Arowana. Je n'ai pas accepté le nom à'Osteoglossum Arowana, parce que je n'ai pas voulu laisser tomber dans l'oubli, par CHAP. V. OSTÉOGLOSSES. 505 cette innovation, le nom du naturaliste de Lisbonne, qui a publié le premier une figure si correcte de notre poisson. Z/OSTÉOGLOSSE ÉLÉGANT. {Osteoglossum formosum , Miïll. et Schlegel.) Je ne connais l'espèce de Bornéo que par la description et la ligure des naturalistes hol- landais que je viens de citer. Cette espèce diffère de la précédente par un corps beaucoup plus trapu et surtout plus haut entre la dorsale et l'anale. A cet endroit du corps la hauteur mesure le quart de la longueur totale. Le profil su- périeur du corps est rectiligne jusqu'à la dorsale; l'inférieur est courbe. Les dents, surtout celles du vomer, me paraissent plus fortes. Je crois aussi que celles de la langue sont plus grosses. L'os lingual est d'ailleurs plus pointu. Les sous - orbitaires cou- vrent de même toute la joue; il y a aussi deux bar- billons sous la symphyse de la mâchoire inférieure. La dorsale est courte, reculée tout à fait sur l'arrière du dos; elle est arrondie; l'anale, plus longue que la dorsale, est haute, et a une étendue proportion- nelle beaucoup plus courte que dans l'espèce amé- ricaine. La pectorale est pointue et dépasse l'inser- tion des ventrales. Les écailles sont plus grandes et moins nombreuses sur le corps que dans l'espèce américaine. Je n'en compte guère que vingt- cinq rangées entre l'ouïe et la caudale. A ces formes si 504 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. distinctes nous ajoutons une différence très -notable dans les couleurs. Ce beau poisson a le corps d'un vert brillant, avec une bordure violette à chaque écaille. La tête, de la couleur du tronc, a la mâ- choire inférieure blanche et des taches lilas, sous forme de traits oblongs, éparses sur ces diverses parties. Toutes les nageoires sont d'un bel orangé. MM. Mùller et Schlegel ont compté quinze rayons à la membrane branchiostège. Cette différence assez considérable entre les nombres du poisson de Bornéo et ceux de l'espèce d'Amérique ne me paraît pas, cependant, devoir faire distinguer génériquement le premier, parce que je ne vois aucune autre diffé- rence essentielle indiquée dans la description. Je ferai même remarquer que l'anale est séparée de la caudale comme dans le poisson que j'ai décrit. Voici les autres nombres indiqués dans la descrip- tion hollandaise. D. 18; A. 27; C. 16; P. 7; V. 5. Les habitants de Bornéo à Kœwala-Pattai nomment ce poisson Tangalasa. La chair est très-sèche. De /'Ischnosome (Ischnosoma, Spix), et en particulier de I'Ischnos. bicirrhosum, Sp. (Osteoglosswn bicirrhosum , Agassiz). Ainsi que je l'ai dit plus haut, j'ai longtemps douté de la réunion de la caudale et de l'anale dans le poisson figuré par Spix, tab. 25, sous CHAP. V. ISCHNOSOMES. 505 le nom de Ischnosoma bicirrhosum. Cepen- dant, les expressions de M. Agassiz sont si positives, qu'avant de prendre un parti défi- nitif, j'ai consulté de nouveau sur ce sujet M. Martius. Cet illustre botaniste a bien voulu examiner, à ma prière, le poisson conservé dans le cabinet de Munich. Il s'est de plus fait aider dans cette recherche par son gendre, M. le professeur Erdl, habile physiologiste, si connu par ses beaux travaux sur le déve- loppement de l'œuf humain et sur celui du poulet, et qui vient de prendre un rang re- commandable en ichthyologie par ses inté- ressantes recherches sur le Gjmnarchus ni- loticus; ils m'ont confirmé de la manière la plus positive cette réunion des deux na- geoires. Comme j'ai examiné trois exemplaires de l'Ostéoglosse de Vandelli, que tous les trois se ressemblent parfaitement, je crois que le caractère de la séparation de l'anale et de la caudale est constant et normal dans cette espèce de l'Amazone; et comme ce même caractère se retrouve dans le poisson des eaux douces de Bornéo, il faut aussi ajouter que la division des deux nageoires est le caractère normal et constant du genre osteoglossum. Si le poisson de M. Spix n'est pas une de 19. 20 50G L1VKE XX. MALÂCOPTÉRYGIENS. ces déformations accidentelles qui constituent une variété, le caractère du genre établi par M. Spix, reposera sur la réunion des deux nageoires, anale et caudale. J'incline à croire que l'individu du Musée de Munich est une de ces variétés accidentelles; mais n'en ayant pas de preuve suffisante, je laisse aux obser- vateurs qui se trouveront à même de vérifier cette question, le soin de la résoudre com- plètement. Je préfère , pour éviter toute con- fusion, traiter dans un article, sous le nom dlschnosoma, de celui sur lequel il me reste les doutes que je viens d'exprimer ; car il est bien certain que mon osteoglossum ne diffère en rien de celui de M. Vandelli, tandis que Xischnosoma ne lui ressemble pas entièrement. A part le caractère que je viens de signaler, on peut dire brièvement de ce poisson que sa tête, son corps, sa dentition, les barbillons qui pendent sous la symphyse de la mâchoire, les écailles, les cou- leurs ressemblent tellement à notre osteoglossum, autant du moins qu'on en peut juger sur une figure et d'après la description détaillée que M. Agassiz en a donnée, qu'il est inutile de revenir ici sur ces détails. Il me semble, cependant, que le premier rayon de la pectorale et celui de la ventrale de Yisch- nosoma sont plus courts et moins prolongés en fila- ments que ceux de Y osteoglossum. L'exemplaire du Musée de Munich est long CHAP. V. HYODONS. 507 de deux pieds : il vient aussi de la rivière des Amazones. DU GENRE HYODON (Jfyodon, Lesueur). Le genre Hyodon a été établi par M. Le- sueur 1 pour classer un poisson de l'Ohio et du lac Érié , connu des habitants sous le nom de Hareng. Il ressemble, en effet, aux chipes par la forme comprimée du corps, par les rapports des intermaxillaires et des maxil- laires, par la grandeur des yeux, par celle des écailles et même par la couleur: mais il s'en distingue à l'extérieur par l'absence de la ca- rène dentelée du ventre, par la grandeur des dents en crochets que porte la langue, et qui rappelle tout à fait celle des truites. Il y en a de plus au vomer , aux palatins : cette dentition montre les affinités des hyodons avec les ostéoglosses. On peut encore la trouver dans la grandeur des sous-orbitaires très- minces qui couvrent cependant toute la région préoperculaire de la joue. Nous saisissons encore une autre affinité dans les formes du canal intestinal, puisque le docteur Richard- son nous apprend que l'espèce disséquée par 1. Lesueur, Journ. of ac. nai, se. of Phil., vol. I, p. 364- 508 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIKNS. lui n'a qu'un seul cœcum roulé sur lui-même; que l'estomac est arrondi sans cul-de-sac; que la veloutée n'a aucun repli veloutaire et sail- lant dans l'intérieur du tube digestif. Les hyodons ont une grande vessie aérienne à parois minces et communiquant avec l'œso- phage. Je ne comprends pas trop ce que veut dire M. Lesueur de deux autres petites vessies à air, subglobulaires, placées chacune dans une cavité creusée de chaque coté de la base du crâne. Il me semble que cela doit indiquer une bifurcation de la vessie aérienne, comme je l'ai souvent observé dans d'autres poissons voisins de celui-ci; cependant je ne vois pas que le docteur Richardson ait trouvé une sem- blable conformation. La dorsale est courte et au-dessus d'une longue anale. Cet ensemble de caractères me semble justifier le rappro- chement que j'établis entre les ostéoglosses et les hyodons. M. Lesueur a fait d'abord connaître deux espèces de ce genre : elles ont été adoptées par M. Dekay, et M. Richardson en a ajouté une troisième, qui a beaucoup d'affinité avec l'une des deux décrites par M. Lesueur, puis- qu'il l'avait d'abord confondue avec l'une d'elles. M. Rafinesque a aussi un genre Hyodon, CHAP. V. HYODONS. 301) qu'il divise en trois autres sous-genres, savoir : les Hyodons de Lesueur, et les Glossodons et Amphiodons. J'ai étudié avec tout le soin possible les trop vagues descriptions laissées par cet infa- tigable voyageur, qui a malheureusement tra- vaillé sans méthode. Il m'est impossible de caractériser les espèces dont il parle et de les placer dans cet ouvrage fait sur nature. Ce que je dis de ces sous-genres est appli- cable aux poissons désignés dans cet écrit sous les noms de Pomolobus, Dorosoma et Note- migonus : je laisse aux observateurs qui ex- plorent l'Ohio, le soin de nous faire connaître ces poissons et de débrouiller cette partie de l'Ichthyologie. Z/Hyodon tergisse. {Hjodon tergisus , Lesueur.) M. Lesueur nous a envoyé deux exemplaires de l'espèce nommée par lui Hjodon tergisus. Ces deux individus sont très-bien conservés. Mais, comme ils sont préparés en peau, nous ne pouvons parler, dans la description sui- vante, que des caractères extérieurs. Nous allons présenter ce que nous avons observé sur ces poissons de la manière suivante. 310 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIEJVS. Le corps de l'hyodon est assez haut et comprimé. La ligne du profil supérieur est droite; celle du ventre est fort arquée jusqu'à l'anale; elle se redresse ensuite en devenant plus droite jusqu'au tronçon de la queue. La plus grande hauteur se prend aux ventrales, et fait, à très-peu de chose près, le quart de la longueur totale. La tête est courte, car elle n'est que le sixième de celle du corps. Le museau est très-court, parce que l'œil, dont le diamètre me- sure le tiers de la longueur de la joue, est rapproché des maxillaires, et cela dépend de la petitesse des trois premières pièces du sous-orbitaire; caria chaîne de ces osselets ressemble beaucoup à celle de Yos- teoglossum. H y a, en effet, entre l'œil et la narine, un premier sous-orbitaire, fortement échancré en avant; puis en vient un second, qui esf très-petit; lequel est suivi d'un troisième, d'abord très -étroit, mais se dilatant un peu pour se réunir au quatrième ; celui-ci et le cinquième forment une très -grande plaque excessivement mince, étendue sur presque toute la joue. L'os est ovalaire et en partie recou- vert, sur le poisson frais, par une espèce de pau- pière adipeuse, mais qui n'avance pas sur la cornée; elle ressemble donc plus à celle du chirocentre qu'à celle de l'alose. Le préopercule ne laisse voir que la partie inférieure de son limbe, dont l'angle est arrondi, et qui recouvre presque entièrement l'interopercule. L'opercule et le sous - opercule , réunis ensemble, forment une plaque à bords ar- qués, qui laissent à découvert presque toute la cein- ture humérale. La bouche est grande et bien fendue. CHAP. V. HYODONS. 54 I La mâchoire inférieure dépasse entièrement la supé- rieure en remontant obliquement au-devant d'elle ; celle-ci est formée par de courts intermaxillaires et par des maxillaires grêles et étroits , presque entière- ment cachés par le sous-orbitaire. Leur talon est un peu plus large que celui de Y osteoglossum ; il avance aussi un peu plus sur la branche de la mâ- choire inférieure. Les dents des mâchoires sont co- niques, sur une seule rangée à la supérieure et sur deux à l'inférieure ; puis il y en a deux rangées le long du vomer, et ensuite sur les palatins et sur les ptéry- goidiens. La langue, libre et longue, a aussi deux séries de dents coniques, pointues et recourbées en arrière. La membrane branchiostège est assez grande et libre. Les ouïes sont largement fendues. La dorsale est reculée sur le dernier tiers du tronc, en ne com- prenant pas dans cette mesure la caudale, dont le lobe mesure le dixième de la longueur totale. La nageoire du dos est courte, quadrangulaire et une fois et demie plus haute qu'elle n'est longue. L'anale est étendue, à peu près comme le serait la nageoire d'une brème (Cyprinus brama); la pectorale est large, peu pointue; les ventrales sont de moyenne grandeur. B. 10»; D. 10; A. 32; C. 24; P. 12; V. 7. Les écailles sont de grandeur médiocre, implan- tées obliquement et par rangées obliques très -pro- noncées, au nombre de soixante, entre l'ouïe et la caudale. Le dessous du ventre est caréné, mais sans 1. MM. Lesueur, DeKay et Richardson n'en comptent que neuf. 542 LIVRE XX. MAlACOPTÉRYGIENS. aucune denlelure. La ligne latérale est droite, tracée par les deux cinquièmes de la hauteur. La couleur est verdàtre sur le dos, blanche sous le ventre; le tout glacé d'argent : c'est la couleur de nos gardons. J'ai fait cette description d'après un indi- vidu desséché, long de treize pouces, que M. Lesueur a envoyé de l'Ohio, dans les États de Cincinnatus. M. Dekay 1 a observé cette espèce dans la rivière AUeghani : elle y est connue sous les noms Herring, River Her- ring ou de Toothed Herring. On la considère comme une nourriture commune. M. Rirtland, dans sa Zoologie de l'Ohio, l'a appelée Moon-ejed Herring. Je vois que M. Richardson 2 n'en parle que d'après M. Le- sueur. M. Storer ne fait aucune mention de cette espèce, ni d'autres de ce genre, dans ses Poissons du Massachussets. M. Lesueur l'a observée, pour la première fois, dans le lac Érié à Buffalo. M. Thomas Say a examiné un individu qu'il a cru être de la même espèce, a Pittsburg; mais M. Rafines- que assure qu'il n'a jamais observé ce poisson dans l'Ohio, et il soupçonne que c'est de son Hyodon vernalis que l'on aurait voulu parler, 1. Dekay, Faim, of New-York, p. 265, pi. 4i , %• »3o. 2. Richardson, Faun. bor. Amer., p. 235, n.° 90. chap. v. hyodons. 513 Z/Hyodon clodale. (Hyodoji claudalus , Lesueur.) La seconde espèce dont M. Lesueur 1 ait parlé, et qu'il a nommée Hyodon claudalus, est distincte de la précédente, parce que l'anale est étroite, large et pointue an- térieurement, tandis qu'elle est arrondie dans l'es- pèce précédente, la nageoire de l'anus de notre seconde espèce manquerait aussi de cette entaille que l'on voit sur le milieu de la nageoire de l'espèce précédente; d'ailleurs, les formes sont semblables et les nombres peu différents. D. 15; A. 30; C. 20; P. 13; V. 7. L'individu décrit par M. Lesueur a onze pouces de long et avait été péché à Pittsburg. Il se montre en abondance dans le mois de mai, et sa chair est bonne. M. Dekay 2 a adopté cette espèce et en a donné une figure. Il dit que l'espèce est commune dans le lac Érié, qua Buffalo et à Barcelona elle y est connue sous les noms de Moon-eye, Shiner et Lake Her- ring. M. Richardson ne mentionne pas cette espèce ; mais M. Rafinesque 3 la compte dans 1. Lesueur. loc. cit., p. 367. 2. Dekay, loc. cit., p. 266, pi. 5i , fig. i64- 3. Rafincsque, tchth. de l'Ohio, p. 43. n.° 314 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. son Ichthyologie de l'Obio , et il en fait même le type d'un sous-genre, qu'il appelle Clauda- lus, mais qui n'est pas plus motivé que ceux dans lesquels il a subdivisé le genre Hyodon. Z/Hyodon a face dorée. {Hyodon chrjsopsis , Rich.) M. Richardson a fait connaître sous ce nom un beau petit poisson habitant les lacs en communication avec le Saskatchewan, entre le 53. e et le 54- e parallèle, et qui n'approche pas plus près de la baie d'Hudson que le lac Wivipey. La forme générale est celle des hyodons. Les nombres sont : B. 9;D. 11; A. 34; G....; P. 12; V. 7. Le bord de l'anale est droit. La dorsale est petite; la caudale est coupée en croissant; son lobe infé- rieur est un peu plus grand. La couleur est un gris bleuâtre sur le dos et argenté sous le ventre. Les côtés de la tête sont jaune de miel. L'estomac est un long tube recourbé à son extrémité. L'orifice pylorique est contracté; au-dessous du pylore le canal intes- tinal se dilate beaucoup ; il forme ensuite un tube d'un diamètre égal, sans aucune dilatation qui marque le rectum; un cœcum obtus, de trois quarts de pouces de longueur, s'ouvre près du pylore sur le côté de l'intestin dilaté; de l'autre côté vient débou- CHAP. V. IIY0D0NS. 315 cher le canal cholédoque. L'auteur dit que le canal alimentaire ne fait qu'une circonvolution entre l'œso- phage et l'anus. Il établit qu'il y a deux petites rates, et que la vessie aérienne est grande et communique avec l'intestin. M. Rictiardscm a fait sa description sur un individu péché récemment à Cumberland- House par 54° latitude nord pendant la première expédition du capitaine sir John Franklin. Les Indiens Grées le nommaient Oweepectcheesees , et les voyageurs, qui font le commerce de pelleteries, le nomment Nac- cajsh ou Gold-eye (aux yeux d'or). 516 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. CHAPITRE VI. Des Butirins (Buturinus , Commerson ; Albula, Gronov.) Les poissons dont je vais faire l'histoire dans ce genre ont été connus fort anciennement, mais fort mal décrits, et cependant les diffé- rents auteurs avaient presque tous signalé le caractère essentiel et générique de ce groupe. Ils ont tous le corps régulièrement en fuseau cou- vert d'écaillés dures, résistantes, nombreuses et rangées par séries longitudinales ; une suite d'écaillés, un peu plus larges, se remarque avant et après la dorsale sur la carène du dos; la tête, nue et sans écailles, est assez grande; l'œil est recouvert d'une paupière épaisse et adipeuse; à travers le derme, assez dense, qui passe sur le crâne , on reconnaît la direction des cannelures formées parla saillie des carènes de ces os; le museau est conique et pointu: il dépasse beaucoup la mâchoire inférieure; la dorsale est petite; les ventrales sont insérées en arrière de son dernier rayon; l'auale est peu étendue et tout à fait reculée sous la queue; l'anus est percé au milieu de la distance entre cette nageoire et les ventrales ; les dents sont en carde fine aux mâchoires, aux palatins, sur CHAP. VI. BUTIRINS. 547 le chevron du vomer et sur les pharyngiens : celles qui caractérisent en quelque sorte le genre, sont grenues, hémisphériques, creuses, comme des petites boules quand on les regarde détachées; elles couvrent à la partie supérieure une plaque elliptique du sphénoïde, et une autre plaque allongée sur chaque ptérygoïdien. Ces trois os forment une cannelure dentée dans laquelle s'engage la convexité de l'os lingual , également couvert de granulations dentaires. Cette singulière disposition des dents a été signalée par Marcgrave , par Forster, par Fors- kal, par Parra. Elle avait cependant échappé, on peut le dire, à l'attention de tous les ich- thyologistes récents, jusqu'à ce que je l'aie fait remarquer à M. Cuvier, en 1819, ainsi qu'il le dit lui-même dans un mémoire où il décrit une espèce de ce genre. A cette époque il n'y avait au Cabinet du Roi que de mauvais exem- plaires de deux de nos espèces, de sorte que ce que M. Cuvier a pu dire des poissons de ce genre, est encore fort incomplet, et n'a pas pu avoir le cachet d'exactitude qu'il don- nait ordinairement à ses recherches critiques sur des espèces incertaines. Ce qui l'a surtout empêché d'atteindre la vérité, c'est qu'il a cru que les dessins de Commerson représentaient une espèce américaine, ou tout au moins de 518 LIVRE XX. MALACOPTÉRYUIENS. l'Atlantique, et la même que celle que Plu- mier avait dessinée cent ans auparavant aux Antilles. Mais, depuis que plusieurs espèces, établies sur l'examen d'un grand nombre d'in- dividus, ont pu être comparées entre elles, j'ai acquis la certitude que les butirins de l'Océan atlantique sont distincts de ceux de la mer des Indes, et que dans ces deux mers le genre y comprend plusieurs espèces différentes. Après la figure de Marcgrave, le premier document transmis aux ichthyologistes systé- matiques, est cette peinture de Plumier, re- présentant le poisson Banane des Antilles, et qui est devenue dans Lacépède sa Chipée macrocéphale , en même temps que Bloch, dans son Système posthume , faisait graver l'original de ce vélin sous le nom d'Albula Plumieri. Il empruntait à Gronovius non- seulement cette dénomination générique, mais il copiait la description de l'espèce avec toutes les fautes de synonymie de cet auteur; c'est pourquoi l'on trouve la dénomination corres- pondante à la figure de Bloch sous le titre diAlbula conorhynchus. On voit que Gro- novius empruntait cette première citation au mémoire descriptif de Nozeman. Ce natura- liste a, en effet, inséré dans un recueil hollan- dais peu connu, son travail, sous le titre de CHAP. VI. BUTIRINS. 549 Description d'un poisson rare, en l'accompa- gnant d'une figure tellement exacte, qu'il est impossible de douter un seul instant qu'il n'ait eu sous les yeux un poisson du genre dont nous traitons. A lepoque où il écrivait, en 1758, il ne pouvait avoir pour guide qu'Artedi, et peut- être la dixième édition du Systema naturœ qui a paru cette même année. On voit, dans le commencement du mémoire, l'embarras que l'auteur a éprouvé pour classer son pois- son , la peine extrême qu'il s'est donnée pour y arriver, et comment, après avoir discuté les différents caractères qui l'empêchaient de le placer dans le genre des Cyprins, dans celui des Corrégones ou dans celui des Saumons, il se décida à l'appeler Conorhjnchus , c'est- à-dire museau en cône, «à cause, dit-il, de « son museau prolongé, caractère qui distingue « ce poisson des autres d'une manière saillante, «ne sachant pas qu'il ait été décrit quelque «part par quelque autre auteur. 8 Je ne vois pas pourquoi Gronovius n'a pas accepté le nom de Nozeman, et pourquoi il a préféré le nom RAlbula, emprunté à Scho- nefeld , et qui désigne le Houting, ou une de nos espèces septentrionales de Corrégone. Quoi qu'il en soit, c'est principalement avec 320 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. cet élément que le genre Albula a été établi par Gronovius; et il l'aurait été sans qu'on pût lui faire le moindre reproche, s'il n'eût adjoint à ses synonymies la figure du poisson de Ben- tam prise dans Renard. \lAmia de Brown et XUnbarana de Marc- grave ou de Pison, appartiennent sans aucun doute aux poissons du genre dont nous par- lons; mais la citation de Renard ne s'y rap- porte plus du tout ; elle est celle d'un poisson décrit plus haut, fort mal connu des natura- listes, dont Forster et Forskal ont fait un mugil, et qui est devenu dans M. de Lacé- pède le type des Chanos, genre que cet au- teur n'a certainement pas connu , quoiqu'il en eût rédigé la diagnose générique en la tirant de Forskal. Mais, en même temps que Bloch se servait du dessin de Plumier pour l'établissement de X Albula Plumierij, il faisait figurer l' Unbarana de Marcgrave parmi ses clupées, sous le nom de Clupœa brasiliensis y et il plaçait le Macabi de Parra, qui est certainement du même genre, dans celui des Amia sous le nom diAmia immaculata. Ces espèces nominales ont été rapportées au genre Butirin avec une grande sagacité par M. Cuvier, mais confondues toutes ensemble CHÀP. VI. BUTIRINS. 391 sous une seule espèce et avec celle de l'Ile- de-France, dessinée par Commerson. Le des- sin de ce voyageur se rapporte à Y Argentina glossodonta de Forskal, laquelle est différente de YEsox argenteus de Forster, quoiqu'ils soient tous deux du même genre. M. Cuvier a pensé que YEsooc vulpes de Linné était du genre dont nous traitons. Cet Esox vulpes paraît dès la dixième édition : Linné lui donne trois rayons à la mem- brane branchibstège, et cite, pour appuyer son espèce, le Vulpes bahamensis de Catesby, tome II, pi. I, fig. 1. Linné, sans y rien chan- ger, le reproduisit dans la douzième édition. M. Cuvier a été obligé de supposer d'abord que Linné avait reçu son poisson de Garden; ce que le grand naturaliste suédois ne dit pas, quoiqu'il n'ait jamais manqué de citer son célèbre correspondant; secondement, que le membrana triradiata serait une faute du co- piste, et qu'on avait voulu écrire treize rayons; enfin, que Linné aurait décrit un cyprinodon, et qu'il aurait cité une figure représentant un poisson d'un genre tout différent. J'avoue qu'il faut donner à l'interprétation des fautes des dessinateurs ou aux lacunes de la description une latitude bien grande pour partager une opinion d'une si grande autorité; 19. 21 522 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. je ne concevrais pas comment un dessinateur qui aurait eu notre poisson sous les yeux, aurait fait à la bouche une fente aussi large, l'aurait armée de dents aussi grandes, aurait pu représenter une langue aussi épaisse, aurait fait une dorsale aussi basse et aussi petite; d'ail- leurs, Catesby dit que la fente de la bouche est assez longue; qu'un rang de petites dents pointues garnit les mâchoires; que la couleur est jaune d'ocre sur le dos; ce qui ne peut, en aucune façon , s'accorder avec nos Butirins. Je pense que la description, tout insignifiante qu'elle est, signale cependant des caractères qui doivent éloigner ce Vulpes bahamensis des Butirins. Je regarde encore le poisson de Catesby comme un de ceux qui nous restent à trouver, mais qu'aujourd'hui je ne puis dé- terminer. Lors de la rédaction de son premier mé- moire, M. Cuvier avait eu l'intention de dé- signer le nouveau genre qu'il observait sous le nom de Glossodonte; mais, ayant depuis reconnu que ces espèces répondaient parfai- tement aux Butirins de Commerson, il raya des catalogues ichthyologiques le nom qu'il avait imaginé, et il a rétabli, dans la seconde édition du Règne animal, un genre dont il avait fait une simple mention dans une des notes de la première. CHAP. VI. BUTIRINS. 323 Il faut, en effet, consacrer le nom inscrit par Commerson sur ses dessins, parce qu'il est le seul où l'on n'ait pas encore introduit des espèces étrangères. Lorsque M. Agassiz fut chargé par M. Martius de décrire les poissons que Spix avait rapportés de son voyage à l'Amazone, il fit une abbréviation de la déno- mination de M. Guvier; et c'est ainsi que parut le nom de Glossodus. L'espèce américaine fut considérée, suivant les errements de l'époque , comme synonyme des poissons de la mer des ïndes , et M. Agassiz lui donna le nom de Glossodus Forskali. L'on conçoit qu'aujourd'hui on ne peut le conserver. M. Buppell, dans ses nouvelles recherches sur sa Faune d'Abyssinie, a eu le premier l'idée de séparer les butirins des Indes de ceux de l'Amérique, et, dans cette intention il reprit l'épithète que Forskal avait donnée à son Ar- gentine, pour désigner son poisson sous le nom de Butirinus glossodontus. Nous reviendrons sur cette dénomination à l'article où je trai- terai de ce Butirin des Indes. Les Butirins ont, sans aucun doute, de l'af- finité avec les clupéoïdes par leurs nombreux ccecums , leur grande vessie aérienne commu- niquant avec l'estomac \ mais ils sont distincts 524 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. par l'absence de dents aux maxillaires , et aussi par le défaut de cette carène dentelée en scie, composée de pièces plus ou moins dures, que nous décrirons en traitant des dupées : ils avoisinent un peu les mormyres, qui ont, comme eux, le palais et la langue dentés. Nous possédons aujourd'hui sept espèces de butirins, dont trois du bassin de l'Atlan- tique et quatre du grand Océan indien, sans compter les espèces mentionnées par les au- teurs, et sur lesquelles nous n'avons que des données encore incertaines, parce qu'on ne peut déterminer des poissons, si voisins les uns des autres, que sur la nature et par une comparaison attentive. Le BlJTIRIN MACROCÉPHALE. Albula macrocephala (Clupée macrocéphale, Lacépède). Le poisson Banane des Antilles dont les naturalistes doivent la connaissance à Plumier, est un malacoptérygien de forme élégante et assez semblable à celle de notre barbeau. Il a cependant le corps un peu plus trapu , à cause de l'épaisseur de la partie postérieure ou de la base de la queue. La plus grande hauteur est comprise cinq fois et demie dans la longueur totale; l'épais- CHAP. VI. BUTIRINS. 525 seur est, à bien peu de chose près, moitié de cette hauteur. La tête est allongée, et le museau, saillant au devant de la bouche, est en quelque sorte comme la pointe mousse d'une pyramide tétraèdre. La lon- gueur de la tête est quatre fois et un tiers dans celle du corps entier. L'œil est au milieu de la lon- gueur de la joue et sur le haut, de manière que le cercle de l'orbite touche à la ligne du profil, mais sans l'entamer; son diamètre est compris quatre fois et demie dans la distance, mesurée entre le bout du museau et le bord de l'opercule; une sorte de paupière épaisse, adipeuse, qui rappelle ce que nous avons observé dans les scombres, les muges, et que nous retrouverons dans des clupéoïdes, couvre l'œil; cette paupière est percée d'une fente elliptique, correspondant au trou de la pupille. La portion adi- peuse et non transparente s'étend sur le sous-orbi- taire en avant, et jusqu'au bord du préopercule en arrière. En l'enlevant, on met à nu la peau argentée qui recouvre la plupart des os de la face. Ces deux membranes ne sont pas assez épaisses pour que l'on ne puisse voir dessous les différents osselets qui composent la chaîne du sous-orbitaire. Le premier ou le plus antérieur est étroit et caverneux ; le se- cond, haut et large, a le bord orbitaire seulement caverneux; il est suivi d'un troisième, triangulaire, petit et placé comme une pièce intermédiaire entre le second et le quatrième, qui se touchent par leur bord écailleux ; ce quatrième, ainsi que le cinquième, ont la portion qui cerne l'orbite, repliée pour faire 32() LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. encore de petites cavernes et s'articuler avec une sixième et une septième pièces, qui se réunissent et se prolongent en une grande plaque mince et écail- leuse, étendue sur presque toute la joue. Cette portion du sous-orbitaire est sillonnée par de nombreuses petites veinules. Le préopercule est presque réduit à son limbe, épais et caverneux, et qui est forte- ment réuni à l'arcade ptérygo- temporale. Le reste de l'os est mince; on pourrait presque dire que c'est une membrane ossifiée. L'opercule est assez épais, irrégulièrement triangulaire, à bord postérieur ar- rondi; le sous-opercule forme, comme à l'ordinaire, une pièce mince et soudée au bord inférieur de l'opercule; elle donne sur le devant une apophyse assez épaisse, soudée au bord antérieur de l'opercule, et qui remonte entre cet os et la portion verticale du préopercule. L'interopercule est mince, arqué, et placé en grande partie sous la gorge. La cavité de la narine est petite, à peu près au milieu de la distance entre le bout du museau et le bord de l'œil, et près de la carène externe du front. Ces deux ou- vertures sont tellement rapprochées l'une de l'autre qu'elles ne sont séparées que par le repli de la pa- pille qui ferme l'antérieure, laquelle est très- petite. La tête dont je viens de faire connaître les deux or- ganes de l'olfaction et de la vision, est remarquable, d'ailleurs, par sa forme quadrangulaire. Le dessus du crâne est aplati; l'intervalle entre les deux yeux est égal au diamètre de l'œil. A travers la peau assez épaisse, on distingue le plan de la région des fron- taux postérieurs et des pariétaux ; la gouttière , CHAP. VI. BUTIRINS. 327 pointue en avant, qui sépare les deux bords relevés des frontaux principaux; les cavernes allongées et elliptiques, creusées entre l'œil et la narine; la petite crête du frontal antérieur, sous laquelle s'abrite la narine, et, enfin, la saillie de cet elhmoïde caver- neux, qui vient former la pointe du museau. C'est sur les parties latérales de cet os que nous voyons s'articuler les courts intermaxillaires, dont les bran- ches montantes sont réduites au petit tubercule d'ar- ticulation. Sur les côtés et en arrière sont les deux maxillaires qui dépassent les os précédents , de ma- nière à ce que leur talon, large et aplati, fasse une partie du bord de la bouche. Sur le côté postérieur, ces maxillaires ont un petit os supplémentaire, qui se cache entièrement derrière le sous-orbitaire quand la bouche est fermée. Il en est de même du maxil- laire principal , dont on ne voit que le bord externe. La .lèvre est d'ailleurs assez épaisse; elle devient même assez large à la mâchoire inférieure. Celle-ci a des branches courtes, assez notablement caverneuses; elle peut s'abaisser beaucoup, parce que les maxil- laires et les intermaxillaires, sans être protractiles , font un assez grand mouvement de bascule sur l'eth- moïde. Il est tel que les deux intermaxillaires de- viennent transversaux quand la bouche est ouverte : celle-ci a une ouverture encore assez large et pres- que ronde; mais quand elle est fermée, la circon- scription de l'ouverture est en ogive sous la saillie du museau. Les dents de ce poisson sont serrées, implantées sur un grand nombre d'os, et méritent une attention 328 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. loule particulière , à cause de la variété de leur forme. Les maxillaires n'en ont aucunes; celles des intermaxillaires sont courtes, coniques, pointues, un peu courbes et sur une bande étroite. On peut dire d'elles qu'elles sont en herse fine ou en velours très -rude. Je trouve des dents semblables sur les deux palatins et sur le chevron du vomer : de sorte qu'il y a derrière la première arcade des dents in- termaxillaires un second arc, à peu près parallèle ou concentrique sur le palais. En arrière du vomer, qui est court, on voit la surface concave et élargie du sphénoïde couverte d'une plaque elliptique de dents grenues et serrées les unes contre les autres. Cette gouttière, dentée et peu creuse, devient beau- coup plus profonde, parce que les deux ptérygoï- diens, chargés de dents semblables à celles du sphé- noïde, viennent s'y adapter de chaque côté. Ces trois os reçoivent l'os lingual, qui est convexe et recou- vert d'une plaque de dents semblables aux précé- dentes. La langue elle-même, en avant, est assez molle, charnue et pointue. Je ne puis apercevoir, ni à la mâchoire supérieure ni à l'inférieure, aucune trace du voile membraneux qui existe dans un si grand nombre de poissons. On voit donc que le poisson banane est un de ceux qui a le plus de dents, puisque nous en observons sur les deux in- termaxillaires, sur les deux palatins, sur le vomer, sur le sphénoïde, sur les ptérygoïdiens, et, enfin, sur l'os lingual. Il y en a encore sur deux plaques pharyngiennes supérieures, et sur un large espace triangulaire du pharyngien inférieur; celles-ci sont CHAP. VI. BUTIRINS. 32.) pointues, serrées et semblables à celles du devant de la bouche. On conçoit que l'épaisseur de l'os lingual a dû être cause de la largeur de l'isthme des Buti- rins, il l'est, en effet, beaucoup ; c'est ce qui contri- bue à former le méplat du dessous de la tête, et à lui donner cette forme tétraèdre qui la caractérise; mais, d'ailleurs, pour que l'os lingual pût s'abaisser, ou, si l'on veut, pût jouer facilement dans la gout- tière palatine et travailler avec les dents supérieures a écraser la proie des butirins, l'on voit que, pour la rendre plus mobile, la nature a replié la peau, de manière à faire sous les mâchoires des espèces de gouttières, qu'il faut examiner avec attention pour ne pas se laisser tromper sur leur nature. On pour- rait les prendre fort aisément pour des pièces parti- liculières , propres aux butirins , et que l'on ne rencontrerait pas dans les autres malacoptérygiens. De chaque côté de cet isthme si large existe, à l'extérieur, toute la membrane branchiostège; celle de droite recouvrant et cachant en partie le devant de celle de gauche. A en juger par les replis de la peau, les rayons doivent être assez mobiles. J'en compte douze à la membrane gauche, et onze seule- ment à la membrane droite. La dorsale est courte, à peu près sur le milieu du corps ; elle est cependant un peu sur le devant. La hauteur des premiers rayons surpasse un peu la longueur de la base; les derniers ne font à peu près que le tiers de la hauteur des pre- miers. La branche externe du dernier rayon se pro- longe en un petit filet. Toute la nageoire est d'ailleurs recouverte d'écaillés oblongues, qui rappellent, à 350 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. certains égards, celles que nous voyons sur un grand nombre de nageoires des poissons fossiles. Le bord de la nageoire est un peu concave. L'anale est très-courte, écailleuse; son dernier rayon se prolonge en un filet qui touche jusqu'à la caudale; celle-ci est pro- fondément fourchue et écailleuse comme les précé- dentes. La pectorale est courte, attachée au bas d'une ceinture numérale, dans laquelle on voit un scapu- laire étroit, surmonté d'un surscapulaire court et fourchu, et ayant en dessous un large humerai, dont le bord, libre, forme une plaque écailleuse, dans la sinuosité de laquelle s'attache le premier rayon de la pectorale. Derrière la plaque de l'huméral on compte dix à douze écailles pectorales, pliées et re- dressées en carène, qui, en se superposant, forment une sorte de petite gouttière longitudinale, dans la- quelle s'appuie la nageoire quand elle se rapproche du corps. La ventrale est petite et triangulaire, et a, dans son aisselle, une très-longue pointe écailleuse et libre, formée de la réunion de quatre à cinq écailles ventrales. B. 12 — 11 ; D. 17; A. 8; C. 34: P. 18; V. 11. Tout ce poisson a le corps couvert d'écaillés so- lides, presque osseuses, disposées par séries longitu- dinales régulières, différentes de celles que l'on ob- serve sur les nageoires. J'en compte soixante-quinze entre l'ouïe et la caudale. Une écaille isolée montre un bord radical assez grand, quadrilatère, avec deux ou trois rayons seulement en éventail. Examinée à la loupe faible, on ne voit que des stries longitu- dinales, excessivement fines, sur les rayons. Le reste CHAP. VI. BUTIR1NS. 551 de l'écaillé paraît plutôt grenu que strié. A l'aide du microscope, on reconnaît de très- fines stries d'ac- croissement, formant des rivulations courtes et très- nombreuses, et la portion radicale est composée d'un nombre infini de granules elliptiques, placés comme des chapelets à côté les uns des autres. Ces écailles sont des plus jolies et des plus singulières que j'aie examinées au microscope. La couleur est un bel ar- genté devenant sur le dos un peu plombé, tout en conservant son éclat métallique. A l'extrémité du mu- seau l'on voit sur les individus conservés dans l'esprit de vin , un point noirâtre, qui descend de chaque côté pour s'étendre jusque sous la face inférieure. Dix à douze lignes flexueuses, longitudinales et plombées se montrent par reflets le long des flancs. Telle est la description d'an individu long de quatorze pouces, que le Cabinet du Roi a reçu presque aussi frais que si on le sortait de l'eau, parmi les collections faites à Saint- Domingue par les soins de M. îUcord. Les viscères des butirins ressemblent, à beaucoup d'égards, à ceux des clupées. Nous y voyons l'œso- phage se continuant en un estomac assez vaste, cy- lindrique, terminé en cul-de-sac arrondi. Sa branche montante est courte; les parois en deviennent un peu épaisses vers le pylore; celles de l'estomac sont, au contraire, minces et comme membraneuses. Au- tour du pylore, et le long du duodénum, qui adhère à l'estomac par un tissu cellulaire serré, on trouve vingt-deux appendices pyloriques, courts, gros et 532 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGTENS. rangées en série longitudinale. Le reste de l'intestin est droit, et se rend presque directement à l'anus. La veloutée du colon est relevée de mailles hexago- nales, irrégulières, dont les séparations sont assez hautes. Le foie est peu volumineux. Le lobe gauche est beaucoup plus épais que le lobe droit; ils sont tous deux trièdres, à bords minces et tranchants. Une petite vésicule du fiel, oblongue et blanche, est cachée entre la branche montante et le bord supé- rieur du foie. On voit en arrière la rate, viscère oblong et comprimé, qui repose sur l'intestin. De chaque côté de l'estomac sont les deux laitances , dont la masse ne dépasse guère la pointe, mais les sacs qui font office de canaux déférents sont longs et se rendent derrière l'anus de chaque côté de l'in- testin. Nous trouvons dans toute la longueur de la cavité abdominale une vessie natatoire oblongue, dont la tunique membraneuse, excessivement mince, est enveloppée dans un repli fibreux du péritoine assez épais. Cette vessie se prolonge en arrière , au delà de l'intestin et de la cavité abdominale, enfermée dans une sorte d'étui osseux, qui s'étend jusqu'au delà du dernier interépineux de l'anale. Un canal pneumatique, court et ouvert très- visiblement, sans être cependant large, établit une communication entre cet organe et l'estomac. On le voit s'ouvrir sur la face dorsale de ce viscère, un peu en avant de son cul- de-sac terminal. Les reins sont gros, épais et d'un parenchyme noirâtre. A ce que j'ai dit des os dans la description extérieure de l'animai, il faut encore ajouter CHAP. VI. BUTIRINS. 355 les particularités suivantes, tirées de l'étude du squelette. Le frontal se porte en arrière, assez loin, à cause de l'étroitesse des pariétaux et de l'interpariétal; il forme au delà de l'œil, avec son congénère, beaucoup plus de la moitié de la surface du crâne. A la hauteur de l'angle orbitaire il se relève en bosse, et donne nais- sance à une carène arrondie et caverneuse, qui s'étend sur le devant du museau et se réunit avec celle du côté opposé, un peu avant la suture des frontaux, avec l'ethmoïde. Il y a donc une assez large gouttière longitudinale et en V, fort aiguë sur toute la région frontale. Le bord extérieur de l'os s'étend , pour former la voûte de l'orbite, en une lame solide, un peu bombée, et qui vient recouvrir le frontal anté- rieur. Après avoir dépassé cet os, son bord se relève en une petite carène, qui forme avec l'interne une grande gouttière, dont le sommet ogival s'approche beaucoup de l'angle antérieur de l'orbite : c'est dans cette carène que l'on trouve le nasal plié en V, et dont le bord externe se redresse en une lame mince et tranchante. Sur le bord orbitaire du frontal il y a un petit os étroit qui répond au sus- orbitaire des carpes. Le frontal postérieur est épais et tuberculeux, et laisse entre lui et dans la lame avancée des fron- taux principaux une grande cavité remplie de graisse. Le plancher inférieur de cette cavité est formé par la portion avancée du sphénoïde. Sur les côtés du frontal antérieur on voit saillir, près du sphénoïde, une grosse tubérosité; au-dessus et en arrière, une apo- physe triangulaire et pointue part de l'angle externe 334 LIVRE XX. toALACOPTÉRYGIENS. de l'orbite, et s'étend en une lame qui ferme en avant la cavité orbitaire. En arrière des frontaux et sur le milieu du crâne nous voyons les deux petits parié- taux, qui se louchent par une suture médiane. Leur forme est une sorte de parallélogramme étroit. Ce que l'on voit de l'interpariétal sur le crâne est de moitié plus étroit que les pariétaux; il ne s'avance pas de chaque côté jusqu'à leur angle externe; il porte une petite crête projetée horizontalement en arrière; il contribue à former la plus grande partie de la face postérieure du crâne. Entre eux et le basilaire sont les deux occipitaux latéraux qui se touchent sur la ligne moyenne; à leur bord externe et supérieur, et sur le côté externe de l'interpariétal sont les deux occipitaux supérieurs, tout à fait sé- parés l'un de l'autre par l'interpariétal, ils donnent, en arrière, une apophyse saillante, qui, avec la petite crête interpariétale , forme les trois pointes de la ré- gion postérieure du crâne, et augmentent ainsi la profondeur de la fosse où s'insèrent les muscles cer- vicaux. A l'angle externe et supérieur de l'occipital latéral et sous les occipitaux supérieurs et les mas- toïdiens, existe le rocher; os qui manque, comme l'on sait, dans un grand nombre de poissons : ce rocher est petit et saillant en arrière en un court tubercule. Les mastoïdiens sont assez larges; ils sont un peu caverneux le long de leur crête externe. Au-dessous d'elle on voit une première fosse ob- longue , au-dessous de laquelle est la gouttière étroite, dans laquelle s'articule le temporal. La por- tion du mastoïdien qui se prolonge en arrière et en CHAP. VI BUTIRINS. OOO dessous sur les côtés du crâne, forme, avec le rocher, l'occipital latéral et la grande aile sphénoïdale, une fosse conique, pointue, assez profonde, et qui ne communique pas dans la boite cérébrale. Au-dessus du mastoïdien, et entre cet os et l'occipital supérieur, on voit l'entrée d'une fosse profonde, dont la voûte est complétée par le pariétal et la partie postérieure du frontal; mais qui ne pénètre pas dans le crâne, et qui, par conséquent, n'est pas analogue au trou que nous avons observé dans les mormyres, ni aux ouvertures pariéto- mastoïdiennes qui existent dans les dupées. La grande aile sphénoïdale est assez large, irrégu- lièrement quadrilatère; elle termine en avant la gout- tière d'articulation du temporal. La petite aile a peu d'étendue, et ferme en avant la fosse mastoïdienne, qui est au-dessus de cette articulation. Le temporal s'articule par les deux têtes arrondies de son bord supérieur dans la gouttière mastoïdienne dont j'ai parlé plus haut. Au-dessous de cette arti- culation et le long du bord postérieur on voit une grande ouverture oblongue, qui est l'entrée de la fosse assez profonde dont ce temporal est creusé. Au- dessus et au bord postérieur de cette ouverture est la poulie d'articulation de l'opercule. Le temporal ou la caisse complète cette partie de la joue; il est à peu près triangulaire; son angle, arrondi, est infé- rieur. Entre lui et le plérygoïdien se voit la surface triangulaire du jugal, dont l'angle supérieur est tronqué et dont la base, assez épaisse, est presque en- tièrement confondue avec le préopercule. Le ptéry- goïdien est caverneux en avant, au-dessous du frontal m 556 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. antérieur; en arrière de cette caverne sa surface, qui devient presque horizontale et qui contribue à former le plancher inférieur de l'orbite, porte sur ses côtés une sorte d'apophyse allongée en lame plate, qui recouvre la partie supérieure du jugal et s'étend un peu sur le tympanal. Toute la partie du ptérygoïdien qui est au-dessous de celte portion orbitaire ou de sa partie caverneuse, s'élargit en cette lame grenue à laquelle sont attachées les dents ptérygoïdiennes. La colonne vertébrale se compose de soixante- dix vertèbres, dont les quarante-deux premières por- tent des côtes articulées sur des apophyses transverses. Ces apophyses sont très -courtes, et l'on peut dire presque sans saillie, sur les trente-quatre premières vertèbres; sur les dernières, ces apophyses se di- rigent vers le bas , sont arquées , plus longues que le corps de la vertèbre n'a de hauteur, et celles-ci portent des côtes, dont les extrémités se dirigent en arrière et se réunissent sur les douze vertèbres qui suivent. Les deux apophyses transverses se réunissent en dessous de la colonne vertébrale pour former le canal artériel; puis ces deux apophyses se sépa- rent l'une de l'autre, divergent un peu et donnent attache à de petites côtes arquées, rondes, placées, par conséquent, à la suite l'une de l'autre, et qui atteignent ainsi jusqu'au dernier interépineux de l'anale : c'est l'ensemble de ces pièces qui forme le cône prolongé au delà de la véritable cavité abdo- minale, et dans lequel s'enfonce la vessie natatoire. Il n'y a donc, à proprement parler, que trente-quatre vertèbres portant de véritables côtes abdominales. CHAP. VI. BUTIRINS. 337 Au-dessus de ces côtes on voit d'autres os ou arêtes grêles, courbes, dirigées en arrière et vers le dos, et articulées sur les vertèbres à la base de l'apophyse épineuse. Il y a vingt-neuf de ces os, dont les six premiers sont plus courts et plus épais que les sui- vants. Le premier interépineux de la dorsale corres- pond à la dix-septième vertèbre, et celui de l'anale à la cinquante-cinquième; mais, comme je l'ai dit, les sept interépineux de cette nageoire ne touchent pas aux apophyses épineuses inférieures, puisqu'ils en sont séparés par le cône de la vessie natatoire. Enfin, pour compléter cette description, il faut ajouter que l'huméral et le cubital font en dessous un large cornet osseux ; que le radius est petit et court , et que le trou radial est assez large. Cette espèce de Butirin est celle qui se rapproche le plus, à cause de la longueur de sa tète, de l'espèce figurée par Plumier et dont le vélin portait pour suscription : Ce- phalus argent eus Plumîeri, vulgo Banane à la Martinique. C'est ce dessin que M. de Lacé- pède a fait graver sous le nom de Clupée ma- crocéphale. Bloch, de son côté, trouvait dans le recueil des dessins de Plumier de la biblio- thèque de Berlin, une figure représentant bien certainement la même espèce et qui a été gravée, après réduction, dans l'édition pos- thume de Schneider sous le nom d' Albula Plumieri. Il est juste de dire que cette copie 19. 22 338 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. est meilleure que celle de M. de Lacépède. Dans le texte, cette figure est citée sous la seule espèce du genre Albula, qui est dénom- mée Albula conorynchus j mais on ne peut rien dire de la description que Bloch a rap- portée au poisson de Plumier, parce qu'il l'a évidemment copiée dans Gronovius. Il a de même admis, sans aucune espèce de critique, les synonymes de l'ichthyologiste de Leyde, qui se rapportent , comme nous l'avons dit plus haut, non-seulement à des espèces dis- tinctes, mais à des poissons de genres tout à fait différents. M. Ricord , qui nous a rapporté l'individu sujet de notre description, l'a péché près les Arcaès, dans la baie de Port au Prince; on l'y nomme kakambj. Il dit que la chair est mauvaise. Nous avons encore d'autres poissons Banane de cette espèce, envoyés de la Mar- tinique par M. Achard et de Saint-Barthélémy par M. Plée. Je trouve un dessin de ce poisson dans la collection que nous a communiquée M. de Poey; il dit qu'il n'en a vu que de douze pouces et que le poids ordinaire est de trois à cinq livres : il paraît servir seulement pour amorcer les lignes, parce que le grand nombre d'arêtes que l'on trouve dans la chair est cause CHAP. VI. BUTIRINS. 359 qu'on ne le mange pas. Il n'a pas cependant de propriétés malfaisantes. C'est un poisson commun. Le Butirin Macabi. (Albula Parrœ, nob.) Nous avons reçu des mers d'Amérique des individus qui me paraissent appartenir à une espèce voisine, mais distincte de celle que je viens de décrire. Ils ont, en effet, la tête plus courte, comprise quatre fois dans la longueur du corps jusqu'à la base de la caudale , ou près de cinq fois dans la longueur totale; le dessus de la tête est un peu plus convexe- ce qui dépend plus de la courbure de l'extrémité du museau que de la plus grande élévation du front. L'os de l'épaule me paraît faire une saillie plus grande et constituer une écaille plus large que celle de la pré- cédente. La forme des nageoires et l'égalité des deux lobes de la caudale sont les mêmes que dans l'espèce précédente. Les nombres ne diffèrent pas. D. 18; A. 8, etc. Les couleurs sont aussi semblables à celles du Butirin macrocéphale. Il ne me paraît pas, cepen- dant, que le dessous du museau soit noirâtre, ainsi que nous l'avons observé sur plusieurs exemplaires de l'autre espèce. En examinant le crâne d'un de nos individus, je trouve avec les légères différences extérieures que 340 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. je viens de signaler, d'autres distinctions qui me paraissent plus importantes sur le squelette. Les frontaux me semblent un peu plus larges en arrière. Leur bord supra-orbitaire est plus soutenu; les gout- tières ogivales plus arrondies et moins avancées vers l'orbite; les os du nez ont leur lame externe plus ronde et un peu plus haute; la gouttière ethmoïdale est un peu moins étroite. Le Cabinet du Roi a reçu de M. Plée deux individus qui ont deux pieds deux pouces de longueur; ils sont mâle et femelle, et je n'ai pas vu de différences dans les formes du crâne de ces deux sexes. Nous possédons un autre petit exemplaire, originaire de Bahia; il est long de neuf pouces et demi; enfin, un quatrième, plus petit, a été apporté de Rio Janeiro au Cabinet du Roi par M. Delalande. C'est l'un de ces individus que M. Cuvier ' a observé, et qu'il a confondu avec le Butirin de la mer des Indes et avec XArgentina glos- sodonta de Forskal. Les individus de Bahia ou du Brésil me donnent la possibilité de déterminer l'espèce que M. Agassiz 2 a nom- mée, dans la description des poissons de 1. Cuvier, Mém. du Mus., t. V, p. 371. 2. Agass., Select, pisc, p. 48 et 49- CHAP. VI. BUTIRINS. 341 Spix, Glossodus Forskalii. A l'époque où cet habile ichthyologiste a écrit ce travail, il a suivi, sans y rien changer, toute la nomencla- ture indiquée par M. Cuvier, de sorte qu'il n'y a rien à dire en ce qui touche son juge- ment sur les auteurs qui Font précédé; mais il a eu le mérite de rectifier sur le texte l'er- reur commise par Spix, et il a heureusement bien établi que XEngraulis Bahiensis n'est que le jeune de XEngraulis sericus. Il faut aussi rapporter à cette espèce le Macabi de Parra 1 , qui est devenu dans l'édi- tion posthume de Bloch 2 son Amia innna- culata. Cet ichthyologiste ne se rappelait pas d'ailleurs qu'il avait déjà inscrit cette espèce parmi ses Clupées, sous le nom de Clupea Brasiliensis , celle-ci ne reposant que sur l'Unbarana de Marcgrave. Bloch cite la figure manuscrite du prince Maurice de Nassau, conservée dans la bibliothèque royale de Berlin. Je dois à l'amitié de M. de Humboldt la permission d'avoir pris une copie de ce dessin : il est fait à la mine de plomb. Il est assez incorrect et manque d'anale. Il n'ajoute donc rien de plus à la comparaison fort juste, 1. Parra, lam. 35, fig. î, p. 2. Bloch , p. 45i , n.° 2. 342 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. quant au genre, que Gronovius en avait faite, avec son Albula conorhynchus. J'avoue d'ailleurs que je ne le rapporte à l'espèce dont il s'agit, que parce que je trouve notre Macabi de la Havane jusque sur les côtes du Brésil; mais ce sera toujours une détermi- nation incertaine quant à l'espèce, car je ne vois pas comment l'on pourrait affirmer que le Butirin macrocéphale , originaire de la Martinique, ne s'avancerait pas aussi jusque sur les plages brésiliennes. Je crois cependant que la saillie du crâne et la brièveté de la tête, très-bien exprimées dans la figure, doivent déterminer ce rappro- chement. Je trouve aussi une figure de notre espèce dans la collection des poissons du Mexique, communiquée à M. Cuvier par M. Mocino; elle porte le nom de Macambi. Les différents auteurs qui ont parlé de ces pois- sons s'accordent à dire que leur chair est de bon goût, mais qu'on ne la mange pas, parce qu'elle est trop remplie d'arêtes. Le Butirin de Gorée. {Albula Goreensis , nob.) La collection des voyages de Barbot nous donnait la preuve de l'existence des Butirins CHAP. VI. BUTIRINS. 345 sur la côte d'Afrique; mais la figure fort peu caractérisée de cette collection, nous aurait laissé de grands doutes sur cette espèce, sur son affinité ou sur ses différences avec les autres Butirins américains, lorsque le dernier envoi de M. Rang est venu les lever, en nous mettant à même de consulter la nature : or, lorsque l'on compare le poisson de la côte d'Afrique à l'un de ceux que nous avons déjà vus et qui proviennent des mers américaines, il ne reste aucun doute sur les différences spécifiques des deux espèces. C'est surtout dans la grandeur et la configuration des os du crâne que nous les trouvons ; car les formes extérieures ne nous fournissent que des carac- tères beaucoup moins tranchés. En effet, la longueur de la tête est comprise en- viron trois fois et demie ou trois fois et deux tiers dans la longueur totale. La longueur du nez, les dents maxillaires palatines et linguales sont telle- ment semblables qu'on ne peut exprimer de véritables différences. La courbure du front et du museau me paraît seule un peu plus marquée. Les sous-orbitaires me semblent plus élargis et les bords caverneux , au- dessous de l'œil, un peu plus étroits. Les nombres des nageoires sont peu différents des autres. D. 18; A. 8, etc. La couleur est toujours argentée, tirant au plombé 344 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. sur le dos, avec plusieurs lignes longitudinales si- nueuses. Les écailles sont de la même grandeur, et celles de la rangée médiane aussi différentes et allon- gées de la même manière. Il n'y a donc pas là de caractères bien tranchés ; mais, en enlevant la peau du crâne et en mettant à nu les différents os que nous avons déjà décrits précédemment, on trouve des différences très- marquées. Le milieu du crâne est creux. Les pariétaux sont relevés et bombés au milieu. Ces os sont fort étroits, et une cannelure assez profonde les sépare de l'interpariétal. En avant de la bosse des pariétaux nous voyons une sorte de carène mousse se diriger vers le renflement supra- oculaire des frontaux. Une dépression très -sensible que ces os portent vers l'angle postérieur, près de l'orbite, rend l'élévation plus saillante. Les carènes longitudinales du frontal sont plus élevées et plus rapprochées ; un sillon creux les sépare du bord ex- terne de l'os. Les cannelures ogivales sont encore plus larges et moins avancées vers l'œil que celles de l'espèce précédente. Les deux lamelles des os du nez sont plus courtes et moins hautes; mais l'externe est pliée et plus rejetée en dehors, ce qui rend la gouttière de cet os plus étroite. Le sourcilier est long, grêle, et presque en entier au-devant de l'or- bite : ces formes sont tellement caractéristiques que l'on ne peut balancer à reconnaître ce poisson comme d'une espèce toute particulière. M. Rang en a envoyé deux exemplaires longs de vingt pouces. Il les prit en 1 83 1 dans la CHAP. VI. DUT1RINS. 545 rade de Gorée. La figure de Barbot 1 , un peu trop haute par rapport à sa longueur, ne don- nerait qu'une idée fort incomplète de l'espèce. Il l'appelle Banane. Le BUTIRIN BANANE. (Albula bananus, Lacép.) Je commence la description des espèces des Indes par celle de l'Ile-de-France, parce que j'ai tout lieu de penser que cette espèce, abondante dans cette île, y a été observée et dessinée par Commerson. Elle a la tête contenue quatre fois et demie dans la longueur totale, et, en général, ses formes sont tellement semblables à celles des autres espèces, que je ne l'aurais pas distinguée si je n'avais vu son crâne; mais les frontaux sont différents. La canne- lure longitudinale et moyenne est distincte. Je trouve, en effet, que la suture des interpariélaux avec les frontaux descend en une pointe plus aiguë et à la hauteur des yeux. Ces deux os se relèvent en une sorte de petit losange peu saillant. La cannelure moyenne est profonde, et les cannelures latérales forment également un sillon très -marqué. Les ca- vernes ogivales sont étroites, sans être aussi pointues que dans la première espèce. D'ailleurs, c'est de même t. Coll. of voy. and irav., vol. V, p. 101, pi. 6. 340 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. un poisson tout argenté, avec un petit chevron noir sur l'extrémité du nez, mais qui ne descend pas à la face inférieure, du moins dans les quatre individus que j'ai observés. M. Dussumier, qui les a vus frais, donne une teinte verdâtre au corps et dorée aux joues. Toutes les nageoires sont blanches; la dorsale et la caudale sont bordées d'un très-fin liséré noir. Ils nous viennent des mers de l'Ile-de- France, soit par M. Desjardins, soit par M. Dussumier. Notre plus grand individu a treize pouces de longueur. Les individus que je viens de décrire res- semblent tellement aux deux dessins laissés par Commerson dans ses manuscrits, qu'il est impossible de douter de leur détermination. Ils sont tous deux faits à la mine de plomb sans aucune signature, mais il y a tout lieu de croire, par la manière dont ils sont exécutés, qu'ils sont dus au crayon de Sonnera t. Com- merson avait écrit de sa main sur l'un d'eux, ButjrimiSj et sur l'autre il avait ajouté Poisson, Banane vulgb, Grand comme nature. C'est ce dernier qui a été gravé dans M. de Lacé- pède assez mal, quoique d'une manière recon- naissable, à la planche VIII , fig. 2 , du tome V. La gravure a été intitulée Synode Renard. Dans le texte M. de Lacépède a établi un genre Butirin, composé d'une seule espèce, CHAP. VI. DUTIRINS. 547 le Butirin Banane : en citant uniquement ce que Commerson a inscrit sur son dessin , l'ich- thyologiste français dit cependant avoir trouvé dans les manuscrits de Commerson une des- cription courte mais précise de ce poisson. Il n'y a certainement dans la collection en- tière des manuscrits aucune description qui porte le nom de Butirin ou qui se rapporte à ce poisson. On sait qu'elles étaient toutes faites en latin, précédées d'une phrase lin- néenne, que M. de Lacépède a toujours eu soin de transcrire , quand elle existait. Il aurait dérogé cette fois à cette constante habitude : il me paraît plus probable que la notice du Butirin a été faite sur les figures de Commer- son , et qu'ayant oublié l'origine de ses notes, M. de Lacépède l'aura rapportée, de mémoire, au Synode Benard. Il y aurait là un nouvel exemple de ces petites confusions que cet excellent homme a faites en travaillant à la campagne sur de simples extraits pris sur de petits feuillets épars. Je doute que , s'il eût comparé le dessin de Commerson à la planche de Catesby, reproduite dans l'Encyclopédie méthodique et sur laquelle repose le Synode Benard, M. de Lacépède eût regardé la copie de Commerson comme identique à celle de l'Encyclopédie. L'espèce, sujet de cet article, 348 LIVRE XX. MALACOPTÉRÏGIENS. a donc paru d'abord deux fois sous des noms différents dans cet ouvrage d'ichthyologie, d'a- près Commerson: elle y revient une troisième fois, parce que XArgentina glossodonta 1 est encore le même. La figure et la courte des- cription que M. Ruppell nous a données de son Butirinus glossodontus viennent confir- mer cette opinion. En lisant avec beaucoup de soin la des- cription de Forskal et en comparant d'ailleurs la figure que j'ai faite à Berlin des Butirins de la mer Rouge, je crois que Y/Jrgentina glossodonta ne diffère pas de l'espèce de l'Ile-de-France , parce qu'elle est la seule dont on puisse dire qu'elle porte un anneau noir à l'extrémité de la mâchoire. Il faut d'ailleurs bien observer qu'à l'époque où j'étais à Berlin je ne connaissais pas l'importance qu'il y avait à étudier le crâne de ces espèces. Je n'aurais pu d'ailleurs dans cette collection comparer un aussi grand nombre d'individus entre eux, par conséquent il me serait toujours resté des doutes sur mes déterminations. La descrip- tion de Forskal, toute détaillée qu'elle est, ne donne que des caractères génériques. Ce voyageur dit : que les Arabes de Djedda lui 1. Lacéji. , l. V, jj. 566. CHAP. VI. liUTIRINS. 340 nommaient ce poisson Bônuk, et ceux de Lo- haje Bunuk, ce qui voudrait dire racine. M. Ehrenberg l'a entendu nommer Gasma à Mas- sawah. M. Ruppell l reproduit, comme nom vulgaire, la dénomination de Forskal en l'écri- vant Bunnuck. Ce zoologiste a reconnu qu'il fallait distinguer le Butirin de la mer Rouge des espèces vivantes sur les côtes du Brésil; mais sans donner les véritables raisons , car il a fondé les différences sur la forme plus ou moins comprimée du corps et sur un abdomen caréné , mais non dentelé , attribué par M. Agassiz à l'espèce américaine; caractère qui ne convenait pas au poisson de Djedda. On voit que ce n'est pas sur ces formes aussi vagues que j'établis les caractères des espèces; d'ailleurs M. Ruppell, n'ayant pas eu les moyens de retrou- ver les caractères du Butirin de Lacépède, a donné à ce poisson une nouvelle dénomina- tion , celle de Butirinus glossodontus , qui ne devra pas être conservée à cause de la priorité du nom de Gommerson. Ce zoologiste a compté soixante et dix vertèbres à la colonne verté- brale, dont trente -six seulement portent des côtes. Il y aurait donc une nouvelle différence, 1. Rupp. , Neue Wirbelth. zuder Faun. Abyss., p. 80, pi. 20, Se. 3. 350 LIVKE XX. MALACOl'TÉRYGIENS. toute légère qu'elle serait, dans le squelette des poissons des Indes et des espèces américaines. On voit ici, comme il arrive très -souvent, que nos matelots ont porté dans les Indes orientales les noms de nos colons des Antilles. Je ferai d'ailleurs observer que la dénomina- tion de Banane s'applique aussi aux Elops. Le BUTIRIN DE LA NOUVELLE- GUINÉE. {Albula Neoguinaica , nob.) MM. Quoy et Gaimard ont pris à la Nou- velle-Guinée une espèce dont les caractères extérieurs ressemblent beaucoup à ceux de l'espèce de l'Ile-de-France; mais la circonscription de la mandibule inférieure est plus pointue près de la symphyse. Les dents me pa- raissent aussi un peu plus longues; le dessus du crâne est régulièrement plus concave. Je ne vois pas sur les frontaux et à la naissance des carènes mitoyennes cette saillie qui est très -marquée sur l'espèce pré- cédente. B. 13 — 12; D. 17; A. 8, etc. Les couleurs me paraissent beaucoup plus rem- brunies, surtout à la caudale et ensuite à la dorsale. Les lisérés de ces deux nageoires sont plus prononcés. Notre individu n'est pas très-bien conservé et il est long de douze pouces et demi. Si, CHAP. VI. BUTIRINS. 351 comme je le crois, il est d'une espèce parti- culière, ses caractères seraient intermédiaires entre ceux de l'espèce de l'Ile-de-France et ceux de la suivante, qui est certainement dis- tincte, ainsi qu'on va le voir. Le BUTIRIN A DORSALE DEMI-ÉCAILLEUSE. (Albula seminuda, nob.) Nous avons reçu parles mêmes voyageurs, et aussi de la Nouvelle-Guinée, un autre Bu- tirin , assez voisin des précédents par l'ensemble de ses formes, mais qui a cependant le profil de la tête plus droit; le museau un peu plus pointu; le chevron noir de son extrémité l'entoure davantage , et enfin , un caractère plus distinctif se montre dans la disposition des écailles de la dor- sale, qui ne couvrent qu'une partie de sa surface. Il y a, d'ailleurs, des différences correspondantes et très -frappantes dans le crâne. Le sillon externe du frontal est plus large et plus profond que dans aucun autre. Les deux bords de la cannelure médiane sont plus parallèles ; les bosses pariétales sont moins sen- sibles. Les nombres des rayons et la couleur sont les mêmes. Je ne possède de cette espèce qu'un seul exemplaire long de onze pouces. 352 LIVRE XX. MALACOPTÉUYGIKNS. Le BUTIRIN A LÈVRES ROUGES- (Albula erylhrocheilos , nob.) L'archipel des Iles des Amis nourrit aussi une espèce particulière de Butirin, dont je trouve les caractères remarquables en étudiant le crâne d'un grand et bel individu que les voyageurs précédemment nommés ont rap- porté de ces mers, i^ux caractères de colora- tion signalés dans la note que nous a remise M. Quoy, nous ajouterons les suivants, fournis par l'ostéologie. En effet, les bosses pariétales et les carènes posté- rieures des frontaux sont ici très -relevées; ce qui rend le milieu de la nuque tout à fait creux. La suture des pariétaux avec les frontaux forme un angle assez aigu au-devant de l'œil. Les frontaux de- viennent bombés; les carènes caverneuses internes sont relevées , assez étroites; ce qui rend la gouttière mitoyenne creuse et peu large. Les cavernes ogivales sont larges, profondes et arrondies; elles se rappro- chent, d'ailleurs, assez de l'aplomb de l'œil. Les os du nez sont grands, et la lame externe assez haute et longue. C'est la seule espèce sur laquelle je trouve deux particularités énoncées par Gronovius, savoir: qu'il y a treize rayons à la membrane branchiostège d'un côté, et que le lobe supérieur de la caudale est plus long que l'inférieur. A la vérité, il n'y a ici qu'un septième de différence entre les deux lobes, CHAP. VI. BUTIRINS. 353 Gronovius dit cependant que l'un est beaucoup plus grand que l'autre. La membrane branchiostège droite n'a que douze rayons. B. 13— 12; D. 18; A. 9, etc. La couleur est un argenté plus brillant et plus blanc que celui de l'espèce précédente. Frais , d'après les observations de M. Quoy, la partie supérieure et les nageoires ont des reflets légèrement verdâtres, et la dorsale, ainsi que la caudale, sont à peine lisé- rées de noir. Les bords de la bouche sont d'un rouge lie de vin, et les narines sont dans un enfoncement noirâtre. Le museau porte aussi son petit chevron noir. Ce poisson est appelé par les indigènes de Tongatabou kiokio : nom qui est assez sem- blable à celui que je trouve sur un dessin fait à Borabora par M. Lesson : il appelle son poisson ïoïo. Gomme ce naturaliste n'a pas rapporté l'original, je ne puis en déterminer l'espèce avec précision. Je crois cependant qu'on la trouvera diffé- rente de celle-ci, quand des ichthyologistes pourront l'examiner. La tête serait en effet beaucoup plus arquée; les lobes de la caudale plus égaux. La couleur serait sur l'opercule un argenté brillant, mêlé de reflets cuivreux; l'oeil noir aurait l'iris jaune. Je n'ose en dire davantage sur ce poisson, que je signale seule- ment à l'attention des navigateurs. 19. 23 554 .LIVRE XX. MALACOPTÉRYGÏENS. Le BuTIRIN DE FORSTER. (Albula Forsteri, nob.) Forster a laissé dans ses manuscrits la des- cription d'un Butirin qui me paraît d'une espèce distincte de tous ceux dont nous venons de nous occuper. J'ai pu m'aider pour arriver à la détermination de XEsox argent eus de ce voyageur, de l'inspection du dessin conservé dans la bibliothèque de Banks; mais j'ai trouvé quelque chose encore de plus certain, puisque le Muséum possède maintenant l'original même de Forster, qui avait été donné à Broussonnet par sir Joseph Banks, et que la Faculté de Montpellier avait envoyé à M. Cuvier. Ce poisson diffère de ceux que nous venons de décrire parce que le museau nous paraît plus effilé; l'inter- valle qui sépare les yeux est plus étroit, et le corps, en général, est plus long. La dorsale est entièrement écailleuse; ce caractère le rapproche de notre A. neo- guinaica, et le distingue de notre A. seminuda. La couleur paraîtrait avoir été argentée, puisque le savant naturaliste, compagnon du capitaine Cook, le nommait Esox argenieus , et que, dans sa descrip- tion, il ne parle plus des couleurs. Nous avons compté avec soin les nombres de la membrane branchiostège, et ils sont, CHAP. VI. BUTIRINS. 555 comme dans les autres espèces, de treize d'un côté et de douze de l'autre; Forster les indi- que au nombre de quatorze et de treize, mais il est probable qu'il aura fait entrer le sous- opercule dans cette addition; légère erreur, qu'il est très-facile de commettre. Les naturels d'Otabiti ont donné ce poisson sous le nom de Mohée. En parlant des Ga- laxies l , j'ai déjà eu occasion de dire que la synonymie indiquée par Forster dans son Voyage avait été confondue avec celle de YEsox truttaceus. Schneider, qui s'était aperçu de la confusion faite par Bloch, reproduisit la description de Forster, en indiquant que cet Esox truttaceus devait prendre rang dans le genre Synodus; association qui, comme je l'ai dit précédemment, ne faisait qu'ajouter à la mauvaise conception de ce genre. L'on voit que Forster, et peut-être même les matelots qui étaient autour de lui,, jugeaient très-bien de la ressemblance du poisson qu'ils péchaient à Otahiti avec ceux que ces mêmes hommes avaient rencontrés sur les côtes de la Ja- maïque, puisqu'ils leur appliquaient le même nom vulgaire de Ten pounders. Toutefois, en se rappelant la ressemblance d'un Butirin et 1. Cuv. et Val., Hist. nat. des poissons, t. XVIII, p. 353. 556 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. d'un Ëlope , et en se souvenant aussi queSloane appelle ce dernier The pounders, il n'est pas difficile de reconnaître que, par une faute d'impression , on a écrit Ten au lieu de l'ar- ticle The. Le BlJTIRIN CONORHYNQUE. (Albula conorhjnchus , Gronovius et Nozeman). Il m'était impossible de savoir ce que pouvait être le poisson décrit et figuré par Nozeman, sans l'extrême obligeance de mon ami, M. Schlegel, conservateur du Musée de Leyde. Il a bien voulu m'envoyer la traduction fidèle et complète du texte de la description du naturaliste d'Amsterdam, et le calque de la figure. Ce travail est inséré dans un recueil hollandais fort rare à Paris. Il résulte de cette description et de la figure que le poisson dont il y est parlé est un Butirin. Il me paraît différer des espèces examinées jusqu'à présent, par la tache d'un noir profond , représentée sous le museau; par la disposition de points en séries verticales sur les écailles , et par la hauteur du corps sous la dorsale. Voici les nombres qu'il indique : B. 13; D. 20; A. 10; C. 24; P. 20; V. 14. L'auteur dit que ce poisson a été pris dans la Méditerrannée, sans aucun autre renseigne- CHAP. VI. BUTIRLVS. 357 ment à ce sujet. Est-ce une erreur, ou bien est-ce une de ces raretés que cette mer cache encore dans ses profondeurs? Je ne vois qu'une seule observation à faire sur la description des dents. L'auteur dit : «le palais et la mâchoire inférieure de ce «poisson, mais non pas la langue, sont armés «d'un grand nombre de dents très -petites, « qui, vues à la loupe , se montrent recourbées « vers le dedans. * Cette forme convient bien aux dents maxillaires, mais non pas à celles du palais. Je conçois d'ailleurs qu'il n'ait pas vu les dents linguales, parce que la partie libre et charnue de cet organe est assez longue. Que ce poisson vienne ou non de la Médi- terrannée, il ne me paraît pas moins devoir être considéré comme d'une espèce distincte. 358 LIVRI' XX. MALACOPTÉRYGIENS. CHAPITRE VII. De la famille des ÉLOPIENS, et des genres Elopes et Mégalopes. Je sépare les Élopes et les Mégalopes , genres très-voisins l'un de l'autre des Butirins, parce que ceux-ci n'ont pas d'os sublingual. On re- trouve cet os dans les Amias, poissons des eaux douces d'Amérique, sans cœcums, tandis que les genres de la famille actuelle ont le pylore garni d'appendices. La dentition des Élopiens est plus voisine de celle des Buti- rins que du genre Amia. DES ELOPES. Le genre Elops a paru pour la première fois dans la douzième édition du Systema naturœ; aussi les naturalistes qui ont connu ce poisson avant 1766, ont-ils été incertains sur la place méthodique à lui assigner. Ainsi Garden ', en en donnant connaissance à Linné dans sa lettre de 1761, laisse le nom du genre en blanc et dit seulement que le poisson est appelé, à la Caroline du Sud, Silver-fish. 1. Garden, Corr. Linn., 1. 1, p. 5o6, n.° 17. CHAP. VII. ÉLOPES. 359 Quant à Forskal, qui ne possédait aussi dans son voyage que la dixième édition, il inscrit YElops saumis, comme sa seconde espèce d'Argentine, sous le nom iïArgentina maclu nata, parce qu'il lui observait des dents aux mâchoires, au palais, sur la langue, et qu'il voyait aux ventrales un assez grand nombre de rayons. Linné a tracé les principaux traits caractéristiques du poisson qu'il avait reçu de Garden, avec sa grande supériorité et son re- marquable talent de descriptions concises. J'ai reconnu l'exactitude des observations de Linné, en ce qui touche l'espèce d'épine qui est au-dessus et au-dessous de la queue ; mais je ne puis encore m'expliquer ce qu'il a voulu dire dans la seconde phrase de la dia- gnose du genre. Je ne vois pas à l'extérieur de la membrane branchiale les cinq dents dont elle serait armée dans son milieu. C'est d'après l'examen fait sur le poisson même, que fut établi le genre Elops. Par une singulière inad- vertance qui a cependant influé, sans aucun doute , sur le choix de l'épithète adoptée par Linné, ce grand naturaliste qui avait reconnu la représentation de notre poisson dans l'His- toire de la Jamaïque de Sloane , à la planche 25o, a cité faussement non-seulement la plan- che 23i, mais les deux premiers mots de 560 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. l'espèce de diagnose que l'auteur anglais ajoutait à chaque figure de ses poissons. Cette fausse citation a été cependant copiée et reproduite par Gmelin, Bonnaterre, Lacépède, jusqu'à ce que M. Cuvier 1 l'ait signalée dans une note du Règne animal. Linné a donc voulu citer le The pounder 2 harengus major, totus ar- genteus, squamis majoribus. La seconde cita- tion du Sjstema naturœ n'a pas été plus heu- reuse ; car elle renvoie à l'Histoire naturelle de la Jamaïque par Brown 3 . Ce second Saurus de Brown, à deux dorsales, à sept rayons à la membrane branchiostège et à ligne latérale carénée, est un caranx. Il me paraît probable que Linné, après avoir décrit d'après nature le Silver-fish de Gar- den et en avoir fait son Elops saurus, avec les petites inexactitudes que je viens de signa- ler, aura trouvé dans les notes de ce natura- liste l'indication que celui-ci aurait eu l'idée de rapporter soir poisson au genre Argentina; car c'est d'après Gardent que paraît dans cette même douzième édition Y Argentina Carolina qui, à cause des vingt-huit rayons de sa mem- 1. Cuv., Règ. anim., 1817, L ll > P- x 7 8 > ou 2,e édit ' l82 9> p. 324. 2. Sloane, Jam. , p. 25o, fig. 1. 3. Brown, Jam., p. 4^2. CHAP. VII. ÉLOPES. 3()4 brane branchiostège, et d'après le témoignage même de Linné, conservé dans sa correspon- dance imprimée par Smith, est certainement le même que son Elops saurus. Mais ici Linné cite malheureusement Catesby 1 , qui a laissé une mauvaise figure tout à fait indéterminable de quelques-unes de nos petites Clupées des Antilles, où l'on a oublié la dorsale et l'anale. Forskal, comme je l'ai dit, avait vu de son côté XElops, en en faisant aussi une Argentine. Gmelin, loin de débrouiller ces confusions, les a toutes reproduites. Il a été imité par les auteurs de l'Encyclopédie. M. de Lacépède, en copiant toutes ces er- reurs, a encore augmenté d'un nouveau nom générique et spécifique la synonymie déjà assez confuse de notre poisson. Trouvant dans les manuscrits de M. Bosc la description fort re- connaissable de XElops sous le nom de Mu- gil appendiculatus , l'illustre continuateur de Buffon, toujours confiant dans l'exactitude ou la sagacité des rapprochements faits par ses prédécesseurs, jugea ce poisson de Bosc voisin des Muges; mais comme il n'avait qu'une seule dorsale, il en fit un nouveau genre sous le nom de Mugilomore Anne- Caroline. Voilà donc, 1. Catesbv, Car. 2, pi. 2^, p. 2/»- 562 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. dans un espace de moins de quarante ans, notre poisson reproduit quatre fois et dans trois genres distincts, dans les Catalogues sys- tématiques. Bloch, qui a paru à peu près dans le même temps que M. de Lacépède, n'a donné dans son Ichthyologie générale qu'un seul Êlope, qu'il avait reçu de la côte de Guinée par les soins du docteur Isert. Il est, je crois, autant qu'on peut en juger d'après une figure aussi vague, d'une espèce différente de celle de Linné. D'ailleurs l'ichthyologiste de Berlin montre dans les généralités du genre Ëlope, de sa grande Ichthyologie , qu'il comprit très- peu les caractères du poisson dont il allait parler, car en disant que Sloane fut le pre- mier à faire connaître l'Ëlope, il renvoie au Saurus niaximus et non pas au Pounder de l'Histoire de la Jamaïque. Il cite ensuite YArgentina machnata de Forskal, qu'il ramène bien au genre des Élopes et c'est d'après cela qu'il établit que le genre comprend deux espèces. Grâce à la sagacité de Schneider, les doubles emplois d' Argentina Carolina et YArgentina machnata n'ont pas reparus dans l'édition posthume du Système ichthyologique de Bloch. M. Cuvier aurait complètement éclairci ce qui regarde l'Ëlope, CHAP. VII. ÉLOPES. 563 s'il n'avait pas cru l'espèce des Indes différente de celle de l'Atlantique , s'il n'en avait pas rap- proché, mal à propos, le 3îugi! Salmoneus de Forster. On a vu à l'article du Butirin, qu'il ne peut rester de doutes sur l'interpré- tation de la description du compagnon de Cook, et que la figure laissée dans la biblio- thèque de Banks par G. Forster, loin de con- trarier cette opinion, la confirme pleinement, malgré l'assertion émise dans la note du Règne animal. Russel nous a laissé aussi la figure d'un Elope. Avec tous ces matériaux pris dans les ou- vrages de nos prédécesseurs, nous avons eu, pour traiter de ce genre , une suite nom- breuse d'individus dont la description va suivre, et qui ont fixé dans notre esprit les caractères et les affinités de ces poissons. Le nom d'Elops, que Linné a employé pour désigner un poisson qui pour lui était amé- ricain, est tiré des anciens et se rapporte à quelques-unes de nos grandes espèces d'Es- turgeons. l Le genre des Élopes se distingue entre tous les poissons voisins de lui par le grand nombre des rayons de la membrane branchiostège. 1. Voj. Cuvier, Notes sur Pline, t. II, p. y^. 364 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. L'os impair qui est attaché entre les branches de la mâchoire au-dessous de la membrane branchiale, est aussi un caractère remarquable. Il faut ajouter que les Élopes ont la gueule large et fendue, bordée par des intermaxillaires petits, des maxillaires longs et libres; ce qui constitue. une mâchoire semblable à celle des harengs. Ces os, ceux de la mâchoire inférieure, des palatins , des ptérygoïdiens , du vomer, du sphénoïde, de la langue, de l'hyoïde et des pharyngiens sont couverts de dents si fines, qu'elles ne paraissent que comme une simple rugosité. Le corps est arrondi et allongé; le ventre n'a aucune espèce de dentelures; la dorsale est placée sur le milieu du corps, et le dernier rayon ne se prolonge pas en fila- ment; la caudale est profondément fourchue et une écaille un peu plus dure et un peu plus large que les autres, tant en dessus qu'en dessous de la queue, fait une sorte d'épine au-devant de la nageoire. Un long appendice écailleux se montre dans l'aisselle des pecto- rales et des ventrales ; la base de la dorsale et de l'anale est enfermée dans une double lame écaiileuse; la tête est nue, recouverte d'une peau assez épaisse; une large et double paupière adipeuse demi-transparente , comme de la cire , pendant la vie, est étendue au-devant CHAP. VII. ÉLOPES. ° 565 de l'œil sur presque toute la joue. Les intes- tins sont simples et consistent en un grand estomac conique, muni d'une branche mon- tante charnue, avec de nombreux ccecums au pylore; la vessie aérienne, grande, communi- quant avec le canal digestif. Elle se bifurque antérieurement en deux petites cornes qui, ne dépassant pas la première vertèbre, ne pénè- trent certainement ni dans le crâne, ni dans l'organe auditif. La plupart des auteurs disent de l'Élope qu'il est un bon poisson, mais qu'il a trop d'arêtes. Je ne connais encore que deux espèces de ce genre, dont l'une est répandue dans les mers des deux hémisphères, ainsi que la description suivante va le prouver. De /'Élope saure. (Elops saurus , Linn.) Il est naturel de commencer par l'espèce décrite par Linné, et qui a servi à l'établisse- ment du genre. Une autre raison se tire de l'abondance de cette espèce, qui est telle que les ichthyologistes peuvent espérer de la ren- contrer dans presque toutes les mers des pays chauds. Le corps de l'Élope est allongé, à dos épais et arrondi, et devenant comprimé vers la queue. L'é- paisseur, aux pectorales, fait les deux tiers de la 506 Livfe XX. MALACOPTÉRYGIENS. liauteur, qui est contenue sept fois dans la longueur totale. La tête est longue et comprise quatre fois et quatre cinquièmes dans la longueur totale. La gueule est très -largement fendue. L'œil est grand et en partie recouvert d'une paupière adipeuse, qui s'avance de chaque côté, de manière à entamer un peu le cercle de la pupille. Le diamètre de l'œil mesure un peu moins que le quart de la longueur de la tête; il est éloigné du bout du museau d'une fois ce diamètre. La paupière adipeuse cache presque tout le sous- orbitaire. Lorsqu'on la soulève pour mettre à nu cette série de pièces osseuses, on voit qu'elle se com- pose de six os; savoir: un premier sous-orbitaire triangulaire, situé entre l'œil et l'extrémité du mu- seau, et entièrement caché sous l'épaisseur de la paupière; une seconde lame est étroite et allongée; elle est placée entre la première et la partie concave du maxillaire; une troisième, un peu plus courte et un peu plus étroite, est établie entre l'œil et le bord convexe du maxillaire, et cachée par la jonction des deux paupières; la quatrième est un large trapèze étroit en avant, près du cercle de l'orbite, large et arrondi en arrière, et en partie caché sur le devant par le bas de la paupière postérieure ; la cinquième pièce est plus étroite, quoique encore assez grande, elle approche davantage de la forme rectangulaire, et elle est un peu plus engagée que la précédente dans la paupière; enfin, sous cette membrane, on trouve la sixième pièce, irrégulière et triangulaire. La joue du poisson est donc presque entièrement recouverte CHAP. VII. ÉLOPES. 5()7 par de grands écussons osseux; aussi, n'aperçoit-on que très-peu du préopercule: mais, avant de nous éloigner de l'œil, je dois faire remarquer qu'il existe, entre la paupière et au-dessous de la narine, une es- pèce de petit os surcilier qui s'étend en une lame grêle et très-étroite de l'angle de la paupière a la na- rine, et s'élargit ensuite en une petite palette qui couvre presque tout le devant du museau : c'est près du bord de cette pièce et au-dessous d'un nasal très- petit que l'on trouve les deux ouvertures de la na- rine, rapprochées l'une de l'autre; l'antérieure était un trou rond, et la postérieure un demi-croissant. Le dessus du crâne est assez large, creusé d'une gouttière profonde, très -large, et dont les bords formés par les arêtes mousses des frontaux, offrent des stries fines et divergentes. La région mastoï- dienne et temporale est lisse et recouverte par une peau assez épaisse. L'extrémité du museau est en ogive ; le dessus est arrondi et recouvert par la peau qui s'étend sur le crâne. Quand la gueule est ouverte, la mâchoire inférieure dépasse sensiblement la supérieure. Le bord de la bouche est formé par des intermaxillaires courts , peu mobiles , et par des maxillaires grands, libres et composés de trois pièces réunies et soudées ensemble. La mâchoire inférieure a les branches grandes, larges, arquées, creusées en dessous d'une gouttière peu profonde : il n'y a pas de lèvre supérieure; mais l'inférieure est très-épaisse; elle ne part pas de la symphyse , mais elle s'attache environ au tiers de l'intervalle, entre l'extrémité de la branche de la mâchoire et l'angle de la commissure. 368 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. J'ai dit que le préopercule était presque entière- ment caché par les écussons sous - orbitaires. On n'en voit guère que le limbe qui s'étend en une sorte de plaque mince et comme écailleuse sur les bords antérieurs de l'opercule et du sous-opercule. Ces deux pièces , distinctes l'une de l'autre , sont également minces comme de grandes écailles , et semblent se confondre avec le bord membraneux de l'opercule, L'interopercule est mince, très-étroit, presque entièrement caché sous le bord du préo- percule et du sous -opercule. Les ouïes sont très- largement fendues. La membrane branchiostège est grande, sans être large; celle de gauche recouvre une grande partie de la droite, et celle-là a toujours un rayon de plus que celle-ci. Nous avons compté les rayons sur plus de quinze exemplaires, et nous avons vu le nombre en varier de vingt-neuf à trente- cinq. D'ailleurs, pour augmenter la largeur del'isthme et pour lui donner plus de force, je trouve entre les deux branches de la mâchoire un os triangulaire, attaché en avant sous la symphyse, dont la pointe postérieure est libre et soutient une sorte de petite poche, au fond de laquelle s'avancent, en dessus, les premiers rayons de la membrane branchiostège. C'est la première fois que je rencontre une pareille pièce dans les poissons. Je n'ai vu encore aucun os de l'isthme chez un seul. A cause de la liberté des deux branches de la mâchoire inférieure et de celles des maxillaires qui s'ouvrent par un mouve- ment de bascule sur les intermaxillaires, de la même manière que cela a lieu dans les saumons et aussi CHAP. VII. ÉLOPES. 369 dans les dupées, l'ouverture de la gueule est très- large. Les dents sont nombreuses, mais excessive- ment petites et comme une lime ou une râpe douce usée. On en voit une bande étroite sur le bord des intermaxillaires, des maxillaires et de la mâchoire inférieure. Sur ces derniers os la bandelette de dents s'élargit un peu au-devant de la lèvre. Nous en obser- vons ensuite deux très-petites plaques sur le chevron du vomer; puis sur un espace ovale, mais échancré en arrière sur chaque palatin. 11 y en a de beaucoup plus fines sur un disque large et ovale des ptéry- goïdiens, et une bandelette étroite et linéaire sur le sphénoïde. L'os lingual est aussi couvert presque en entier de ces petites dents; puis il y en a de sem- blables sur la queue de l'hyoïde et sur les pharyn- giens supérieurs et inférieurs. Les arcs branchiaux sont assez grands; les râtelures antérieures des bran- chies longues et hérissées de petites dents grenues. On trouve ici une longue branchie operculaire. L'Élope est donc un des poissons qui porte le plus de dents sur les nombreuses pièces de l'intérieur de la bouche; mais qui doit être un des plus inoffensifs, à cause de la petitesse de ses organes. L'ossature de l'épaule se compose d'un surscapulaire presque en- tièrement caché sous un repli adipeux et comme écailleux de la peau qui unit l'opercule au crâne; puis d'un scapulaire oblong et arqué qui s'étend sur un très -large humerai , à bords arrondis et descendant presque jusque sous la ligne du profil inférieur; aussi la pectorale, nageoire triangulaire, est-elle attachée très-bas. La ventrale est de grandeur 1Q. 24 570 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. médiocre. Il y a dans son aisselle , comme dans celle de la pectorale, un appendice écailleux et pointu, presque aussi long que la nageoire elle- même. La dorsale répond à l'insertion des ventrales; elle est assez haute de l'avant, très-basse de l'arrière, et les rayons peuvent se cacher entre deux larges replis écailleux qui en bordent la base de chaque côté. L'anale qui est petite, offre la même dispo- sition. La caudale est profondément fourchue. On remarque en dessus et en dessous, et au-devant de ses premiers rayons, une assez longue écaille lan- céolée, pointue qui n'avait pas échappé à l'obser- vation de Linné. B. 29—35; D. 23; A. 15; C. 31; P. 18; V. 15. Les écailles de l'Élope sont de grandeur médiocre, minces, avec de nombreux rayons à l'éventail. J'en compte au moins vingt. Toutes les stries d'accrois- sement sont parallèles. Il y a de cent à cent quinze rangées d'écaillés entre l'ouïe et la caudale. La ligne latérale est fine, droite, et tracée, à peu de chose près, par le milieu du côté. La couleur est un gris plus ou moins lavé de bleuâtre ou de verdâtre sur le dos, et argenté sur les flancs et sous le ventre. Les pectorales et les ven- trales sont de couleur citron, avec les extrémités noirâtres. L'œsophage est large , à parois musculaires et épaisses. Il se prolonge en un estomac conique et pointu , qui dépasse les deux premiers tiers de la longueur de la cavité abdominale. La mu- queuse n'a de plis sensibles que dans la partie CHAP. VII. ÉLOPES. 574 œsophagienne. Au tiers de la longueur naît la branche montante , qui est tout à fait inférieure ; elle est épaisse, cylindrique, et revient jusque sous le dia- phragme. A cet endroit commence un intestin, muni d'appendices cœcales très-nombreuses, et qui se rend directement à l'anus, en passant à gauche de l'esto- mac. Un peu avant sa terminaison, le rectum se dilate sensiblement. Le foie se compose d'un lobe unique, situé presque tout entier à droite de l'es- tomac, et se prolongeant jusqu'à la naissance de la branche montante. La vésicule du fiel est petite et blanche; son canal cholédoque est assez gros à gauche de l'estomac. La rate est logée dans l'anse formée par ce viscère et la branche montante, elle est, par conséquent, assez longue,- son paren- chyme est assez résistant et noirâtre. Les organes génitaux commençaient à peu près à la naissance de la branche montante, et formaient de chaque côté delà portion conique de l'estomac deux petits rubans grêles et plats, assez semblables, par leur couleur, à la masse graisseuse des épiploons. Les conduits sé- créteurs de ces organes sont grêles et assez longs. Tous ces viscères sont enveloppés dans un repli d'un péritoine excessivement mince et ne faisant qu'une très-faible membrane, au-dessus de laquelle on aper- çoit une vessie aérienne, oblongue, à parois fibreuses et argentées, et étendue non -seulement dans toute la longueur de la cavité abdominale, mais qui se porte en avant, au-dessus des pharyngiens, pour se terminer de chaque côté de la première vertèbre, tout près de l'occipital. Dans cette partie, la vessie 372 LIVRE XX. MALACOPTÉRYGIENS. se rétrécit; elle se bifurque en deux petites cornes coniques. A partir de la troisième vertèbre, au-des- sous de cette bifurcation, on voit une petite cloison fibreuse, triangulaire, qui s'attache en avant à la base du crâne, et donne en arrière, de chaque cô